La députée Michal Woldiger plaide pour la guérison des traumatisés de guerre
La présidente de la commission des Affaires sociales milite pour une meilleure prise en charge des victimes du 7-Octobre, mais elle a besoin du soutien des partis haredim
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
La députée Michal Woldiger (HaTzionout HaDatit) est l’une des rares législatrices de la coalition à reconnaître publiquement la gravité de la crise de santé mentale en Israël et l’insuffisance de la gestion de cette crise par l’État.
En sa qualité de présidente de la commission du Travail, des Affaires sociales et de la Santé de la Knesset, elle s’est donné pour mission principale de réformer les systèmes de santé mentale et de réadaptation, qui sont sous pression, estimant que l’ampleur des traumatismes subis par la société israélienne depuis le 7 octobre 2023 constitue une question de sécurité nationale.
« Nos munitions, nos avions et nos chars sont très importants, mais il est tout aussi important, voire plus important encore, de savoir qui pilote l’avion, commande le navire ou conduit le char », a-t-elle déclaré.
Au cours des deux années qui ont suivi le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre multifrontale d’Israël à Gaza et ailleurs, les besoins en matière de soins psychologiques ont dépassé les capacités du système. Les survivants de l’assaut barbare et sanglant, les soldats, les premiers intervenants, les otages, les familles endeuillées, les personnes déplacées de leurs foyers et d’autres personnes en proie au traumatisme se sont retrouvés face à un réseau fragmenté et hautement bureaucratique d’agences gouvernementales incapables de répondre à la demande.
« Nous n’avons pas assez de thérapeutes ni de psychiatres », a reconnu Woldiger lors d’une récente interview accordée au Times of Israel.
« Notre pays tout entier souffre de [stress post-traumatique] TSPT. Comment y remédier ? Nous ne pouvons pas empêcher les traumatismes, car malheureusement, nous sommes au Moyen-Orient et nous devrons probablement vivre avec nos armes pendant encore longtemps. Mais nous pouvons les minimiser si nous donnons à chacun les outils nécessaires pour y faire face. »
À la tête de la commission chargée de superviser les services d’affaires sociales, sanitaires et de réadaptation, Woldiger peut faire avancer la loi, demander des comptes aux agences gouvernementales et attirer l’attention sur les failles systémiques. En définissant l’ordre du jour de la commission et en faisant adopter des réformes par la Knesset, elle dispose d’une tribune unique pour influencer la manière dont Israël traite la crise de la santé mentale et transformer les préoccupations en initiatives politiques concrètes.
Cependant, la réalité de la politique de coalition la place également dans une position délicate : elle doit défendre les efforts du gouvernement pour faire adopter une loi visant à protéger les exemptions de service militaire pour les membres de la communauté ultra-orthodoxe, même si cela alourdit le fardeau d’un groupe de personnes qui souffre plus que la plupart des autres : les soldats, les réservistes et leurs familles. S’opposer à cette loi signifierait perdre le soutien des députés haredim, dont l’appui pourrait être crucial pour faire avancer son programme.
Woldiger rencontre régulièrement des familles endeuillées, des survivants du pogrom du 7-Octobre, d’anciens otages et leurs familles, des premiers intervenants, des soldats et bien d’autres personnes lors des réunions de la commission. Ces personnes y expriment leurs doléances concernant l’insuffisance des services de soins et de santé mentale, et beaucoup reprochent au gouvernement soutenu par Woldiger de n’avoir pas su empêcher ces massacres.
Avocate de formation, Woldiger a fait ses premiers pas en politique en siégeant au conseil municipal de Givat Shmuel, où elle était chargée du dossier des affaires sociales. Elle a ainsi pu constater par elle-même les limites des services publics. Elle est entrée à la Knesset en 2021 en tant que membre du parti HaTzionout HaDatit du ministre des Finances, Bezalel Smotrich.
Depuis sa nomination à la présidence de la commission de la Knesset en août, Woldiger s’est attachée à améliorer les services offerts aux victimes du 7-Octobre et à leurs familles, à combler les lacunes de la loi régissant la réadaptation des personnes souffrant de TSPT et d’autres troubles mentaux, tout en s’attaquant à des problèmes qui existaient bien avant la guerre.
