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Édito

Les illusions de paix de Trump avec l’Iran rappellent les heures sombres de l’apaisement

En accentuant la pression sur Israël, le président américain veut mettre fin à la guerre et se persuade seul que le régime de Téhéran serait tout d'un coup modéré

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

De gauche à droite : le président américain Donald Trump à Macungie, en Pennsylvanie, le 23 juin 2026. (Crédit : AP) ; le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, à Islamabad, au Pakistan, le 11 avril 2026. (Crédit : Bureau du Premier ministre pakistanais/AP) ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors de la conférence du Jewish News Syndicate à Jérusalem, le 21 juin 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash 90) ; en arrière-plan, les drapeaux américain, iranien et israélien. (Crédit : Ruma Aktar/iStock)
De gauche à droite : le président américain Donald Trump à Macungie, en Pennsylvanie, le 23 juin 2026. (Crédit : AP) ; le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, à Islamabad, au Pakistan, le 11 avril 2026. (Crédit : Bureau du Premier ministre pakistanais/AP) ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors de la conférence du Jewish News Syndicate à Jérusalem, le 21 juin 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash 90) ; en arrière-plan, les drapeaux américain, iranien et israélien. (Crédit : Ruma Aktar/iStock)

Mahmoud Nabavian, député iranien, vice-président du Conseil de sécurité nationale et ancien négociateur avec les États-Unis, est intervenu samedi à la télévision d’État iranienne pour dénoncer le mémorandum d’entente que ses collègues avaient signé avec le président américain Donald Trump.

Affirmant avoir pris connaissance de la correspondance de Mojtaba Khamenei, Nabavian a précisé que le nouveau Guide suprême avait fixé onze conditions pour les négociations ayant abouti au mémorandum d’entente et aux nouveaux pourparlers de cette semaine en Suisse. Il a accusé les équipes de négociation iraniennes de s’être montrées trop conciliantes et de ne pas avoir respecté les instructions de Khamenei.

Parmi les conditions fixées par Khamenei, selon Nabavian, mais que les négociateurs n’ont pas défendues, figuraient le maintien du « droit » de l’Iran à enrichir de l’uranium, la levée des sanctions, le déblocage de plusieurs milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés, la souveraineté iranienne sur le détroit d’Ormuz et l’instauration de droits de passage dans cette voie maritime, ainsi que le retrait total des troupes israéliennes du Liban.

L’interview diffusée sur l’Irib (Islamic Republic of Iran Broadcasting), brusquement interrompue, a provoqué une certaine agitation en Iran. D’abord, comment Nabavian avait-il obtenu la correspondance secrète de Khamenei ? Ensuite, comment avait-il pu être autorisé à intervenir à la télévision d’État pour en dévoiler le contenu et dénoncer les négociateurs iraniens ainsi que leur stratégie ?

Au moins un responsable de la chaîne aurait démissionné depuis, selon The Guardian. L’émission en question aurait été retirée des archives de l’Irib, et Nabavian pourrait faire l’objet de poursuites judiciaires.

Mahmoud Nabavian. (Crédit : X)

L’ironie de l’histoire, cependant, est que les conditions résolument intransigeantes que Nabavian affirme que Khamenei exigeait, et qu’il s’est empressé de détailler à la télévision d’État comme une prétendue preuve des échecs des négociateurs actuels, ont été plus que satisfaites dans le mémorandum d’entente et lors des premières séances de négociations organisées cette semaine en Suisse.

Les sanctions sont levées et les avoirs débloqués, sauvant le régime de l’effondrement financier et lui permettant de financer généreusement son appareil militaire. La République islamique a revendiqué sa souveraineté sur Ormuz et clairement indiqué son intention de percevoir des droits de passage une fois les 60 jours de pourparlers écoulés. Israël fait l’objet de pressions américaines croissantes pour se retirer entièrement du Liban, facilitant ainsi la résurgence du [groupe terroriste chiite libanais du] Hezbollah.

