Mordechaï David, le nouveau visage du discours politique toxique en Israël
Sur les réseaux sociaux, l'agitateur allié d'Itamar Ben Gvir s’en prend à tous ceux qu’il juge "anti-patriotiques", d’une présentatrice arabe israélienne à un ex-président de la Cour suprême
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AFP — Coiffé d’une casquette de baseball et brandissant son smartphone comme une arme, Mordechaï David passe son temps à filmer des gens contre leur gré.
Récemment, il a pris pour cible la famille d’une cinéaste israélienne connue pour son documentaire controversé « NAZA », qui accuse Israël de massacres de civils à Gaza perpétrés à l’aide de l’intelligence artificielle – des accusations qu’Israël et Tsahal rejettent catégoriquement.
« Vous n’êtes pas les bienvenus ! » a-t-il crié dans un mégaphone, diffusant en direct des images montrant des dizaines de manifestants devant le domicile des parents de Rachel Szor, qui a co-réalisé le film avec Yuval Abraham.
David, 27 ans, est l’une des figures les plus marquantes à l’origine de la vulgarisation du discours politique israélien, alors que les élections législatives, qui constitueront un verdict sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement, auront lieu le 27 octobre.
David a pour spécialité de traquer et de réprimander publiquement les personnes de gauche ou celles qu’il considère comme « anti-patriotiques », puis de tout publier en ligne, pour le plus grand plaisir de ses 150 000 abonnés sur les réseaux sociaux.
« Les réseaux sociaux peuvent être plus puissants que la télévision », a déclaré David à l’AFP lors d’une rare interview.
« Cette semaine même, j’ai publié quelques vidéos qui ont été vues plus d’un million de fois. »
Parmi ses cibles, qu’il couvre d’insultes, figurent notamment Lucy Aharish, une Arabe israélienne entrée dans l’histoire en devenant la première présentatrice musulmane à la télévision en langue hébraïque, ainsi qu’Aharon Barak, ancien président de la Cour suprême, âgé de 90 ans, et critique virulent des réformes judiciaires du gouvernement.
« L’âge ne vous donne pas carte blanche », a déclaré David, comparant le juge à l’ancien guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, éliminé lors d’une frappe israélienne le 28 février.
David a accusé le juge à la retraite de « prendre le contrôle de l’État d’Israël », une accusation hyperbolique qui fait écho à la campagne menée par Netanyahu contre le pouvoir judiciaire alors qu’il fait l’objet de poursuites pour corruption.
Canaliser la colère
Comme dans de nombreux pays, un nombre croissant d’Israéliens, en particulier les jeunes, se détournent des médias traditionnels au profit d’influenceurs en ligne diffusant des messages provocateurs et idéologiques.
En Israël, les divisions sont particulièrement marquées. Le pays a organisé cinq élections entre 2019 et 2022.
Le scrutin de ce mois-ci sera le premier depuis le traumatisme du 7 octobre 2023, date à laquelle le Hamas a perpétré l’attaque la plus meurtrière jamais commise contre Israël, tuant plus de 1 200 personnes et prenant 251 autres en otage.
Achiya Schatz, fondateur du groupe de recherche Fake Reporter qui suit les débats en ligne et la désinformation, a déclaré que David illustrait « le niveau de polarisation de la société israélienne et la manière dont la bellicosité s’est normalisée ».
« Une partie importante de la droite israélienne se sent ignorée et mise à l’écart », a-t-il expliqué, alors même que Netanyahu est au pouvoir depuis la majeure partie des 17 dernières années.
« Mordechaï David canalise leur bellicisme vers l’expression politique et le divertissement », a-t-il ajouté.
David a fait l’objet de plaintes répétées selon lesquelles ses vidéos relèveraient du harcèlement.
Son comportement tristement célèbre a fait de lui la coqueluche de la Quatorzième chaîne, une chaîne de télévision proche de la coalition Netanyahu.
David est étroitement lié à Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité nationale qui s’est vanté d’avoir durci les conditions de détention dans les prisons et qui a plaidé en faveur de la peine de mort pour les terroristes palestiniens.
Ben Gvir a recruté David au sein de son équipe de campagne ; les vidéos qu’il réalise ont permis à cet extrémiste de 50 ans de se constituer une base de partisans parmi les jeunes électeurs.
David a fait ses débuts en tant que simple contre-manifestant lors du mouvement de masse, qui a précédé le 7-Octobre, contre la refonte du système judiciaire largement controversée présentée par le gouvernement, qui aspire à réduire l’indépendance des juges.
Après l’assaut barbare et sadique du Hamas, il s’est fait connaître en s’infiltrant de manière agressive dans les manifestations en faveur d’un accord sur les otages, dénonçant les Israéliens qui auraient mis fin plus tôt à la guerre à Gaza en échange de la libération des otages par le groupe terroriste.
David a fait preuve de « son instinct de mise en scène », a déclaré Schatz.
Mais son contenu s’écarte souvent fortement de la réalité.
Alimenter la polémique
À la mi-septembre, quelques jours avant le Nouvel an juif, David a ostensiblement tenté d’organiser une prière avec séparation entre hommes et femmes sur la place très animée de Tel Aviv, Dizengoff Square.
La séparation des sexes est une pratique courante chez de nombreux Juifs orthodoxes, mais elle est interdite dans les lieux publics par les autorités de Tel Aviv, ville socialement libérale.
David a abordé des femmes dans la rue pour les inviter à rejoindre la section réservée aux femmes. Comme elles refusaient, il a filmé leurs réactions. Au final, seuls une vingtaine d’hommes y ont participé, sous l’œil vigilant de la police.
Lorsque la police est intervenue pour retirer les barrières de séparation entre les sexes, une brève agitation a éclaté et les hommes ont commencé à huer.
Mais lorsque David a publié la scène quelques heures plus tard, le montage a donné aux spectateurs l’impression d’un affrontement majeur – une confrontation violente au cœur même de la société laïque israélienne.
« Il suffit de quelques personnes pour créer un incident qui génère dix vidéos, des centaines de publications, une couverture télévisée et plusieurs jours de polémique politique », a déclaré Shatz.
« L’événement physique n’est qu’une toile de fond. Le véritable public se trouve en ligne. »
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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