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Reportage

Manif des haredim contre la conscription à Jérusalem : « Mes enfants préfèrent la prison »

"Nous nous battons comme nos ancêtres, par la prière et l’étude", dit un manifestant ; d’autres assurent que Tsahal n’a pas besoin d’eux et que la lutte annonce la venue du Messie

Des ultra-orthodoxes assis sur un pont surplombant la foule lors d’une manifestation organisée par des ultra-orthodoxes contre la conscription dans l’armée israélienne, à Jérusalem, le 30 octobre 2025. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Des ultra-orthodoxes assis sur un pont surplombant la foule lors d’une manifestation organisée par des ultra-orthodoxes contre la conscription dans l’armée israélienne, à Jérusalem, le 30 octobre 2025. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Présentée largement comme une manifestation contre la conscription dans Tsahal – la Cour suprême ayant annulé leur exemption et le gouvernement Netanyahu cherchant à parvenir à un compromis législatif –, la mobilisation « d’un million d’hommes » organisée jeudi à Jérusalem par les haredim a attiré une foule immense. Pourtant, nombre d’étudiants de yeshivot, de rabbins et d’autres participants ont décrit l’événement en des termes bien différents.

Ils ont mis en avant leur engagement envers l’étude de la Torah, affirmant que leur dévouement aux textes sacrés garantissait la sécurité d’Israël. Certains ont même vu dans cette lutte un signe annonciateur de la venue du Messie. Sans surprise, aucune des personnes interrogées par le Times of Israel n’a exprimé l’intention de s’engager dans l’armée.

La manifestation de deux heures, qui a rassemblé environ 200 000 participants, essentiellement des hommes et des jeunes, a paralysé l’entrée de la capitale et perturbé la circulation. L’événement a donné lieu à des prières collectives, à quelques affrontements avec la police et à plusieurs agressions contre des journalistes par une minorité. Il n’y a pratiquement pas eu de discours.

Une contre-manifestation organisée à proximité par un groupe de réservistes de Tsahal a rassemblé plusieurs centaines de personnes brandissant des drapeaux israéliens et réclamant l’égalité du service pour tous. On estime qu’environ 80 000 hommes ultra-orthodoxes sont actuellement éligibles au service militaire ; des milliers ont reçu une convocation, mais très peu se sont présentés.

La dernière version du projet de loi sur la conscription, qui doit être soumise lundi à la Knesset, est plus modérée que les précédentes. Elle comprend des mesures incitatives et des échappatoires qui permettraient à de nombreux jeunes hommes haredim d’échapper totalement au service militaire, et à la plupart des autres d’éviter de servir dans des unités de combat. Plusieurs manifestants semblaient ignorer ces détails ou n’en avaient cure.

Plusieurs de ceux qui se sont entretenus avec le Times of Israel ont affirmé être venus avant tout pour témoigner leur solidarité envers leur communauté et leur loyauté envers leurs dirigeants spirituels, plutôt que pour protester ou débattre.

« Ce qui importe, c’est que nous parlions d’une seule voix et que nous affirmions haut et fort que l’étude de la Torah est la source de notre force », a déclaré Zev, un homme à la longue barbe blanche. « Nous suivons les instructions de nos rabbins. [L’histoire a montré que] ceux qui, dans le passé, n’y croyaient pas ne sont plus parmi nous. Il n’y a pas d’autre voie. »

Zev, un haredi, lors de la manifestation ultra-orthodoxe à Jérusalem le 30 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

D’autres ont exprimé leur frustration face à ce qu’ils perçoivent comme un traitement de seconde classe de la part du gouvernement.

« La communauté haredi estime ne pas bénéficier du même respect que les autres citoyens », a déclaré Eyal, de Jérusalem. « Cela dure depuis des années. Le gouvernement donne de l’argent aux rabbins, mais rien pour nous. Toutes les yeshivot sont menacées. »

Beaucoup ont répété l’argument, largement répandu dans la communauté, selon lequel l’étude de la Torah renforce Tsahal et équivaut à un service militaire.

« Tous les miracles qui se sont produits au cours des deux dernières années sont dus au monde des yeshivot », a affirmé Moshe Aharon Toledano, de Jérusalem, une référence aux succès militaires israéliens à Gaza, mais aussi face au groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, et contre la République islamique elle-même, depuis l’invasion et le pogrom perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël.

