L’entrée remarquée d’Ofer Winter sur la scène politique menace de bouleverser la droite
Le nouveau parti Amkha Yisrael de cet ancien général de Tsahal a dévoilé mardi une liste de candidats très diversifiée, défiant ouvertement Netanyahu et refusant de céder aux pressions
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À l’issue de la cérémonie de lancement de son nouveau parti politique Amkha Yisrael (« Ton peuple, Israël »), le général de brigade (de réserve) Ofer Winter est apparu bien plus enthousiaste qu’à son arrivée.
Winter a accordé au Times of Israel une brève interview à sa sortie. Devant le lieu de la cérémonie, Rami Ben-Yehuda, un militant de terrain du Likud, muni d’un mégaphone, critiquait bruyamment l’ancien commandant de l’armée israélienne.
Ben-Yehuda joue souvent le rôle d’homme de main politique du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Ce dernier a lui-même récemment diffusé une vidéo dans laquelle il affirmait en substance que les électeurs de Winter gaspillaient leurs voix.
Par ailleurs, Natan Eshel, ancien chef de cabinet déchu de Netanyahu – qui reste toutefois l’intermédiaire et le porte-parole de confiance officieux du Premier ministre – n’a cessé de présenter Winter comme un « faux messie » à la solde du député Avigdor Liberman, et donc comme une grave menace pour le bloc de droite.
« Il faut être idiot pour ne pas comprendre que Winter se ralliera au bloc de gauche », a écrit Eshel. « Il en veut manifestement à Netanyahu de ne pas avoir été promu major-général et de ne pas avoir été choisi par lui comme secrétaire militaire. Winter était le secrétaire militaire de l’ancien ministre de la Défense Liberman. Il est toujours aligné avec lui. »
Autant de propos qui ont pour unique conséquence de renforcer encore davantage la motivation de Winter. « On me tire dessus tout le temps, y compris dans des endroits bien plus dangereux », a-t-il expliqué au Times of Israel.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime sur le vote en faveur des nouvelles formations et petits partis de droite dans une vidéo publiée sur son compte Telegram officiel le 24 août 2026 (Vidéo en hébreu, avec sous-titres en anglais ajoutés par le ToI)
À la question de savoir s’il comptait aller jusqu’au bout de la campagne, même au risque de ne pas franchir le seuil électoral, Winter a répondu sans équivoque. « Lorsque j’attaque, j’attaque », a-t-il rétorqué, avant d’ajouter spontanément : « S’ils m’avaient laissé poursuivre mon action à Gaza, je l’aurais menée à bien. »
En d’autres termes, Winter ne compte pas baisser les bras. Tous ceux qui ont assisté mardi au rassemblement organisé au Centre national Shalva de Jérusalem ont compris qu’il ne s’était pas lancé dans l’aventure pour ensuite battre en retraite. L’événement a marqué un véritable coup d’envoi de campagne électorale : un contraste saisissant avec les lancements politiques pour le moins fades qui ont été organisés récemment par des personnalités telles que Yoaz Hendel, Chili Tropper, Gilad Erdan et Yuli Edelstein.
Pendant au moins un an, Winter a méticuleusement préparé ce lancement, jusque dans le moindre détail. L’événement s’est déroulé selon une discipline militaire rigoureuse : les candidats du nouveau parti ont été soigneusement sélectionnés, le message d’extrême-droite du mouvement a été délivré sans concession, dans un décor et à l’aide de supports multimédias parfaitement peaufinés, et c’est un public venu en nombre qui a salué avec enthousiasme la campagne d’Amkha Yisrael.
Le message était clair : un nouveau parti, totalement épargné par les catastrophiques échecs liés au pogrom perpétré par le Hamas le 7-Octobre, proposant un leadership novateur, de grande qualité et non conventionnel, porteur d’une promesse de changement et de victoire absolue – une initiative sans précédent dans ce cycle électoral.
Winter lui-même a martelé ce message, sans s’excuser le moins du monde. Bien au contraire. Il semble avoir attendu pendant des années ce moment précis pour régler ses comptes avec le supérieur hiérarchique qui avait refusé de le promouvoir, l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne Gadi Eisenkot, et celui qui l’a finalement poussé vers la sortie, l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne Herzi Halevi.
