« Culture toxique » : Chaos au sein du nouveau parti d’extrême gauche de Corbyn
La cofondatrice Zarah Sultana boycotte la 1e journée de la conférence et accuse l'ex-chef du Labour de mener une "chasse aux sorcières" contre ses partisans
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Liverpool, Royaume-Uni — Le nouveau parti politique d’extrême gauche de l’ancien dirigeant du Labour britannique, Jeremy Corbyn, a été confronté à une nouvelle crise samedi, lorsque sa cofondatrice, Zarah Sultana, a manqué la première journée de la conférence inaugurale de deux jours.
Lors de l’ouverture de la conférence, Corbyn a appelé les membres à « s’unir », le parti cherchant à tourner la page d’un lancement chaotique et à devenir un adversaire de gauche sérieux pour le Labour, le parti au pouvoir, qui l’avait exclu l’an dernier à la suite d’une série de scandales liés à l’antisémitisme.
« En tant que parti, nous devons nous rassembler et être unis, car la division et la désunion ne servent pas les intérêts des personnes que nous voulons représenter », a déclaré Corbyn lors de la conférence qui s’est tenue à Liverpool, dans le nord-ouest de l’Angleterre.
Quelques heures plus tard, une porte-parole de Sultana a annoncé qu’elle ne se rendrait pas à la conférence de samedi pour protester contre l’interdiction d’entrée à l’événement d’un de ses partisans et l’expulsion de plusieurs autres membres du parti pour leur appartenance présumée au Parti socialiste des travailleurs (SWP), un parti d’extrême gauche.
Sultana, qui soutient la rupture immédiate de tous les liens avec « l’État génocidaire et apartheid d’Israël », a dit être « déçue » par ces expulsions, mais a affirmé qu’elle ne se laisserait pas « pousser vers la sortie » du nouveau parti. Elle a organisé plusieurs événements concurrents samedi avec des membres du parti à l’extérieur de la salle de conférence. Selon les médias britanniques, elle aurait l’intention de prononcer un discours à l’intérieur de la salle dimanche.
« Nous devons absolument travailler ensemble », a-t-elle déclaré.
« Mais ce dont nous devons nous débarrasser, c’est de cette culture toxique faite de fuites vers la presse de droite, de menaces juridiques, de harcèlement, d’intimidation et d’actes de sabotage. »
Un porte-parole du nouveau parti, actuellement intitulé « Your Party », a défendu ces expulsions.
« Des membres d’un autre parti politique national ont adhéré à votre parti en violation des règles d’adhésion clairement énoncées, et ces règles ont été appliquées », a expliqué le porte-parole.
Il s’agit du dernier coup dur pour le camp de Corbyn, dont beaucoup ont exprimé une position farouchement anti-Israël, et qui espère combler un vide à gauche alors que la politique britannique se fracture en un système multipartite et que le Labour se déplace vers la droite sur certaines questions.
Corbyn, 76 ans, et Sultana, 32 ans, tous deux anciens députés du Labour, ont fréquemment été en désaccord depuis qu’ils ont annoncé la création de leur parti en juillet.
Deux des quatre députés indépendants qui avaient initialement adhéré au mouvement ont ensuite démissionné en raison de ces divisions, notamment à cause d’une dispute au sujet du lancement raté des adhésions à la faction et de menaces de poursuites judiciaires.
« Il est assez évident que cela a été un désastre jusqu’à présent », a déclaré à l’AFP Colm Murphy, expert de la gauche britannique à l’université Queen Mary de Londres.
Interrogé à ce sujet samedi lors d’une interview sur Sky News, Corbyn a refusé de qualifier Sultana d’amie, répondant plutôt qu’elle était une « collègue au Parlement » avec laquelle il « communique ».
Selon le Guardian, ces tensions seraient liées à l’annonce unilatérale faite par Sultana qui s’était présentée comme co-dirigeante de la formation. Elle a aussi affirmé que les assistants de Corbyn avaient trop de pouvoir au sein de la faction.