« C’est grâce à ceux qui ont étudié la Torah du matin au soir et prié pour le [retour des otages] kidnappés [par le Hamas]. Il y a ici des gens qui n’ont cessé de pleurer et de prier pour que les otages rentrent chez eux. Nous avons souffert, et nous nous sommes battus comme nos ancêtres nous l’ont enseigné : par la prière et l’étude. »

« Il est inconcevable qu’en Terre d’Israël, un étudiant en Torah soit arrêté et menotté, comme en Russie », a-t-il ajouté, évoquant les arrestations par Tsahal de certains ultra-orthodoxes ayant refusé de rejoindre les rangs.

Moshe Aharon Toledano, un haredi, lors de la manifestation ultra-orthodoxe à Jérusalem le 30 octobre 2025 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Eliezer Falk, qui dirige un kollel dans le nord de Jérusalem, a confié au Times of Israel que tous ses enfants étaient « prêts à aller en prison plutôt que de s’enrôler ». Il a raconté que son fils, aujourd’hui marié et résident de Pisgat Zeev, avait passé trois mois dans la prison militaire de Beit Lid pour avoir refusé un ordre de conscription.

La manifestation a été organisée en réaction à la campagne menée ces derniers mois contre les réfractaires haredim à la conscription, qui a conduit à plus de 870 arrestations – soit 7 % des 6 975 hommes ultra-orthodoxes recensés comme réfractaires. Falk a déclaré qu’il considérait la lutte politique actuelle autour de la conscription comme un prélude à l’ère messianique. « Lors d’une naissance, avant que le bébé ne vienne au monde, il y a des douleurs : la mère crie, souffre. La rédemption, c’est comme donner naissance. Si Dieu le veut, cela prendra fin et le Messie viendra », a-t-il affirmé.

Eliezer Falk, un homme haredi, lors de la manifestation ultra-orthodoxe à Jérusalem le 30 octobre 2025 (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Certains ont ajouté que Tsahal disposait déjà de tous les soldats nécessaires, alors même que l’armée affirme avoir besoin de 12 000 recrues supplémentaires et que les réservistes ont servi des centaines de jours au front pendant la guerre de deux ans contre le Hamas à Gaza.

« La raison pour laquelle ils veulent des haredim dans l’armée, ce n’est pas parce qu’ils ont besoin de nous », a déclaré Shmuel, un habitant de Jérusalem venu manifester avec ses deux fils. « Ils ont assez de soldats. C’est parce que notre communauté grandit vite, et cela leur fait peur. Ils craignent que tout le pays devienne haredi. Ils veulent juste que nous venions éplucher des pommes de terre pour pouvoir nous contrôler. »

Contre-manifestation

Non loin de là, devant le Centre international des congrès (Binyanei Hauma), plusieurs centaines de personnes brandissant des drapeaux israéliens participaient à la contre-manifestation organisée par un groupe de réservistes de Tsahal.

Une contre-manifestation organisée par des réservistes à la manifestation ultra-orthodoxe à Jérusalem, le 30 octobre 2025 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

« Je suis ici pour soutenir les soldats qui servent notre pays, qui nous protègent et qui ont fait d’énormes sacrifices au cours des deux dernières années », a déclaré Daniel Green, un habitant de Jérusalem.

« Nous devons montrer notre respect à ceux qui ont payé le prix ultime pour que nous puissions vivre ici, dans notre pays, en tant que Juifs libres. Il est essentiel d’envoyer un message à nos dirigeants pour leur faire comprendre que le service national est un devoir qui incombe à chacun d’entre nous. Et il est temps de prendre nos responsabilités. »

Ayelet Hashachar, une contre-manifestante opposée à la manifestation ultra-orthodoxe à Jérusalem le 30 octobre 2025 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Ayelet Hashachar, qui vit dans l’implantation de Kochav Hashachar, a partagé un lien plus personnel.

« Je suis ici parce que ma fille vient de recevoir son ordre de conscription et qu’elle prévoit de s’engager », a-t-elle déclaré. « Je la soutiens, ainsi que mon gendre et ses sept frères, qui servent tous dans Tsahal. J’enseigne en troisième année, et presque tous mes élèves ont perdu un frère, un père ou un oncle. On ne peut pas rester les bras croisés pendant que le sang de nos frères est versé pour défendre notre peuple. »

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