Pendant des années, Winter a fait office à la fois de héros de l’extrême-droite et de fusible pour l’establishment de la défense. Mêlant habilement rhétorique religieuse messianique et commandement militaire, il est devenu l’incarnation de la « religionisation » de l’armée israélienne, ce qui a profondément alarmé un état-major laïc qui jugeait son idéologie comme menaçant une éthique militaire axée sur l’État.
Doté d’un certain charismatique, Winter suscite un engouement palpable partout où il passe. Dans son discours de mardi, il a essentiellement adressé une réprimande cinglante à ces mêmes responsables de la Défense qui avaient rejeté ses critiques – pour finalement se retrouver à adhérer à la doctrine stratégique qui avait conduit Israël au désastre du 7-Octobre.
Winter n’a pas non plus présenté d’excuses pour la célèbre dépêche imprégnée de références bibliques qu’il avait envoyée à ses soldats pendant la guerre de Gaza de 2014, l’Opération Bordure protectrice. Alors commandant de la brigade Givati, Winter avait présenté le conflit comme une guerre religieuse contre un ennemi « blasphématoire », faisant écho au combat de David et Goliath.
Mardi, Winter a fièrement rappelé qu’avant de mener ses hommes de la brigade Givati au combat au Liban, il récitait avec eux le Shema Yisrael, la prière fondamentale du judaïsme : « Écoute, Israël : l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est un. »
Par ailleurs, la liste électorale de Winter surprend, surtout si on la compare aux visages désormais familiers qui peuplent les autres listes de droite. Mardi, au Centre Shalva, les dix premiers candidats sont montés sur scène les uns après les autres, après la diffusion, pour chacun d’eux, d’une vidéo de présentation très soignée.
Comme numéro 2, Winter a choisi Yoseph Haddad, chrétien arabe, ancien soldat Golani et personnalité médiatique pro-israélienne très en vue, qui a déjà intégré son propre parti nouvellement créé, « Israël courageux », à la faction de Winter. Sur scène, Haddad s’est vanté d’avoir créé « le premier parti judéo-arabe de droite ».
Winter, pour ces élections, a misé sur une liste de droite diversifiée, composée de militants issus de domaines variés et de toutes les couches de la société, évitant délibérément toute étiquette religieuse ou ethnique trop restrictive.
Et c’est précisément cette approche inclusive et populiste qui l’a conduit à choisir le nom Amkha Yisrael (« Ton peuple, Israël »). Cette approche marque également une distinction fondamentale entre son parti et des formations telles qu’Otzma Yehudit ou HaTzionout HaDatit, qui s’adressent presque exclusivement à un électorat religieux, national-religieux radical et traditionnel.
Winter a également recruté Laly Derai, une militante de premier plan de la campagne en faveur du service militaire universel, originaire de l’implantation d’Eli en Cisjordanie. Laly Derai a perdu son fils, le sergent-chef (de réserve) Saadia Derai, tombé au combat dans le quartier de Zeitoun, à Gaza, en juin 2024.
Parmi les autres candidats de la liste, Netali Shem Tov, ancienne journaliste de la Treizième chaîne et originaire de Metula, ville frontalière du nord du pays ; Sigal Kraunik, du kibboutz Beeri, dont le mari Arik, coordinateur de la sécurité de la communauté, a été tué en combattant des terroristes du Hamas le 7-Octobre ; Davidi Ben Zion, vice-président du Conseil régional de Samarie ; le colonel (Rés.) Eli Gino, ancien commandant de l’unité de reconnaissance de Givati ; et Aviv Ezra, fondateur du mouvement « Génération de la victoire ».
Tous les candidats ont délivré des messages destinés à susciter un large consensus national : un leadership intègre, des sacrifices partagés, une répartition équitable du fardeau national, l’éducation et la victoire absolue dans la guerre.
Winter lui-même s’est montré le plus engagé du groupe. Il est donc difficile de comprendre sur quoi repose la crainte exprimée par Netanyahu que Winter puisse éventuellement rejoindre le « bloc du changement » anti-Netanyahu.