Et loin de s’être simplement assuré le droit d’enrichir de l’uranium, le régime iranien n’a strictement rien concédé concernant son programme nucléaire. Il conserve son stock d’uranium enrichi à 60 % ainsi que ses vastes réserves d’uranium enrichi à des niveaux inférieurs, avec pour seule obligation vague de discuter des questions nucléaires au cours de cette période de 60 jours.

Même l’affirmation des États-Unis selon laquelle Téhéran aurait accepté la reprise des inspections par l’agence de surveillance nucléaire de l’ONU est contestée.

Le mémorandum d’entente n’exige pas non plus le démantèlement du programme iranien de missiles balistiques, ni la fin du terrorisme du régime iranien à travers le monde, pas plus que l’arrêt de son soutien aux groupes terroristes du Hamas, du Hezbollah et à ses autres mandataires, qui figuraient pourtant parmi les principaux objectifs de guerre des États-Unis et d’Israël.

Loin d’avoir échoué à obtenir ce qu’aurait exigé le Guide suprême, comme l’a affirmé Nabavian, les négociateurs de Khamenei, menés par Mohammad Bagher (« Mort à l’Amérique ») Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, ont au contraire remporté une victoire éclatante.

Ils ont exploité leur contrôle du détroit d’Ormuz pour amener un Trump ouvertement pressé d’en finir à adopter une « stratégie » de négociation dévastatrice : faire des concessions à un ennemi qu’il reconnaît lui-même comme une menace existentielle potentielle pour une grande partie de l’humanité et comme une menace existentielle directe pour ce qui était autrefois son principal allié régional ; tenter de masquer cette capitulation derrière un flot interminable de paroles ; puis chercher à intimider cet allié et à l’empêcher de se défendre efficacement.

Le négociateur en chef américain, le vice-président JD Vance, bien qu’apparemment déconcerté par « toute cette hystérie en Israël » face à la stratégie d’apaisement reflétée dans le mémorandum d’entente, n’avait pas entièrement tort lorsqu’il a déclaré aux dirigeants israéliens qu’ils ne pourraient « pas résoudre tous [leurs] problèmes de sécurité nationale en tuant tous [leurs] ennemis ».

Et les démagogues racistes d’extrême droite au cœur de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu continuent d’alimenter, comme ils le font depuis le début de la guerre déclenchée par le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, la méfiance envers les politiques d’Israël et les craintes quant à ses possibles ambitions expansionnistes.

Suite à la mort de quatre soldats israéliens tués par le Hezbollah dans le sud du Liban cette semaine, Itamar Ben Gvir a déclaré que « tout le Liban doit brûler ». Netanyahu n’a pas jugé nécessaire de condamner cette déclaration ni de s’en distancier. Ben Gvir et son collègue suprémaciste juif Bezalel Smotrich ont également appelé à plusieurs reprises à un contrôle israélien permanent de la Cisjordanie et de Gaza, tandis que des résidents d’implantations extrémistes s’emploient, avec violence et acharnement, à pousser la population palestinienne au départ.

Certains « problèmes de sécurité nationale » exigent bel et bien le recours à la force, y compris à la force létale. La marche vers la bombe du régime islamiste extrémiste iranien, conjuguée à son soutien aux armées terroristes qui attaquent Israël depuis ses frontières nord et sud, est précisément l’un de ces problèmes. La puissance militaire ne suffit pas toujours à écarter le danger ; dans un tel cas, les succès militaires, la dissuasion continue et une diplomatie efficace peuvent se conjuguer pour, à tout le moins, tenir la menace à distance jusqu’à ce qu’elle soit définitivement éliminée.

