Face à une nouvelle menace de l’Iran, des experts alertent sur les défenses antimissiles
Avec la reconstitution de l'arsenal iranien et l'épuisement des stocks US d'intercepteurs, lents à renouveler, une nouvelle guerre pourrait s'avérer plus difficile à gérer pour Israël
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Alors que les rapports des services de renseignement faisant état d’une reprise de la production de missiles iraniens depuis la guerre de juin avec Israël se multiplient, des experts estiment qu’un nouveau conflit avec la République islamique d’Iran pourrait s’avérer être imminent.
Cependant, si une nouvelle guerre venait à éclater, Israël pourrait se retrouver moins bien équipé pour se défendre contre la puissante menace des missiles de Téhéran qu’il ne l’était lors du conflit de douze jours déclenché par l’Opération « Rising Lion » le 13 juin.
Cette guerre a révélé non seulement l’ampleur de la menace que représentent les missiles balistiques iraniens, mais aussi les limites de la défense déployée pour y faire face.
Alors que Téhéran procède à la reconstruction et à l’ajustement de son arsenal de missiles, Israël et les États-Unis sont confrontés à des stocks d’intercepteurs réduits et à de longs délais de production. Selon les experts, cette situation pourrait modifier fondamentalement le prochain conflit.
Selon toute vraisemblance, le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait faire part, lundi, lors de sa rencontre avec le président américain, Donald Trump, de ses inquiétudes concernant les efforts déployés par l’Iran pour se réarmer, efforts qui se sont intensifiés ces derniers mois.
Selon un reportage de CNN diffusé en octobre et citant des sources des services de renseignement européens, plusieurs cargaisons de perchlorate de sodium – un ingrédient essentiel utilisé pour produire le propergol solide des missiles conventionnels à moyenne portée de l’Iran – sont arrivées de Chine au port iranien de Bandar Abbas à partir de la fin septembre.
Plus récemment, NBC a rapporté que les responsables israéliens s’inquiétaient du développement du programme de missiles balistiques de l’Iran. Une source anonyme a averti que, si rien n’était fait, la production de ce pays pourrait atteindre 3 000 missiles par an.
Selon une autre source, Israël estime que l’Iran possède actuellement quelque 2 000 missiles balistiques, soit à peu près le même nombre qu’à la veille de la guerre de douze jours. Les analystes auraient conclu que les dégâts infligés par Israël au programme de missiles balistiques iranien pendant le conflit avec la République islamique étaient « moins graves » que prévu initialement.
L’Iran lui-même a envoyé des signaux contradictoires concernant l’état d’avancement de son programme de missiles. Un média affilié au Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, qui supervise le développement des missiles balistiques du pays, a rapporté la semaine dernière que des essais de missiles avaient été menés à l’échelle nationale. Toutefois, la chaîne de télévision publique iranienne a rapidement démenti la tenue de tels essais.
Lundi, l’Iran a rejeté ces informations, les qualifiant de « manœuvre psychologique » contre Téhéran, soulignant qu’il était tout à fait prêt à se défendre et avertissant qu’une nouvelle agression « entraînerait des conséquences plus graves » pour Israël.
Cependant, alors que l’attention se concentre sur la production de missiles par l’Iran, les experts avertissent que le déséquilibre le plus important pourrait se situer du côté de la défense.
La disponibilité des systèmes de défense antimissile américains, en particulier des intercepteurs THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), déployés par les États-Unis, s’est révélée être une question potentiellement cruciale.
Lors des derniers affrontements entre Israël et l’Iran, les stocks d’intercepteurs américains ont joué un rôle disproportionné dans la destruction des projectiles, ce qui a considérablement réduit leurs stocks. Cette situation soulève des doutes quant à la capacité d’Israël à pouvoir à nouveau compter sur un soutien américain de cette ampleur en matière de défense aérienne.
« C’est une véritable inquiétude », a déclaré Ari Cicurel, directeur adjoint de la politique étrangère au sein du Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA).
