Rechercher

Le stand de bijoux d’une ex-otage au festival Nova reconstitué dans une nouvelle expo

Plus d'une douzaine d'artistes israéliens présentent des œuvres contemporaines à l'exposition « 07SH10AH23 » à Tel Aviv

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Des bijoux fabriqués par l'ex-otage Stella Moran Yanaï lors de l'exposition 07SH10AH23, organisée par Simon Durban jusqu'au 14 mai. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Des bijoux fabriqués par l'ex-otage Stella Moran Yanaï lors de l'exposition 07SH10AH23, organisée par Simon Durban jusqu'au 14 mai. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Moran Stella Yanaï s’était rendue le 7 octobre 2023 au festival de musique électronique Nova pour y vendre ses bijoux artisanaux, dans l’espoir de donner un coup de pouce à sa carrière.

Elle avait été prise en otage par des terroristes du Hamas. En novembre 2023, elle avait été libérée après sept semaines de terreur et de traitements humiliants.

Yanaï a recréé le stand de bijoux qu’elle tenait lors du festival Nova. Cette reconstitution est l’une des œuvres principales de l’exposition « 07SH10AH23 », organisée par Simon Durban, ancien manager de l’artiste de street art Banksy. Cette exposition présente différentes pièces consacrées au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël.

Plus de 300 personnes avaient été tuées et des dizaines prises en otage par les terroristes du Hamas pendant la fête. Au total, plus de 1 200 personnes avaient été massacrées et 251 avaient été prises en otage lors de l’assaut sanglant du sud d’Israël.

L’exposition, dont le nom associe la date de l’attaque et le terme Shoah, a été inaugurée dans une petite galerie située au deuxième étage d’un immeuble du sud de Tel Aviv à l’occasion de la journée de commémoration de la Shoah. Elle durera jusqu’au 14 mai.

« Je voulais réellement voir Moran Stella Yanaï reconstituer son stand de bijoux du festival Nova », a déclaré Durban, conservateur de l’exposition. « Elle a été l’une des premières à raconter ce qui lui était arrivé, particulièrement sur des forums publics et sur les réseaux sociaux. Ses récits ont très rapidement attiré mon attention. »

L’ex-otage Moran Stella Yanaï s’exprimant lors d’un rassemblement appelant à la libération des otages détenus par les terroristes du Hamas à Gaza, sur la Place des Otages, à Tel Aviv, le 14 janvier 2025. (Credit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Situé au cœur de l’exposition, l’étal de bijoux de Yanaï est installé sur un sol jonché de feuilles d’eucalyptus séchées provenant de l’endroit même où les festivaliers tentaient d’échapper à leurs agresseurs.

Les visiteurs pourront voir la valise utilisée par Yanaï pour transporter les bijoux jusqu’au festival, ainsi qu’une pince apportée sur place par un terroriste du Hamas et que les policiers israéliens chargés de rassembler les effets personnels abandonnés sur le site avaient rangée dans la valise par inadvertance.

« Ouvrir cette valise qui a survécu, toucher ces bijoux ramassés par terre, les sentir et se souvenir des odeurs de cette journée, de la poussière, des feuilles – tous ces souvenirs tangibles de la fuite », a déclaré Yanaï au Times of Israel.

À côté de son stand de bijoux, Yanaï présente aussi ses nouveaux modèles.

Des bijoux fabriqués par l’ex-otage Stella Moran Yanaï lors de l’exposition « 07SH10AH23 », organisée par Simon Durban à Tel Aviv et ouverte jusqu’au 14 mai 2025. (Credit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

« La période actuelle n’est pas une période propice à la création, ni à l’utilisation de mots comme ‘guérison’, à un moment où des gens sont encore là-bas, privés de leur humanité », a ajouté Yanaï.

« Même si je peux prendre plaisir à respirer un parfum agréable, à m’habiller confortablement, à m’asseoir tranquillement au bord de la mer, en même temps, à chaque seconde, je vois des images de ce qui aurait pu m’arriver, et de ce qui arrive actuellement à ceux qui sont encore emprisonnés. »

En cette période particulière, tout acte de création « me semble presque impossible – c’est un autre défi à surmonter, dans l’ombre d’une réalité impitoyable », a-t-elle poursuivi.

Selon Durban, c’est ce sentiment qui a inspiré l’exposition.

L’artiste Chen Ziv (à gauche) et le conservateur Simon Durban à l’exposition « 07SH10AH23 », à Tel Aviv jusqu’au 14 mai 2025. (Credit : Chen Ziv)

Agé de 54 ans, ce père divorcé de trois enfants en couple avec une femme israélienne prépare actuellement son immigration en Israël.

« Après le 7 octobre, je ne pensais même plus aux expositions », a expliqué Durban au Times of Israel.

« Je tentais d’assimiler le choc, d’intégrer mes sentiments de chagrin et d’impuissance. »

En Israël, après l’attaque du Hamas du 7 octobre, Durban a rencontré différents artistes israéliens. Il a presque immédiatement remarqué l’aspect brut et viscéral de leurs œuvres, reflet de leurs réactions face à la situation.

L’artiste Eytan Baer faisant visiter l’exposition « 07SH10AH23 », organisée par Simon Durban à Tel Aviv et ouverte jusqu’au 14 mai 2025. (Credit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

« J’ai senti que je devais non seulement témoigner, mais aussi proposer une plateforme qui permettrait ce processus de catharsis collective – où chacun pourrait voir et ressentir le traumatisme, la rupture et aussi, naturellement, la résilience », a déclaré Durban.