Elle milite en faveur de réformes visant à reconnaître les conséquences des traumatismes psychologiques subis par les familles des soldats et des civils. Auparavant, les familles des soldats hospitalisés pour des troubles psychiatriques recevaient beaucoup moins de soutien que celles des soldats blessés physiquement.
Sous la direction de Woldiger, la commission a également œuvré en faveur de l’égalité en matière de santé mentale pour les familles des survivants, a élargi les espaces de réhabilitation pour les personnes souffrant de TSPT et a modifié la loi afin de mieux soutenir les orphelins et les veuves des membres des forces de sécurité. Selon des statistiques du ministère de la Défense publiées en octobre, plus de 6 500 personnes, dont 1 973 parents, 351 veuves, 885 enfants et 3 481 frères et sœurs, ont été désignées comme faisant partie de familles endeuillées.
« Cette guerre a fait beaucoup de veuves, dont beaucoup ont de jeunes enfants, et la loi ne sait pas comment leur apporter l’aide dont elles ont besoin. Nous essayons donc de remédier à cela aussi », souligne Woldiger.
Elle estime que les réformes en cours ne sont pas un sprint, mais un marathon, un processus complexe et progressif visant à mettre en place un système de santé mentale plus réactif et plus humain dans tout Israël.
Cependant, la lenteur du processus législatif, souvent bloqué par des querelles interministérielles concernant le financement, a suscité la frustration tant chez les membres de sa commission que chez leurs électeurs.
Son engagement envers cette mission lui a même valu les éloges de ses rivaux politiques, transcendant ainsi les clivages idéologiques traditionnels.
« La commission a une très lourde charge à assumer, et [Woldiger] s’efforce vraiment de la gérer efficacement », a salué la députée Debbie Biton (Yesh Atid) et membre de la commission des Affaires sociales de la Knesset.
« Nous nous asseyons et nous nous efforçons réellement de faire avancer les choses rapidement, mais nous manquons toujours de temps et nous sommes constamment confrontés à des retards de la part de divers services. »
Selon Biton, le poids des besoins liés à la guerre, qui s’ajoute au mandat habituel de la commission, est une charge impossible à supporter.
« En plus de toutes les questions et de toutes les communautés touchées par la guerre, il y a toutes les questions complexes et variées que la commission tente de traiter », a-t-elle fait remarquer.
« Nous rencontrons des réservistes qui se sont retrouvés sans domicile ou qui ont peur de dormir, accablés par le traumatisme et le manque de soins. Le gouvernement doit apporter des réponses, et nous n’y parvenons pas. »
Un système surchargé
Woldiger a dressé le tableau d’un système désorganisé où les ressources de l’État sont considérables, mais mal coordonnées.
« C’est terriblement lourd et bureaucratique, avec des ministères qui se disputent sans cesse pour savoir qui est responsable de quoi », explique-t-elle.
« Il faut mettre l’accent sur la santé mentale à l’échelle nationale, tant pour les soldats que pour les civils. On ne peut pas laisser aux familles le soin d’attendre qu’une crise survienne et de se présenter aux urgences. »
Ses préoccupations sont partagées par les experts en traumatologie et ses collègues au sein de la commission.
Gila Tolub, cofondatrice et directrice exécutive d’ICAR (Israel’s Collective Action for Resilience), créé à la suite du 7-Octobre pour faire face aux traumatismes collectifs généralisés, a expliqué que le système de santé mentale du pays était fracturé bien avant la guerre et qu’il était désormais totalement inadapté à l’ampleur des traumatismes auxquels Israël est confronté.
« Il existe suffisamment de services pour vous aider, mais ils sont impossibles à trouver », a-t-elle déclaré.
« Nous ne sommes tout simplement pas coordonnés, nous ne partageons pas les données, et les gens ne savent pas où aller. »
Selon Tolub, le problème remonte à 1994, lorsque l’État d’Israël a créé son modèle de couverture médicale universelle, mais a exclu la santé mentale des responsabilités des quatre caisses de santé qui fournissent des soins médicaux à l’ensemble de la population israélienne. Ce n’est qu’en 2015 que ces organismes ont assumé cette responsabilité, mais une grande partie du travail avait déjà été externalisée à des organisations à but non lucratif.
