Des démocrates contestent le candidat de Trump pour l’envoyé spécial contre l’antisémitisme
À la veille de l’audition, une lettre rappelle les propos de Yehuda Kaploun visant les démocrates, dont sa référence à une "malédiction démocrate", et met en doute son aptitude au poste
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JTA – À la veille d’une audience de confirmation au Sénat, maintes fois repoussée, pour le candidat de Donald Trump au poste d’envoyé spécial contre l’antisémitisme, un groupe de démocrates de la Chambre appelle les sénateurs à rejeter la nomination de Yehuda Kaploun, jugeant qu’il ne possède ni le jugement ni l’autorité morale requis pour la fonction.
Dans une lettre obtenue par la Jewish Telegraphic Agency et adressée mardi au sénateur Jim Risch, républicain de l’Idaho et président de la commission des relations étrangères du Sénat, ainsi qu’à la sénatrice Jeanne Shaheen, principale démocrate de la commission, les élus qualifient la nomination de Kaploun de « partisane et controversée » et estiment que « ses propos et ses actions démontrent clairement son inaptitude à occuper ce poste ».
Dix-huit élus démocrates ont signé la lettre, parmi lesquels plusieurs parlementaires juifs, et notamment, Jerrold Nadler, Jamie Raskin, Jan Schakowsky, Becca Balint et Steve Cohen.
La démarche est inhabituelle, les membres de la Chambre s’opposant rarement publiquement aux nominations du sous-cabinet, généralement considérées comme relevant du seul Sénat.
La commission doit tenir une audience sur la nomination de Kaploun mercredi matin.
En avril, Trump avait nommé Kaploun au poste d’envoyé spécial du département d’État chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme à l’étranger, un poste doté du rang d’ambassadeur. Pendant des mois, le Sénat n’a pris aucune mesure pour organiser une audition, laissant la fonction vacante alors que l’administration alertait sur une recrudescence de l’antisémitisme.
Kaploun, rabbin hassidique, homme d’affaires basé à Miami et proche de longue date de Trump, serait le premier Juif hassidique à occuper ce poste s’il était confirmé. Un portrait publié par la JTA en mai retraçait son parcours et montrait comment il était passé d’étudiant dans une yeshiva de Brooklyn et militant communautaire affilié au mouvement Habad à une figure de premier plan du Parti républicain, devenue l’un des porte-voix les plus visibles de la campagne Trump 2024.
La lettre des démocrates commence par dénoncer les déclarations de Kaploun visant les adversaires politiques de Trump. Ils rappellent qu’il a affirmé, après le pogrom du 7 octobre perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, que « les démocrates refusent même de reconnaître les bourreaux de femmes et les ravisseurs d’enfants comme des terroristes », une remarque qu’ils jugent « absurde, insultante et malveillante ». Selon eux, une telle accusation diffame les membres démocrates de la commission des relations étrangères, qui ont condamné les attaques, et soulève des doutes quant à sa capacité à travailler au-delà des clivages partisans. »
Les démocrates rappellent également un événement organisé par Kaploun pendant la campagne de 2024, au cours duquel Trump a déclaré que s’il perdait les élections, « le peuple juif aurait beaucoup à voir avec cette défaite », évoquant une « malédiction démocrate » frappant les Juifs qui votent pour le parti. Les auteurs de la lettre décrivent ces propos comme une stigmatisation antisémite et jugent préoccupant que Kaploun ne les ait jamais condamnés. Ils affirment que ce silence, ainsi que ce qu’ils qualifient d’embauche « d’antisémites et de nationalistes chrétiens », devrait être au cœur de l’audience de mercredi.
Les législateurs citent en outre un article de la JTA concernant des poursuites croisées dans le comté de Miami-Dade impliquant Kaploun et un autre membre de sa synagogue, avec des accusations de menaces et de liaison extraconjugale. Les documents judiciaires montrent que des ordonnances restrictives ont été émises à l’encontre des deux hommes et que l’affaire a été réglée en avril, quelques jours avant l’annonce de la nomination. Kaploun a nié toute liaison et affirmé, par l’intermédiaire de son avocat, qu’il s’était retrouvé mêlé malgré lui à un conflit conjugal désormais réglé.
La lettre se conclut en rappelant les propres critères de Kaploun pour évaluer des candidats, citant une déclaration qu’il avait soumise au Sénat en 1993, selon laquelle ceux-ci doivent être jugés sur leur « honneur », leur « fidélité aux principes » et leur respect des droits civiques. « Selon ses propres critères, M. Kaploun échoue », écrivent les élus, appelant les sénateurs à voter contre sa nomination.
Cette intervention intervient alors qu’une large coalition d’organisations juives presse le Sénat d’agir rapidement pour confirmer un envoyé spécial chargé de la lutte contre l’antisémitisme et un ambassadeur itinérant pour la liberté religieuse internationale. Dans une lettre datée d’août, rédigée sous l’égide des Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA), des groupes divers de la communauté juive ont exhorté les dirigeants du Sénat à pourvoir ces deux postes « sans délai », estimant que « nous ne pouvons nous permettre d’attendre pour remplir ces fonctions essentielles ».
Kaploun a indiqué qu’il s’abstiendrait de toute interview tant que le processus de confirmation n’est pas terminé, mais il a publiquement défendu la nécessité de dépasser les clivages partisans. Dans une tribune publiée en mai par la JTA et cosignée avec ses deux prédécesseurs, Elan Carr et Deborah Lipstadt, il écrivait que « la lutte contre ce terrible fléau… doit être bipartisane et apolitique ».
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