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NY: Les Juifs se pressent dans une boulangerie accusée de « soutien au génocide »

Des centaines de personnes affluent à la boutique Breads Bakery pour manifester leur soutien après que des employés syndiqués ont condamné la chaîne pour avoir participé à un festival gastronomique juif

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Des clients font la queue devant la boulangerie Breads Bakery dans l'Upper West Side de Manhattan, le 9 janvier 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Des clients font la queue devant la boulangerie Breads Bakery dans l'Upper West Side de Manhattan, le 9 janvier 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

NEW YORK — Sabrina Naimark, une Panaméenne juive vivant à Manhattan, fréquentait depuis longtemps la chaîne de boulangeries Breads Bakery, qui appartient à des Israéliens, lorsqu’elle a appris que les employés se rebellaient contre les propriétaires.

Certains employés de l’entreprise, en effet, ont voté cette semaine en faveur de la création d’un syndicat. Ils ont notamment demandé que cesse le « soutien au génocide » par Breads, citant la participation de l’entreprise à un festival gastronomique juif.

Le frère de Sabrina Naimark travaillait pour Breads, dont elle avoue particulièrement apprécier la babka et le labneh. Lorsqu’elle a pris connaissance de l’existence d’un appel lancé par la communauté juive à soutenir la boulangerie après les accusations des employés, elle s’est rendue dans la boutique de l’Upper West Side, un drapeau israélien sur les épaules.

« Grâce au 7-Octobre, une famille s’est formée. Nous venons avec nos drapeaux à chaque fois qu’il faut aider les entreprises victimes de boycott, nous venons pour contrer les manifestations et pour célébrer la fierté juive », a expliqué Naimark. « Cela nous rappelle que nous serons toujours là, plus forts ensemble. »

Vendredi après-midi, Naimark a été l’une des centaines de personnes qui ont fait la queue pour soutenir Breads, alors que la communauté juive de la ville se mobilisait derrière sa boulangerie bien-aimée. La file d’attente s’est étendue sur toute la longueur du pâté de maisons sur Broadway, les clients arborant des autocollants « Sioniste », discutant et brandissant des drapeaux israéliens.

Tous avaient répondu à l’appel de Shai Davidai, un militant de la communauté juive qui s’est fait connaître par ses critiques virulentes de l’antisémitisme à l’université Columbia où il enseignait jusqu’à sa démission, au mois de juillet.

Shai Davidai devant la boulangerie Breads Bakery dans l’Upper West Side de Manhattan, le 9 janvier 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

C’est sur Internet que Davidai avait diffusé son appel à se rassembler vendredi après-midi dans l’Upper West Side, affirmant : « Nous devons montrer aux commerces juifs que nous les soutenons. » Une initiative qui s’est inscrite dans le cadre d’un projet lancé par Davidai, intitulé « Here I Am » (je suis là).

« Il s’agit simplement de militantisme non violent et pacifique. Tous ceux qui sont ici sont venus pour dire : ‘Je suis là. Il y a un problème, j’ai bien reçu l’appel, et je suis venu pour aider à le résoudre' », a déclaré Davidai au Times of Israel, qualifiant en outre les revendications du syndicat de « dangereux précédent » et d’attaque commise à l’encontre des Juifs et des Israéliens.

« C’est en tant que communauté que nous sommes venus. Non seulement pour les soutenir financièrement, mais aussi pour leur montrer que la communauté juive et sioniste est là », a-t-il ajouté. « Le sionisme est quelque chose de normal. Nous ne sommes pas ces bellicistes maléfiques que l’on décrit. Et pour le prouver, nous devons absolument sortir tous ensemble de notre cachette. »

« Pas de haine, pas de colère, pas de disputes. Juste une démonstration de solidarité et de soutien », a-t-il poursuivi.

Des clients font la queue devant la boulangerie Breads Bakery dans l’Upper West Side de Manhattan, le 9 janvier 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Le syndicat, baptisé Breaking Breads, a fait part de ses revendications mardi, condamnant également la participation, l’an dernier, de la boulangerie au Great Nosh, un festival municipal dédié à la cuisine juive qui s’est tenu sur Governor’s Island.

« Les employés refusent de participer à des projets sionistes tels que des collectes de fonds qui soutiennent l’occupation ‘israélienne’ de la Palestine, la fabrication de biscuits arborant le drapeau ‘israélien’ et les services de restauration lors d’événements tels que le Great Nosh, qui sont liés à des organisations qui font don de millions chaque année à l’armée israélienne », a déclaré le groupe.

Les salariés de Breads, une filiale d’une boulangerie de Tel Aviv qui compte six succursales à New York, affirment que « plus de 30 % » des 275 employés de l’entreprise ont signé des cartes d’adhésion syndicale – une adhésion qui sera représentée par le syndicat United Auto Workers. Ils dénoncent de mauvaises conditions de travail, des salaires bas et injustes, ainsi qu’un manque de « respect » de la part de la direction.

Les employés demandent également aux dirigeants de la boulangerie, son PDG Yonatan Floman et son fondateur Gadi Peleg, de rompre les liens unissant Breads à Israël. Les deux hommes sont des Juifs israéliens et Breads propose des produits issus de la diaspora juive qui sont prisés en Israël, comme les rugelach, les hallot, les bourekas – et sa babka primée.

Des clients font la queue devant la boulangerie Breads Bakery dans l’Upper West Side de Manhattan, le 9 janvier 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Nous ne pouvons et nous ne voulons pas ignorer le soutien implicite et explicite que cette boulangerie apporte à Israël », a affirmé Breaking Breads dans un communiqué en anglais, espagnol, arabe et français qui a été publié sur Instagram le 1er janvier. Le syndicat a précisé avoir informé la direction de Breads quelques jours auparavant.

« Nous considérons que notre combat pour un salaire équitable, le respect et la sécurité est indissociable de la lutte contre le génocide et contre les forces d’exploitation dans le monde entier », poursuit le communiqué. « Des changements culturels profonds doivent avoir lieu ici. Nous attendons de la direction qu’elle assume ses responsabilités. »

Le droit américain du travail n’autorise normalement pas les syndicats à formuler des revendications politiques à l’encontre des employeurs, et il ne protège pas la capacité des employés à agir dans ce but.

Vendredi, une ambiance optimiste régnait parmi les clients, malgré la colère suscitée par les revendications syndicales. Les employés semblaient heureux de cet afflux soudain, et toutes les interactions étaient cordiales.

Dans la file d’attente se trouvaient surtout des Juifs qui connaissaient bien la boulangerie et faisaient la queue accompagnés de leurs amis – et de leurs chiens. Beaucoup ont choisi d’acheter des hallot pour leurs dîners de Shabbat. Certains, qui ne pouvaient pas être présents, ont passé commande en ligne.

Plusieurs ont déclaré qu’ils considéraient les revendications du syndicat comme un abus des valeurs syndicales.

Matt Driscoll enseigne dans une école située à un pâté de maisons de la boulangerie Breads Union Square, où il fait souvent ses courses. Il a occupé la fonction de représentant syndical des enseignants.

S’il s’est dit favorable aux droits des travailleurs et aux revendications du syndicat pour l’amélioration des conditions de travail, il a indiqué que leurs revendications contre Israël étaient discriminatoires envers les propriétaires.

« Les autres n’ont pas le droit de les discriminer, mais pour moi, c’est ce qu’ils font ; c’est ce que j’ai ressenti, en tant que syndicaliste », a-t-il déclaré.

« Ils n’agissent pas en solidarité avec les travailleurs israéliens et juifs. Ils leur nuisent », a-t-il ajouté.

Maureen O’Kicki, qui se décrit comme une sioniste laïque et non juive, est venue à la boulangerie après avoir vu des publications sur les réseaux sociaux.

« Je pense que l’utilisation des syndicats à des fins politiques contre Israël est un mouvement regrettable pour notre pays », a-t-elle déclaré. « Les syndicats ont évidemment une extraordinaire place dans l’histoire de notre pays, mais je ne pense pas qu’ils devraient être utilisés pour instrumentaliser l’antisémitisme et l’antisionisme. »

Dans un incident similaire, quelques semaines après l’invasion d’Israël par le Hamas en octobre 2023, des centaines de New-Yorkais juifs se sont présentés pour soutenir le Caffe Aronne, situé dans l’Upper East Side, après que ses employés ont démissionné en raison du soutien du propriétaire à Israël.

« Je suis extrêmement heureuse de voir qu’il y a beaucoup de monde, que tout se déroule dans le calme, et que nous pouvons faire entendre notre voix avec notre argent », a confié Lois Barth, mise au courant du rassemblement au Breads par un ami et qui est venue même si elle ne connaissait pas la boulangerie.

« C’est ce qu’il faut faire. C’est une initiative populaire. Nous sommes comme les fantassins de la cause de ce qui est juste », a-t-elle indiqué.

La JTA a contribué à cet article.

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