« Je ne pense pas que les mouvements doivent être dirigés par des personnalités isolées. Je pense qu’il faut représenter le mouvement populaire dans son ensemble », aurait déclaré Sultana.
« Cela permet de partager les responsabilités et d’écouter les idées d’un plus grand nombre de personnes. »
Corbyn et Sultana se sont également livrés à une joute verbale publique après que cette dernière a lancé un site d’inscription dont Corbyn a affirmé ne pas avoir été informé.
We must unite the left.
The witch hunt must end.
Your Party cannot be a Labour 2.0.
It must be led by its members, not MPs.
Vote for a collective leadership model. pic.twitter.com/xr56gYzlgV
— Zarah Sultana MP (@zarahsultana) November 29, 2025
Sultana a semblé faire référence à ces divergences dans un message publié samedi sur le réseau social X, dans lequel elle a déclaré que le parti « doit être dirigé par ses membres, et non par ses députés », et que « la chasse aux sorcières doit cesser ».
Le Guardian a rapporté que Sultana avait l’intention de se présenter contre Corbyn pour diriger le parti si les membres votaient en faveur d’un leader unique.
Le nouveau parti est confronté à une tâche titanesque, les sondages montrant que le Parti vert de l’Angleterre et du pays de Galles – désormais dirigé par le charismatique Zack Polanski, de trente ans plus jeune que Corbyn – raflait la plupart des électeurs de gauche mécontents.
Au cours de la conférence, les membres devront choisir le nom officiel du parti et décider s’il doit avoir un seul dirigeant ou être dirigé par ses membres.
« Foyer naturel »
Corbyn a perdu deux élections générales en tant que chef du Labour entre 2015 et 2020. Il a ensuite été suspendu pour avoir refusé d’accepter pleinement les conclusions d’un groupe de veille des droits de l’Homme selon lesquelles l’antisémitisme était répandu parmi les militants pendant son mandat.
Corbyn a également été accusé d’antisémitisme par le Jewish Labour Movement, qui a notamment cité le fait qu’il avait préfacé un livre affirmant que les Juifs contrôlent les banques et les médias, qu’il avait exprimé son soutien à un négationniste autoproclamé et qu’il avait déposé une gerbe sur les tombes des terroristes palestiniens qui avaient assassiné onze athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich en 1972.
Starmer a remplacé Corbyn à la tête du Labour en 2020 et il a entrepris de ramener le parti vers le centre, le ramenant au pouvoir en juillet 2024 après avoir passé quatorze ans dans l’opposition.
Mais depuis, le Labour a vu sa popularité chuter, en particulier parmi les électeurs de gauche, en raison de sa politique répressive en matière d’immigration, de son incapacité perçue à redistribuer suffisamment les richesses et de sa lenteur présumée à condamner Israël pour sa conduite de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.
« J’ai voté pour le Labour pendant la majeure partie de ma vie, mais j’ai été déçu par certaines de leurs positions, notamment leur manque de visibilité dans la lutte contre la transphobie et le racisme, ainsi que leur absence de soutien visible à la Palestine », a déclaré Tris Rodriguez, 49 ans, qui a fait le déplacement depuis Bristol pour assister à la conférence.
Quelque 50 000 personnes ont adhéré à Your Party, a annoncé Corbyn au début du mois, qualifiant cette formation de « mouvement démocratique de masse pour un véritable changement ».
Cependant, selon un sondage YouGov publié cette semaine, seuls 12 % des Britanniques envisageraient de voter pour ce parti, contre 28 % pour les Verts.
« Your Party risque de devenir très rapidement insignifiant », a déclaré Murphy, soulignant que Polanski avait « repris » le rôle de Corbyn en tant que « voix populiste et radicale de gauche » en Grande-Bretagne.
La politique britannique a longtemps été dominée par les travaillistes et les conservateurs, mais les libéraux-démocrates, partisans du centre gauche, ont remporté 72 sièges au Parlement de 650 sièges l’an dernier, tandis que le parti Reform, dirigé par Nigel Farage, en a remporté cinq et les Verts, quatre.
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