« Cela crée un écosystème très désorganisé », a-t-elle expliqué.
« Aujourd’hui, plus de 400 organisations à but non lucratif tentent de fournir des services à la population. Une très grande partie de leur budget provient en réalité du gouvernement, qui reconnaît le rôle qu’elles jouent, mais cela signifie que l’ensemble du système est dispersé. »
Tolub a cependant souligné qu’Israël consacrait également moins de fonds à la santé mentale que les autres pays de l’OCDE.
« Nous ne consacrons qu’environ 5 % du total des dépenses de santé à la santé mentale. Les États-Unis y consacrent 7 % et l’Europe 10 %. Ce n’est pas comme si nous avions moins de problèmes, et en termes de traumatismes, nos taux sont beaucoup plus élevés. »
Et ce, même si Woldiger reconnaît elle-même que les fonds existent.
« Aujourd’hui, l’État d’Israël dépense beaucoup d’argent pour ces services », souligne-t-elle.
« Mais ils ne sont pas toujours affectés aux bons endroits. »
Biton est plus directe : selon elle, l’aide aux communautés les plus touchées par les événements du 7-Octobre, en particulier en ce qui concerne les besoins en matière de santé mentale, n’est pas une priorité pour le gouvernement. Elle qualifie de « miettes » les fonds alloués à la santé mentale ainsi qu’aux otages, aux réservistes, aux personnes déplacées, aux familles endeuillées et à toutes les autres personnes touchées directement par la guerre.
« C’est loin d’être suffisant par rapport à leurs besoins. Quelque chose ne fonctionne pas ici, et ce n’est pas parce que le pays manque d’argent. L’État d’Israël et le Trésor public ont suffisamment d’argent, mais les priorités ne sont pas toujours fixées correctement », a-t-elle déploré.
Patriotisme ou politique
En tant que présidente de la commission du Travail, des Affaires sociales et de la Santé et défenseuse de la santé mentale, Woldiger se consacre avec passion à l’élargissement des services destinés aux personnes les plus touchées par la guerre. Toutefois, ses affiliations politiques la placent dans une position complexe et parfois contradictoire.
Membre du parti ultra-nationaliste HaTzionout HaDatit, elle soutient activement un gouvernement qui tente actuellement de parvenir à un accord avec les partis ultra-orthodoxes sur une loi très controversée visant à exempter les Haredim étudiant en yeshiva du service militaire. Cette question est devenue l’un des principaux enjeux politiques après deux ans de guerre et les avertissements répétés de Tsahal, qui fait face à une pénurie de main-d’œuvre.
Ainsi, les soldats et les familles dont elle défend le bien-être portent de manière disproportionnée le fardeau du service militaire, en raison du refus de servir de la part des membres de cette communauté, que son gouvernement doit apaiser pour rester au pouvoir.
« Ce que font [les Haredim] me met très en colère, car nous combinons l’étude de la Torah et le service militaire », explique-t-elle, opposant le point de vue de son parti à celui de la communauté ultra-orthodoxe, dont les dirigeants affirment que les deux sont incompatibles.
Les politiciens haredim exigent que le gouvernement soutienne une loi qui légaliserait le statu quo, selon lequel la plupart des membres de la communauté ultra-orthodoxe sont exemptés du service militaire obligatoire. D’autres députés cherchent quant à eux à faire adopter une loi qui fixerait des quotas de service croissants et permettrait d’imposer des sanctions sévères aux réfractaires à la conscription.
Woldiger affirme qu’elle ne soutiendra « aucune loi qui n’apporterait pas de véritable changement et qui ne ferait que perpétuer le statu quo ».
Son point de vue est personnel : en tant que mère de soldats et membre de la communauté sioniste religieuse, qui a perdu un nombre disproportionné de soldats lors des récents conflits, et qui concilie l’étude de la Torah et le service militaire, elle est profondément attachée au principe du service.