« Le thème de cette exposition n’est pas la politique. Il s’agit de la réponse de l’humain face à l’horreur, ainsi que de la manière dont l’art peut occuper l’espace quand le langage a échoué. »

Si certaines œuvres ont été créées avant le 7 octobre, la majorité d’entre elles datent des dix-huit derniers mois.

Les photographies rappelant les peintures à l’huile d’Osnat Ben-Dov, dont les œuvres étaient exposées à la galerie du kibboutz Beeri le 7 octobre, sont notamment présentées. Elles avaient été détruites par les tirs des terroristes du Hamas.

La peinture de Matan Sacofsky réalisée à partir de douilles mises au rebut lors de l’exposition « 07SH10AH23 », organisée par Simon Durban à Tel Aviv et ouverte jusqu’au 14 mai 2025. (Credit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

L’une des photographies de l’exposition représente un oiseau mort, dont le plumage d’un bleu et blanc éclatant évoque le drapeau d’Israël.

On peut aussi admirer diverses sculptures comme la boîte à dons de Jonathan Cuperman sur laquelle est inscrit « In God We Trust », ou encore les sculptures de Chen Ziv représentant une personne aux jambes repliées, inclinant la tête dans la souffrance.

Deux œuvres aux teintes sombres signées Alma Gershoni et représentant de délicates fleurs des champs séchées provenant du sud du pays sont accrochées sur des murs opposés. Les huiles d’Ofir Begun évoquent le kibboutz de Kfar Aza situé à proximité de Gaza, tel qu’il était avant que le Hamas ne le détruise en grande partie.

Au-dessus des huiles réalistes de Begun, une œuvre peinte en couches épaisses réalisée par Haran Kislev, originaire de Beeri, dépeint, à la manière habituelle de l’artiste, la zone frontalière séparant Israël et la bande de Gaza.

Les travaux invitant le spectateur à réfléchir pour saisir l’essence de ce qu’il regarde intéressent particulièrement Durban.

La toile réalisée en 2013 par Hadar Gad représentant la forêt de Lupochowo, qui dépeint le site d’un massacre de Juifs commis par les nazis en Pologne en 1941, a rappelé à Durban la forêt de Nova, et les parallèles entre les événements survenus sur ces deux sites.

« J’ai été attiré par des œuvres qui n’essayent pas d’expliquer ou de résoudre les choses, mais qui parlent le chagrin, de la rage, de la confusion et de la tendresse », a ajouté Durban.

« Ces œuvres ont été réalisées immédiatement après un traumatisme. »

Une œuvre d’Eden Ben Rubi, tuée au Festival Nova, dans l’exposition « 07SH10AH23 », organisée par Simon Durban à Tel Aviv et ouverte jusqu’au 14 mai 2025. (Credit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Certaines œuvres sont inachevées. D’autres sont intentionnellement porteuses de fragilité, a noté Durban. On peut voir des installations fabriquées à partir de débris, comme l’a fait l’artiste Shibetz Cohen, qui a utilisé des roquettes pour travailler le papier et la peinture, dans une évocation de son service militaire lorsqu’il manipulait des explosifs, ou encore les huiles de Matan Sacofsky, avec des douilles rassemblées quand il était dans la réserve.

Eytan Baer, âgé de 30 ans est né en Suisse, est le plus jeune artiste de l’exposition. Il a immigré en Israël le 1ᵉʳ octobre 2023. Dans la semaine suivante son arrivée, il accompagnait son frère, réserviste dans le nord du pays.

« C’est ainsi que s’est déroulée mon arrivée en Israël ; l’histoire de ma première année ici, c’est l’histoire de la guerre », a expliqué Baer, artiste multidisciplinaire, qui s’est donné pour objectif de guider les visiteurs à travers l’exposition.

L’exposition comporte trois œuvres de Baer, y compris une huile dont les reliefs brillants représentent une forme évoquant à la fois un cœur humain ou une grenade, ainsi que des images de ce qui pourrait être un char, un fusil et un couteau.

Une installation d’Eytan Baer, dans l’exposition « 07SH10AH23 », organisée par Simon Durban à Tel Aviv et ouverte jusqu’au 14 mai 2025. (Credit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Une autre œuvre majeure de Baer est une installation en métal, dont les pièces découpées au laser représentent une famille prise pour cible le jour de l’attaque, un terroriste pointant son arme, le père tentant de protéger sa femme enceinte, son fils le plus jeune et sa fille, cette dernière apparaissant hors du cadre, alors que son âme quitte la scène, selon Baer.

L’exposition se termine avec une peinture lumineuse représentant un éléphant signée Eden Ben Rubi, l’une des participantes au festival Nova. Tuée le 7 octobre, elle ne pourra jamais réaliser son rêve de devenir une artiste professionnelle.

« Nous voulons réaliser ce rêve pour elle », a expliqué Baer.

L’exposition, qui réunit plus de 20 artistes rassemblés par Durban, est une aventure profondément personnelle pour lui.

Il s’est rendu à de nombreuses reprises en Israël, notamment pour plusieurs voyages lourds au niveau politique en compagnie de Banksy, artiste de street art britannique et activiste politique. Le lien entre Durban et Israël s’est créé alors qu’il avait 18 ans et travaillait comme bénévole au kibboutz Magen, dans la région de l’enveloppe de Gaza.

La mise en place de l’exposition « 07SH10AH23 » à Tel Aviv, dans le sillage de ces pertes terribles, est pour lui une façon de boucler la boucle, selon Durban.

« C’est comme si quelque chose en moi était revenu », a-t-il dit.

« Il s’agit peut-être d’une rédemption pour moi, rendre hommage à mon peuple et à mon pays. »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.