« Israël et les États-Unis ont utilisé une grande partie de leurs stocks d’intercepteurs… Nous sommes encore très loin d’avoir reconstitué nos stocks pour revenir au niveau où nous étions auparavant. »
Le bouclier américain s’affaiblit
Selon des informations publiées plusieurs semaines après la guerre, les forces américaines auraient tiré entre 100 et 150 missiles THAAD, d’une valeur estimée à 12,7 millions de dollars l’unité, et aidé à abattre quelque 500 missiles tirés par l’Iran.
Au total, environ un quart des intercepteurs THAAD détenus par les États-Unis auraient été utilisés au cours des douze jours de guerre.
Le JINSA a estimé que les interceptions américaines par le système THAAD représentaient environ la moitié de tous les missiles abattus pendant la guerre. Outre le THAAD, les forces américaines auraient également tiré environ 80 intercepteurs RIM-161 Standard Missile-3 depuis des navires, ce qui signifie que plus de la moitié de toutes les interceptions auraient été réalisées grâce à l’Oncle Sam.
Il est toutefois impossible de vérifier l’équilibre précis entre les interceptions américaines et israéliennes, car Israël n’a pas publié de chiffres officiels sur les dépenses consacrées aux intercepteurs.
Néanmoins, au moins 36 missiles ont réussi à franchir le bouclier de défense et à atteindre des zones densément peuplées, tuant 32 personnes et en blessant plus de 3 000, selon les autorités sanitaires et les hôpitaux.
Au total, 2 305 habitations et deux universités, ainsi qu’un hôpital, ont été endommagés par les missiles ainsi qu’une frappe de drone réussie, touchant 240 bâtiments et provoquant le déplacement de plus de 13 000 Israéliens.
Selon Cicurel, ces attaques ont mis en évidence une dure leçon pour Israël et ses alliés : « Ce que nous avions auparavant n’est pas suffisant – cette base n’est pas suffisante. »
Le nombre considérable d’intercepteurs nécessaires a révélé les limites des hypothèses existantes en matière de défense antimissile face à des attaques de missiles soutenues et de forte intensité, a-t-il expliqué.
Face à la pression exercée sur ses stocks, Washington a été contraint d’accélérer ses efforts pour reconstituer ses réserves de missiles. Ces derniers mois, les États-Unis ont lancé le Munitions Acceleration Council (Conseil pour l’accélération de la production de munitions), dont le département de la Défense dit qu’il « a entrepris d’augmenter la production ». Cette initiative témoigne de la préoccupation croissante quant au fait que les taux de production actuels ne soient pas adaptés aux conflits modernes, dans lesquels les missiles occupent une place prépondérante.
Ces inquiétudes ont resurgi en septembre, lorsque le Wall Street Journal a révélé que le Pentagone exerçait une pression sans précédent sur les fabricants de missiles pour qu’ils augmentent leur production, les exhortant à doubler, voire à quadrupler leur cadence.
Cependant, même si les États-Unis parvenaient à reconstituer de manière significative leur stock d’intercepteurs THAAD avant un éventuel conflit entre Israël et l’Iran – une perspective largement considérée comme improbable en raison du délai important entre la prise de décision et la livraison -, Israël pourrait ne pas bénéficier du même niveau de soutien américain si les forces américaines étaient concentrées ailleurs.
« On constate une dépriorisation croissante [de la part des États-Unis] de l’Europe et du Moyen-Orient, ce qui est très préoccupant compte tenu des menaces considérables qui pèsent toujours sur la Russie et l’Iran », a déclaré Cicurel au Times of Israel.
Selon lui, le président américain, Donald Trump, et son administration concentrent de plus en plus l’attention stratégique des États-Unis ailleurs, notamment sur la Chine et le Venezuela.
« Ce qui n’a pas changé, c’est que l’administration Trump … [continue de considérer] Israël comme un partenaire stratégique des États-Unis », a ajouté Cicurel.
Mais, pour garantir le soutien des États-Unis en cas de conflit futur avec l’Iran, a-t-il averti, il faudra peut-être plus que des liens de longue date.
« Nous devons renforcer ce partenariat à l’avenir, car les États-Unis s’intéressent de plus en plus à d’autres régions », a-t-il souligné.