Le vice-président JD Vance s’adresse aux médias à l’issue des pourparlers de haut niveau entre les États-Unis et l’Iran qui se sont tenus au Bürgenstock Resort à Obbuergen, près de Lucerne, en Suisse, le 22 juin 2026. (Crédit : Nathan Howard/Pool Photo via AP)

L’administration Trump avait compris tout cela jusqu’à ce que la guerre lancée le 28 février contre le régime iranien, peut-être irréaliste dans ses ambitions et certainement insuffisamment préparée, échoue à faire tomber la République islamique. Le président américain savait, et reconnaît encore que ce régime utilisera la bombe pour détruire Israël et bien davantage encore s’il parvient à s’en doter.

Mais, avec un œil rivé sur les cours du pétrole et l’économie américaine, et l’autre sur ses intérêts politiques immédiats et la trace qu’il laissera dans l’Histoire, il a tout simplement cessé de tenir tête aux ayatollahs. Il veut simplement que la guerre s’arrête, se persuade lui-même, mais sans convaincre personne d’autre, que le régime est soudainement nouveau, raisonnable et nullement radical, et accentue la pression sur quiconque, y compris ce « fucking crazy » de Netanyahu, ose soulever des préoccupations gênantes concernant la survie nationale.

Toujours attaché à la perspective, de plus en plus lointaine, d’un prix Nobel de la paix, Trump pourrait aussi s’en prendre personnellement à Netanyahu parce qu’il sait que les Saoudiens ne rejoindront jamais les Accords d’Abraham tant que le « Premier ministre va-t-en-guerre » sera au pouvoir.

Un soldat israélien dans une installation souterraine du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah à Majdal Zoun, dans le sud du Liban, le 18 juin 2026. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Pendant que Nabavian, voix dissidente du camp radical, fulmine à la télévision d’État iranienne contre les dispositions prétendument trop conciliantes du mémorandum d’entente, le président américain et son adjoint s’emploient à satisfaire les exigences de Téhéran, notamment en cherchant à contraindre Israël à mettre fin à son combat contre le Hezbollah et à se retirer jusqu’à la frontière internationale.

Israël devrait alors s’en remettre, pour assurer sa sécurité, à un absurde mécanisme de « déconfliction » qui inclurait, selon certaines informations, les États-Unis, l’Iran, le Liban, le Qatar et le Pakistan, mais pas Israël… Aux côtés du Hezbollah, a généreusement concédé Vance lundi, Israël ferait partie de la « discussion ».

La prochaine étape sera sans doute un mécanisme de « déconfliction » pour le programme nucléaire de Téhéran, composé de l’Iran, du Qatar, du Pakistan et de la Turquie, avec les États-Unis participant à la discussion et Israël tenu informé par pigeon voyageur.

Un membre de la délégation iranienne s’entretenant avec le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi (à droite) et le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf (2ᵉ à droite) à bord d’un avion à destination de Zurich, en Suisse, pour des négociations sur un accord avec les États-Unis, le 20 juin 2026. (Crédit : Reuters)

Lundi dernier, deux jours avant de signer le mémorandum d’entente avec la République islamique d’Iran, Trump a proclamé que « ce grand accord apportera la paix et la sécurité à toute la région ». Prétendre faire la paix avec un régime tyrannique déterminé à détruire un allié vulnérable, exclure cet allié des négociations, affaiblir sa capacité à se défendre, puis lui ordonner d’obéir en lui assurant savoir mieux que lui ce qui est bon pour lui : tout cela réveille de sinistres échos historiques.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Neville Chamberlain avait été nommé au prix Nobel de la paix en 1939 pour son rôle dans les accords de Munich l’année précédente. Adolf Hitler l’avait également été, dans un geste « ironique » d’un parlementaire suédois antifasciste, qui avait ensuite retiré cette candidature. Aucun prix Nobel de la paix ne fut toutefois attribué cette année-là, la politique d’apaisement ayant échoué. Les nazis ont englouti la Tchécoslovaquie, avant d’envahir la Pologne, déclenchant ainsi la Seconde Guerre mondiale.

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