« Ils n’ont rien à m’apprendre sur ce qu’est la droite », s’est emporté Winter. « Ma famille a été évacuée du Gush Katif [lors du désengagement de Gaza en 2005]. Toute ma vie, j’ai payé personnellement un lourd tribut pour les positions de droite que j’ai exprimées. Nous faisons clairement et sans équivoque partie du camp de la droite. Nous ferons tout notre possible pour mettre en place le gouvernement de droite le plus large possible. Nous ne sommes pas confus. Nous savons exactement d’où nous venons et où nous allons. »
Les solutions proposées par Winter sont totalement incompatibles avec les positions du bloc du changement, de centre-gauche. Winter soutient ouvertement le plan de « victoire décisive » du ministre des Finances Bezalel Smotrich à l’égard des Palestiniens, un projet de 2017 qui prévoit l’annexion totale de la Cisjordanie et propose aux Palestiniens trois options : accepter la domination israélienne sans droits nationaux, émigrer, ou subir une défaite militaire. De plus, faisant écho au ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, Winter affirme que « la migration est la seule solution pour Gaza ».
Tout au long de cet événement, aucun homme politique rival, ni de droite ni de gauche, n’a d’ailleurs été cité nommément. Seul Haddad a critiqué les propos tenus par le président du parti Les Démocrates, Yair Golan – et même dans ce cas, il l’a fait sans le nommer.
Mardi, plusieurs participants ont accepté de s’entretenir avec nous à l’occasion de ce lancement. Ran Feingold, directeur de campagne de Winter à Ramat Gan et membre de la communauté nationale-religieuse, a confié qu’il avait l’intention de voter pour Naftali Bennett – avant que ce dernier ne s’allie à Yair Lapid pour former le parti BeYahad. Pour Feingold, Winter incarne la solution idéale.
« Je suis un électeur de la vieille école du Parti national-religieux. Ofer Winter incarne les valeurs de l’ancien Parti national-religieux », a expliqué Feingold au Times of Israel. « Il n’est peut-être pas Yosef Burg ou Zevulun Hammer [les dirigeants historiques et pragmatiques de l’ancien Parti national-religieux modéré], mais il n’enverra pas non plus ses députés et ses militants détruire un monument dans un village arabe sous la protection de l’armée. »
Feingold a fait ici référence à un incident largement condamné, survenu plus tôt mardi, au cours duquel Zvi Sokot, député HaTzionout HaDatit, a détruit un « monument aux martyrs » érigé par des Palestiniens dans le village de Madama, en Cisjordanie.
Roni Shabtai, ancien arrière gauche du club de football du Beitar Jérusalem, s’est rendu à ce rassemblement grâce à son voisin de Jérusalem, le lieutenant-colonel (de réserve) Moshe Keinan. Keinan, ancien rabbin de la brigade Givati, est un admirateur de longue date de Winter. Shabtai, qui a entendu Winter s’exprimer à de nombreuses reprises ces derniers mois, pense savoir pourquoi Netanyahu redoute cet ancien général.
« Winter veut devenir Premier ministre. Point final », a affirmé Shabtai au Times of Israel. « Netanyahu sait que si Winter intègre le gouvernement, il n’y aura pas de manœuvres possible. Avec lui, aucune concession n’est possible en matière de sécurité. Ce n’est pas un politicien. Il ne laissera rien passer à Netanyahu. Il va droit au but. »
À l’heure actuelle, Winter et son nouveau parti constituent une véritable épine dans le pied de Netanyahu. S’ils franchissent le seuil électoral, ce sera très probablement au détriment direct de Smotrich et de son parti HaTzionout HaDatit, qui pourrait alors se retrouver totalement exclu de la Knesset, avec des dizaines de milliers de voix de droite perdues.
Dans un tel scénario, Netanyahu pourrait également se retrouver confronté à un Winter fort de toute sa puissance parlementaire, et capable de faire pencher l’équilibre du pouvoir.
À l’inverse, si Winter refuse de fusionner avec un autre parti et échoue à franchir le seuil électoral israélien de 3,25 % (ce qui correspond à environ quatre sièges), chaque bulletin de vote en sa faveur sera considéré comme nul. Il risquerait alors de gaspiller des dizaines de milliers de voix cruciales pour le bloc de droite : un cauchemar mathématique qui pourrait bien coûter à Netanyahu la victoire aux élections.
Reste désormais à voir comment Netanyahu réagira à la publication de la prochaine série de sondages, et s’il parviendra, d’une manière ou d’une autre, à contenir la charge d’Ofer Winter, après lui avoir lancé, ces dernières semaines, tant de critiques politiques virulentes.
Quant à Winter, ainsi qu’il l’a clairement annoncé mardi, il ne renoncera pas, même si tous, tant à droite qu’à gauche, s’en prennent à lui.
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