Évaluer l’état de préparation de l’Iran
Selon Cicurel, l’Iran « profite de la trêve » dans les hostilités avec Israël pour reconstituer son arsenal de missiles.
Cependant, Tal Inbar, expert aguerri en matière de politique aérienne, spatiale et balistique, a exprimé son scepticisme quant aux récentes informations faisant état d’une reprise de la production de missiles par l’Iran, notamment le reportage de NBC selon lequel la République islamique pourrait bientôt atteindre un rythme de production de 3 000 missiles par an.
« Ces chiffres sont beaucoup trop élevés pour n’importe quel pays, pas seulement pour l’Iran », a déclaré Inbar.
Il a fait valoir que même les industries de défense les plus avancées au monde ne sont pas structurées pour soutenir une telle production de missiles sur le long terme.
Cependant, les missiles balistiques peuvent encore être fabriqués relativement rapidement et à grande échelle, dépassant de loin la production d’intercepteurs THAAD, pour lesquels des cycles d’assemblage et d’essai prolongés sont nécessaires, ce qui limite considérablement la vitesse à laquelle les stocks peuvent être reconstitués après une utilisation intensive.
« Le rythme de production des intercepteurs THAAD chez Lockheed Martin est inférieur à vingt par an, et il s’agit là de Lockheed Martin », a indiqué Inbar.
Les plans d’approvisionnement du Pentagone prévoient actuellement l’achat de seulement 37 intercepteurs THAAD en 2026, ce qui est bien inférieur au nombre utilisé pour défendre Israël lors de l’Opération « Rising Lion ».
Malgré les questions qui subsistent quant au rythme de production de missiles par le régime islamique, Inbar a souligné que « l’Iran continue bien sûr à produire des missiles balistiques », en se référant à des images satellites indiquant que les installations de production de missiles endommagées avaient commencé à être reconstruites.
« Si la question est de savoir si l’Iran a la capacité de frapper massivement Israël avec des missiles balistiques, la réponse est oui », a assuré Inbar, soulignant que ces évaluations devaient néanmoins être considérées avec prudence, compte tenu de ce qu’il a qualifié de couverture médiatique exagérée.
Il a toutefois averti que les capacités réelles de l’Iran ne pouvaient être évaluées uniquement à partir des chiffres de production, soulignant les types d’armes que Téhéran a jusqu’à présent choisi de ne pas utiliser.
Il a souligné que l’Iran s’était abstenu d’utiliser ses systèmes de missiles les plus sophistiqués, y compris les missiles hypersoniques, lors de ses attaques contre Israël, tant pendant le conflit de juin que lors des affrontements précédents en avril et en octobre 2024.
Les missiles hypersoniques sont des armes qui se déplacent à une vitesse supérieure à cinq fois celle du son, soit Mach 5. Cette catégorie englobe à la fois certains missiles balistiques avancés et des véhicules hypersoniques à glissement qui manœuvrent dans l’atmosphère à des vitesses extrêmes, plutôt que de suivre les trajectoires balistiques prévisibles des missiles traditionnels. Ils sont ainsi plus difficiles à suivre et à intercepter.
Inbar a toutefois souligné que ces missiles ne constituent pas une « arme miracle ».
Même s’il estime que l’Iran pourrait choisir de déployer des missiles hypersoniques dans un futur conflit, il a insisté sur le fait qu’ils pourraient toujours être interceptés par les systèmes de défense antimissile israéliens.
Les leçons de la dernière guerre
L’attaque surprise de grande envergure lancée le 13 juin par Israël contre les principaux dirigeants du CGRI, les scientifiques nucléaires, les sites d’enrichissement d’uranium et le programme de missiles balistiques était nécessaire pour empêcher la République islamique, qui a juré de détruire l’État juif, de se rapprocher de la fabrication d’armes atomiques.
En l’espace de douze jours, Israël a pris le contrôle de l’espace aérien iranien, rendant ses systèmes de défense aérienne pratiquement inexistants, tout en continuant à détruire les caches de missiles et les sites de production.
