Face à une tolérance du sentiment anti-Israël, une communauté reconstructionniste quitte le mouvement
Kehillat Israel, la plus grande synagogue du mouvement s’inquiète de l'ordination de rabbins antisionistes et de l'atmosphère "hostile" envers le sionisme sur le campus
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JTA — La plus grande synagogue du mouvement du judaïsme reconstructionniste s’apprête à rompre ses liens avec son organisme confessionnel, ses dirigeants estimant que celui-ci n’a pas su faire face à l’hostilité envers Israël manifestée par des rabbins et des étudiants rabbiniques affiliés.
Cette décision est représentative d’un débat plus large au sein de la communauté juive américaine sur le sionisme et les limites d’une critique légitime d’Israël.
Le clergé et les dirigeants laïcs de la synagogue Kehillat Israel (KI), située à Pacific Palisades, en Californie, ont informé leurs membres, lundi, de leur intention de se désaffilier.
Tout en affirmant leur attachement continu aux valeurs et aux pratiques spirituelles du judaïsme reconstructionniste, les dirigeants de la synagogue ont déclaré qu’ils ne pouvaient plus rester affiliés à « Reconstructing Judaism », l’institution centrale qui supervise une école rabbinique et dirige près de cent congrégations membres.
« Pendant plusieurs dizaines d’années, notre clergé et nos dirigeants laïcs sont restés engagés au sein de ce mouvement, mais ces dernières années, notre voix a été ignorée », peut-on lire dans le courriel obtenu par la Jewish Telegraphic Agency.
« Des changements importants ont eu lieu au sein du mouvement Reconstructing Judaism… qui nous ont amenés à conclure qu’il était dans notre intérêt de rompre notre affiliation avec ce mouvement. »
La lettre fait état de préoccupations concernant l’ordination par le collège rabbinique d’étudiants ayant des opinions antisionistes, ainsi que ce que la direction de Kehillat Israel décrit comme une atmosphère « hostile » envers le sionisme sur le campus. La synagogue, qui compte environ 900 familles, demande désormais à ses membres de voter en faveur d’une modification des statuts qui officialiserait cette rupture.
Sur le plan financier, ce changement signifie que KI, qui a été durement touché par les incendies de janvier, ne versera plus 1 % de son budget au mouvement national. Les cotisations des congrégations représentent moins de 10 % du budget annuel de Reconstructing Judaism, qui s’élève à environ 5 millions de dollars. La perte des cotisations de Kehillat Israel, même si celle-ci est la plus grande synagogue du mouvement, ne devrait donc pas avoir d’impact financier significatif.
Néanmoins, la proposition de désaffiliation de Kehillat Israel porte un coup symbolique au mouvement reconstructionniste. Né de la réinvention radicale de la vie communautaire juive par le rabbin Mordecai Menahem Kaplan au XXᵉ siècle, le reconstructionnisme s’est longtemps présenté comme un courant minoritaire mais influent du judaïsme libéral, fièrement pluraliste, égalitaire et ouvert sur le plan intellectuel. Mais ces dernières années, cette ouverture a posé des défis, alors que les divisions idéologiques sur le sionisme se sont approfondies au sein du monde juif.
Ces défis sont apparus au grand jour à la suite de l’assaut barbare et sanglant mené par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, puis de la guerre qui a suivi à Gaza. Les rabbins et les étudiants rabbiniques reconstructionnistes ont joué un rôle de premier plan dans les mouvements antisionistes, comme Jewish Voice for Peace (JVP).
En juin 2024, Reconstructing Judaism a publié une déclaration dans laquelle il affirme son soutien au sionisme progressiste et à une solution à deux États. Cette prise de position a été perçue comme une volonté de réaffirmer le sionisme comme principe fondamental du mouvement, mais elle est arrivée trop tardivement ou a semblé insuffisante aux yeux de certains membres de longue date, comme Kehillat Israel.
« Malgré l’affirmation déclarée du mouvement quant au droit d’Israël à exister, ses récentes actions prouvent le contraire », ont écrit les dirigeants de la synagogue.
« Il peut y avoir de nombreuses opinions sur la politique israélienne, mais la légitimité d’Israël est inaliénable, et c’est une position inébranlable pour Kehillat Israel. Le monde doit voir que le peuple juif est uni dans son soutien au peuple d’Israël. »
Dans une déclaration concernant la proposition de désaffiliation, la rabbin Deborah Waxman, présidente et directrice générale de Reconstructing Judaism, qui a récemment annoncé son départ après treize ans à la tête de l’organisation, a exprimé sa déception.