Elle estime toutefois qu’une solution au problème de l’absence de conscription des ultra-orthodoxes ne peut « heurter les sentiments des Haredim », qu’aucune loi ne peut à elle seule garantir les effectifs dont l’armée a besoin et que seule une combinaison de « lois et de changements sociaux » permettra de changer la situation sur le terrain.
Woldiger reproche également au précédent gouvernement Bennett-Lapid, au pouvoir pendant un an, son manque de volonté, affirmant qu’il s’était concentré sur l’intégration de la communauté haredi dans le monde du travail plutôt que dans l’armée.
« Cependant, pour préserver leur gouvernement, la coalition est prête à tout, même si cela doit se faire au détriment de choses qui leur tiennent très à cœur. »
Les arrestations de réfractaires à la conscription ces dernières semaines ont déclenché des manifestations de masse organisées par des Haredim, notamment à Jérusalem et près de Tel Aviv. Toutefois, Woldiger accuse ceux qui s’opposent à l’exemption de conscription de « faire monter la tension ».
« Il y a clairement une dissonance », affirme Biton au sujet du soutien apporté par la coalition à ce projet de loi. Mère de trois enfants ayant servi dans Tsahal, elle exprime sa frustration face à l’idée que, pendant une guerre, « certaines personnes pensent que d’autres devraient envoyer leurs enfants mourir – et ils mourront – tandis que d’autres étudient et ne se sentent pas obligés de contribuer à l’État ».
« Je crois que tous les membres de la Knesset sont animés de bonnes intentions », dit-elle.
« Cependant, pour préserver leur gouvernement, la coalition est prête à tout, même si cela doit se faire au détriment de choses qui leur tiennent très à cœur. »
Pour faire adopter le projet de loi et rester au pouvoir, le gouvernement a besoin du soutien des partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah, qui ont quitté la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu en juillet en raison de leur incapacité à faire adopter le texte. Woldiger a elle-même été nommée à la tête de la commission du Travail, des Affaires sociales et de la Santé en août, à la suite de la démission du député Yisrael Eichler (Yahadout HaTorah), qui présidait cette commission, du gouvernement.
Il est crucial pour elle de maintenir la coalition intacte afin d’assurer l’avenir de HaTzionout HaDatit, qui, selon les derniers sondages, pourrait passer sous le seuil électoral lors des prochaines élections législatives, prévues dans moins d’un an. Elle serait alors obligée d’envisager de se présenter aux côtés d’Otzma Yehudit, un parti encore plus à droite, dirigé par le ministre de la Sécurité publique, Itamar Ben Gvir. Mais Woldiger ne s’en inquiète pas.
« Je pense que la population est intelligente et que nous franchirons le seuil lors des prochaines élections », déclare-t-elle, ajoutant qu’elle espère que les partis ultra-orthodoxes « reviendront véritablement dans la coalition et comprendront à quel point une véritable loi sur la conscription est nécessaire ».
Sans le soutien des ultra-orthodoxes, la coalition ne peut faire avancer son programme législatif. Mais ce soutien implique d’appuyer des mesures qui continueront à faire peser un fardeau disproportionné sur les soldats et leurs familles, alors même que Tolub et d’autres experts en traumatologie avertissent que la crise de santé mentale dans le pays ne fait que s’aggraver.
« J’entends déjà des gens dire : ‘La guerre est finie, nous n’avons plus besoin d’investir dans la santé mentale’, alors qu’en réalité, le processus de guérison ne fait que commencer », souligne-t-elle.
« Nous savons que les taux de suicide augmentent non pas pendant la guerre, mais après. Le nombre de personnes diagnostiquées avec un TSPT a doublé par rapport à avant la guerre, non pas à cause des événements survenus il y a deux ou trois ans, mais en raison d’un stress chronique. »
« Pendant le COVID, personne n’a laissé le choix aux écoles ou aux municipalités de fermer ou non. Nous ne savions pas à quoi nous étions confrontés et nous avons pris des décisions par peur », a déclaré Tolub.
« À l’heure actuelle, nous devrions avoir peur, car cela va nous affecter bien plus que nous ne le pensons. »
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !








