Breads Bakery : un syndicat veut la « fin du soutien » de l’entreprise au « génocide » à Gaza
Les employés demandent aussi aux dirigeants de la plus grande chaîne de boulangeries israéliennes, le PDG Yonatan Floman et le fondateur Gadi Peleg, de mettre fin aux liens entre Breads Bakery et Israël
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New York Jewish Week via JTA — Les employés de la plus grande chaîne de boulangeries israéliennes de New York affirment avoir formé un syndicat, dont l’une des principales revendications est « la fin du soutien de cette entreprise au génocide qui se déroule en Palestine ».
Ils ont notamment cité la participation de Breads Bakery au Great Nosh de l’an dernier, un festival municipal dédié à la cuisine juive qui s’est tenu sur Governor’s Island.
« Les employés refusent de participer à des projets sionistes, comme les collectes de fonds qui soutiennent l’occupation israélienne de la Palestine, la confection de biscuits ornés du drapeau d’Israël ou la restauration d’événements tels que le Great Nosh, qui sont liés à des organisations faisant chaque année des dons de plusieurs millions à Tsahal », a déclaré mardi le syndicat, qui se fait appeler Breaking Breads, dans un communiqué.
Les salariés de Breads, une filiale d’une boulangerie de Tel Aviv qui compte six succursales à New York, affirment que « plus de 30 % » des 275 employés de l’entreprise ont signé des cartes d’adhésion syndicale, qui sera représenté par le syndicat United Auto Workers. Ils dénoncent de mauvaises conditions de travail, des salaires bas et injustes, ainsi qu’un manque de « respect » de la part de la direction.
Mais les employés demandent également aux dirigeants de la boulangerie, le PDG Yonatan Floman et le fondateur Gadi Peleg, de mettre fin aux liens entre Breads et Israël. Les deux hommes sont des Juifs israéliens, et le menu de Breads propose des produits issus de la diaspora juive et populaires en Israël, tels que les rugelach, les hallot, les bourekas et la babka primée de l’enseigne.
« Nous ne pouvons pas et ne voulons pas ignorer le soutien implicite et explicite que cette boulangerie apporte à Israël », a déclaré Breaking Breads dans un communiqué publié sur Instagram le 1ᵉʳ janvier en anglais, en espagnol, en arabe et en français. Le collectif a indiqué avoir informé la direction de Breads de sa décision quelques jours auparavant.
« Notre lutte pour obtenir des salaires équitables, le respect et la sécurité est liée à la lutte contre le génocide et les forces d’exploitation à travers le monde », poursuit le communiqué.
« Des changements culturels profonds doivent avoir lieu ici, et nous avons besoin que les cadres supérieurs assument leurs responsabilités. »
La législation américaine du travail n’autorise généralement pas les syndicats à formuler des revendications politiques auprès des employeurs, ni à protéger la capacité des employés à mener des actions à cette fin.
Pour former un syndicat en vertu de la loi fédérale, au moins 30 % des employés doivent adhérer. Si la boulangerie refuse de reconnaître volontairement le syndicat, Breaking Breads peut introduire un recours auprès de le National Labor Relations Board (NLRB) afin d’organiser un scrutin légalement reconnu. Il est rare que les syndicats se manifestent dès le seuil minimum atteint, ils attendent généralement qu’au moins deux fois plus d’employés adhèrent, afin de montrer leur force et de se prémunir contre d’éventuelles contestations.
Un représentant de Breads Bakery n’a pas répondu à notre demande de commentaires.
Breaking Breads a refusé de s’exprimer davantage auprès de la Jewish Telegraphic Agency et a renvoyé au communiqué de presse.
En novembre 2023, environ un mois après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, cinq employés du Caffe Aronne à New York ont démissionné après avoir appris que le propriétaire soutenait publiquement Israël ; des bénévoles se sont mobilisés pour aider à gérer le café.
En 2024, les employés d’une boulangerie de Detroit ont démissionné ou ont été licenciés à la suite d’une querelle avec la direction lorsque leurs préoccupations concernant leurs conditions de travail se sont mêlées à leurs critiques envers Israël.
Au début du mois, les employés d’Alamo Drafthouse, une chaîne de cinémas, ont adressé une pétition à leur employeur pour lui demander de ne pas diffuser le film « September 5 » sur le massacre des Jeux olympiques de Munich en 1972, le qualifiant de « propagande sioniste ».
À Philadelphie, des employés ont manifesté après que le groupe de restauration CookNSolo, dirigé par le célèbre chef Mike Solomonov, a fait un don à United Hatzalah, un service de secours israélien, peu après le 7-Octobre.
Breads a également organisé une collecte de fonds d’urgence au profit d’Israël peu après le 7-Octobre. La boulangerie a collaboré avec Ben Siman-Tov, influenceur culinaire israélien (et désormais propriétaire d’une boulangerie), pour confectionner des hallot en forme de cœur vendus 36 dollars au profit de Magen David Adom (MDA), le service de secours national israélien chargé des soins médicaux d’urgence pré-hospitaliers et des services transfusionnels. La boulangerie a récolté plus de 20 000 dollars grâce à une réponse plus forte que prévu.
Peleg et Floman ont également fait don des célèbres cookies noir et blanc de Breads à une vente de pâtisseries caritative qui a permis de récolter 27 000 dollars pour soutenir les efforts d’aide alimentaire israéliens à la suite de l’assaut barbare et sanglant du Hamas.
« Ce qui s’est passé en Israël était un acte purement maléfique », avait déclaré Peleg à l’époque.
« Ce que nous faisons est un acte purement bienveillant. »
Ces collectes de fonds seraient interdites si le syndicat parvenait à être reconnu et négociait un contrat reflétant ses revendications. Il en serait de même pour la possibilité pour les clients de commander des drapeaux d’Israël sur des produits personnalisés, que Breads confectionne pour des événements privés.
Breaking Breads se positionne explicitement dans le contexte de l’histoire du travail dans la boulangerie juive. Dans son communiqué, il affirme être le plus grand syndicat de boulangers artisanaux de New York depuis les années 1920, lorsque Bagel Bakers Local 338 comptait environ 300 artisans dans toute la ville. Dans les années 1960, Local 338 a été surnommé la « mafia du bagel » après avoir empêché la mafia italienne d’entrer dans l’industrie.
Dans un communiqué, Breaking Breads a accusé l’entreprise d’avoir commis toute une série d’infractions, notamment d’avoir fait preuve de déférence envers des clients violents, de ne pas avoir respecté les horaires de travail habituels des employés et d’avoir interdit à ces derniers de parler arabe dans les cafés.
Pour certains Juifs amateurs de Breads, les objections du syndicat à l’égard des manifestations de soutien à Israël ont été surprenantes.
« Je trouve ridicule de travailler pour une entreprise juive/israélienne et d’être ensuite consterné par ses politiques et ses affiliations », a déclaré Morgan Raum, un influenceur juif spécialisé dans l’alimentation qui a fait la promotion de Breads par le passé.
Raum a ajouté que le boycott par le syndicat d’événements tels que The Great Nosh, pour lequel elle siégeait au comité d’organisation, était particulièrement irritant.
L’événement organisé en juin sur Governor’s Island a attiré 2 000 personnes et comptait 2 000 personnes sur liste d’attente. Il n’était pas présenté comme une collecte de fonds pour des organisations israéliennes, ni comme un événement gastronomique israélien, mais certains de ses supporters et vendeurs sont israéliens et ont collecté des fonds pour des causes israéliennes, telles que le soutien aux communautés frontalières après le 7-Octobre, la prise en charge des traumatismes ou la fourniture de services de rééducation et de réintégration civile pour les soldats israéliens blessés.
La Jewish Food Society, principal organisateur du Great Nosh, n’a pas répondu à une demande de commentaires sur l’initiative de syndicalisation de Breads. UJA-Federation of New York, qui a versé 500 000 dollars à l’événement et a également collecté 800 millions de dollars pour Israël après le 7-Octobre, a également refusé de commenter.
« Je pense que c’est antisémite de s’en prendre au Great Nosh », a déclaré Raum.
« De nombreuses organisations et événements sont liés à des groupes qui font des dons, sont affiliés à Israël ou soutiennent ce pays. Il serait donc extrêmement difficile d’évoluer dans un monde où ce ne serait pas le cas. »
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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