« C’est un moment difficile pour le peuple juif et pour Israël. Ici, en Amérique, nous assistons à des désaccords autour d’Israël, en particulier après les terribles événements du 7 octobre et leurs répercussions, à travers les générations, au sein des familles et des congrégations », a écrit Waxman.
« Au sein de Reconstructing Judaism, nous sommes profondément attristés par la décision des dirigeants de Kehillat Israel de soumettre à leurs membres un vote de désaffiliation. Nous prenons très au sérieux notre engagement à soutenir les communautés affiliées, à écouter leurs préoccupations, à répondre à leurs besoins, à apprendre d’elles et à partager leurs forces au sein de notre réseau. »
Waxman a également défendu l’approche adoptée envers Israël au sein de son obédience et de son séminaire.
« Nous travaillons pour que les rabbins et les futurs rabbins se sentent concernés et connectés au peuple juif à travers le monde, y compris à nos amis, à notre famille et à nos collègues en Israël », a-t-elle écrit.
« Tous les étudiants sont admis au Reconstructionist Rabbinical College en sachant clairement que le mouvement reconstructionniste est engagé en faveur du sionisme progressiste et du droit d’Israël à exister, et qu’il est obligatoire d’étudier en Israël dans le cadre de la formation rabbinique. »
L’an dernier, la situation a atteint son paroxysme lorsque deux étudiants rabbins reconstructionnistes ont annoncé leur départ de l’école dans une lettre ouverte publiée dans The Forward. Talia Werber et Steven Goldstein ont dénoncé ce qu’ils ont décrit comme une culture omniprésente d’antisionisme, d’intimidation et d’absence de dialogue ouvert.
Dans leur missive, ils expliquent qu’après avoir formé un petit groupe d’étudiants pro-Israël à la suite du 7 octobre, ils ont été isolés et ont dû faire face à l’hostilité de leurs camarades ainsi qu’au manque de soutien de la direction de l’école. Ils ont décrit un corps étudiant où beaucoup tiennent des propos anti-Israël, qualifiant Israël « d’État colonialiste et d’apartheid », et où tout lien positif avec Israël est découragé.
La rupture sur la question israélienne a été le thème officieux de la cérémonie de remise des diplômes du séminaire qui a eu lieu après la publication de la lettre des deux anciens étudiants.
« Jusqu’à cette année, je ne réalisais pas pleinement à quel point il est difficile de construire et de maintenir une communauté fondée sur nos principes en période de crise profonde », a déclaré Seth Rosen, président du conseil d’administration de Reconstructing Judaism, lors de la cérémonie de remise des diplômes.
« Les sept derniers mois ont mis à rude épreuve notre capacité à rester une communauté malgré nos différences, comme jamais auparavant dans notre mémoire collective. »
Les différences se sont finalement révélées irréconciliables pour les dirigeants de KI.
« Le Rabbinical College accueille des étudiants ouvertement antisionistes et les forme au rabbinat, ce qui est totalement contraire aux autres mouvances du judaïsme », ont écrit les dirigeants à leurs membres, ajoutant que de nombreux diplômés rejoignent ensuite des organisations antisionistes.
Cette décision de Kehillat Israel intervient quelques mois seulement après les incendies dévastateurs qui ont ravagé certaines parties de Los Angeles, détruisant les maisons de nombreux membres de cette synagogue, ainsi que celles de ses rabbins. Si l’édifice lui-même a été épargné par les flammes, il a subi d’importants dégâts causés par la fumée, ce qui le rend inutilisable pour les offices réguliers. Depuis, la congrégation se réunit dans des lieux provisoires.
La lettre a été signée par le clergé de Kehillat Israel, notamment par la rabbin Amy Bernstein, le hazan – ou chantre – Chayim Frenkel et le rabbin Daniel Sher, ainsi que par les présidents actuel et sortant du conseil d’administration, Matthew Ross et Steven Lewis. Tout en exhortant les membres de la congrégation à voter en faveur de la désaffiliation, la lettre souligne que la vie religieuse et les programmes de KI ne seront pas affectés.
« Kehillat Israel restera fidèle aux principes du reconstructionnisme », indique la lettre.
« Notre clergé, nos éducateurs… et notre façon de prier ne changeront pas. »
la Communauté du Times of Israël !