Les douze jours de conflit ont pris fin brutalement avec l’annonce d’un cessez-le-feu par Trump, à la suite de frappes américaines contre le programme nucléaire iranien.
« Lors de la dernière guerre, Israël a bénéficié d’un immense avantage en lançant cette attaque surprise », a expliqué Cicurel.
« Si ce n’est pas le cas lors de la prochaine guerre, soit parce que l’Iran aura réparé sa défense aérienne, soit parce qu’il sera mieux préparé, soit parce qu’il choisira de mener une attaque préventive – ce qui est une possibilité très réelle -, le début de la guerre pourrait s’éterniser. »
Cicurel faisait référence à la décision de l’Iran d’ouvrir le précédent conflit par une salve de missiles importante et coordonnée, avec une première vague d’environ 100 missiles balistiques lancés simultanément. Si ces barrages ont fini par perdre en ampleur et en fréquence, les analystes soulignent que l’Iran a eu le temps depuis lors d’évaluer ses performances, de réparer les dégâts et d’affiner son approche opérationnelle.
Il pourrait également être en train de réparer et d’améliorer sa défense aérienne.
Mi-décembre, l’agence de presse étudiante iranienne citait le chef d’état-major des forces armées iraniennes, le général Abdolrahim Mousavi : « Le renforcement continu des capacités de défense aérienne progresse avec succès grâce aux efforts incessants et ininterrompus de nos collègues des unités de défense aérienne. » L’ampleur de cette reprise reste toutefois incertaine.
Dans un éventuel conflit à venir, l’Iran pourrait être mieux placé pour lancer des salves répétées sur une plus longue période, surtout si Israël ne dispose pas de l’effet de surprise, selon Cicurel. Ce changement pourrait transformer la phase initiale, marquée par un avantage rapide d’Israël, en un échange prolongé et plus équilibré qui s’étendrait bien au-delà de douze jours, avec des conséquences désastreuses pour les deux camps.
« Dans ce contexte, la durée de la guerre – l’intensité des attaques des deux côtés – pourrait s’allonger », a déclaré Cicurel.
Selon Inbar, le lancement de 100 missiles par jour pendant plusieurs jours consécutifs par l’Iran serait « un défi à intercepter ».
Bien que l’arsenal israélien comprenne des systèmes fabriqués localement capables de compléter le THAAD, il aurait tout de même du mal à faire face à des barrages répétés de grande ampleur.
Selon Inbar, la difficulté réside dans les limites inhérentes à tout système de défense antimissile lorsqu’il est confronté à des attaques soutenues et massives visant à épuiser les stocks d’intercepteurs et les capacités de riposte.
« Personne ne peut intercepter tous les missiles entrants… Il n’existe pas de système de défense antimissile efficace à 100 %, mais… cela complique davantage la défense d’un pays lorsque vous êtes confronté à un grand nombre de missiles entrants », a-t-il expliqué.
Selon les chiffres du ministère de la Défense, le système de défense aérienne multicouche d’Israël a maintenu un taux de réussite d’environ 86 % contre les missiles balistiques lancés depuis l’Iran en juin.
Cicurel a également souligné que la présence continue des mandataires régionaux de l’Iran restait une préoccupation majeure.
« Il est évident qu’Israël continue de lutter contre le Hezbollah », a-t-il déclaré, soulignant la récente intensification des frappes israéliennes au Liban visant à empêcher le réarmement de ce groupe terroriste chiite libanais soutenu par l’Iran. Il existe également une menace permanente provenant du Yémen, où les terroristes houthis ont démontré leur capacité à lancer des salves limitées de missiles à longue portée sur Israël.
« Les Houthis sont en train de mettre en place une menace balistique qui pourrait bientôt dépasser celle de l’Iran », a-t-il averti.
Alors que les analystes passent au crible une multitude d’informations contradictoires et parfois invérifiables, il devient de plus en plus difficile de prédire l’issue du prochain conflit entre Israël et l’Iran. Ce qui est certain, prévient Inbar, c’est que « ce ne sera pas la même chose ».
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