L’armée aurait endommagé un cimetière à Gaza où reposent des soldats alliés des guerres mondiales
Le Guardian fait état de destructions et de travaux de terrassement effectués dans un cimetière à l'est de Gaza-City, "une zone de combat active qui abritait des tunnels du Hamas" selon l'armée
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Selon un article publié mercredi dans le quotidien britannique The Guardian, qui cite des images satellites et des témoignages, les troupes israéliennes auraient détruit l’an dernier une partie d’un cimetière militaire historique situé dans la bande de Gaza et dans lequel sont inhumés des soldats britanniques, australiens et d’autres soldats alliés des deux guerres mondiales.
Les images du cimetière de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth à Tuffah, dans l’est de Gaza-City, montrent des destructions dans la partie sud du cimetière, où des rangées de tombes semblent avoir été supprimées et le sol labouré par des engins lourds. On y voit également des travaux de terrassement et des routes d’accès creusées dans la zone.
Interrogée sur ces images, l’armée israélienne a déclaré que la zone avait été un champ de bataille actif et que ses actions avaient été menées pour protéger ses troupes.
En août 2025, Tsahal a publié des images montrant la démolition d’un tunnel du groupe terroriste palestinien du Hamas long d’un kilomètre adjacent au cimetière, ainsi qu’une rampe de lancement de roquettes que les soldats avaient localisée entre les tombes.
Les dégâts causés au cimetière n’étaient pas visibles sur les images satellites de mars dernier, mais apparaissent clairement sur celles d’août et de décembre 2025. D’autres parties du cimetière présentent une repousse de la végétation, tandis que la zone touchée reste dénudée.
Les images satellites montrent que des sections entières de tombes de la Seconde Guerre mondiale, principalement australiennes, mais aussi britanniques et polonaises, ont disparu. Plusieurs sections funéraires de la Première Guerre mondiale, principalement celles de soldats britanniques morts pendant la campagne contre les forces ottomanes en Terre sainte, semblent également avoir été rasées.
Un tunnel du Hamas situé à côté du cimetière militaire du Commonwealth à Gaza-City, dans l’est de la ville, est détruit, dans une vidéo publiée le 7 août 2025. (Crédit : Armée israélienne)
Essam Jaradah, l’ancien gardien du cimetière, a décrit au Guardian ce qu’il avait vu après le retrait de Tsahal de la zone.
« Deux opérations de démolition ont eu lieu dans le cimetière », a-t-il expliqué.
« Le premier passage des bulldozers a eu lieu à l’extérieur des murs du cimetière, sur une largeur d’environ douze mètres tout autour. Ces zones étaient entièrement plantées d’oliviers. »
« Plus tard, une superficie légèrement inférieure à un dunam a été rasée à l’intérieur des murs du cimetière, plus précisément dans le coin du cimetière où se trouvent les tombes des soldats australiens », a poursuivi Jaradah.
UK and Commonwealth war graves, Northern Gaza
Latitude: 31.51247, Longitude: 34.4821
Looked after by the same Palestinian family for a century before they were forced to flee in 2023
Desecrated and destroyed since then by the Israelis pic.twitter.com/RANQTnHFRj— Donahue Rogers (@DonahueRogers) February 4, 2026
« Le rasage a couvert la zone allant du banc où les visiteurs étrangers avaient l’habitude de s’asseoir jusqu’au monument commémoratif. Les bulldozers ont également créé des monticules de sable qui ont servi de barrières de terre. »
« J’ai été témoin de ce nivellement après le retrait de l’armée israélienne de la zone, vers la fin avril ou le début du mois de mai », a-t-il ajouté.
« Le cimetière était considéré comme l’un des plus beaux sites archéologiques de Gaza. Il abritait des arbres magnifiques et variés, et servait d’espace public vivant pour les habitants de la bande de Gaza », a déclaré Jaradah, qui s’est occupé du site pendant environ 45 ans.
Un porte-parole de Tsahal a déclaré au Guardian : « Au moment des faits, la zone en question était une zone de combat active. »
« Au cours des opérations menées dans la région, des terroristes ont tenté d’attaquer les troupes de Tsahal et se sont réfugiés dans des bâtiments proches du cimetière. En réponse, et afin d’assurer la sécurité de nos soldats sur le terrain, des mesures opérationnelles ont été prises dans la région pour neutraliser les menaces identifiées », a expliqué le porte-parole.
« Nous soulignons que des infrastructures terroristes souterraines ont été identifiées dans le cimetière et ses environs, que l’armée a localisées et démantelées. Les opérations de Tsahal dans les zones sensibles sont approuvées par les hauts gradés de l’armée et menées avec toute la délicatesse requise », a-t-il ajouté.
La destruction intentionnelle de cimetières constitue une violation du droit international, sauf si le site est devenu un objectif militaire.
La Royal British Legion s’est dite bouleversée par ces informations : « Nous sommes attristés d’apprendre que les tombes de soldats britanniques et alliés qui ont courageusement servi pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale ont été endommagées. Les cimetières militaires honorent la mémoire de tous les membres des forces armées qui ont fait le sacrifice ultime et méritent d’être traités avec le plus grand respect. »
La Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CWGC), qui entretient le site, a indiqué en décembre que le cimetière avait subi des dégâts importants.
« En raison du conflit, le cimetière a subi des dégâts importants au niveau des pierres tombales, des monuments commémoratifs, des murs d’enceinte, des installations du personnel et des zones de stockage », a déclaré la CWGC.
Selon le Pr. Peter Stanley, historien militaire à l’université de Nouvelle-Galles du Sud à Canberra, cette perte aurait un profond retentissement en Australie.
« Le cimetière de Gaza est entretenu et apprécié comme n’importe quel autre cimetière dans le monde : une immense quantité de sentiments et d’émotions y sont investis en tant que lieu sacré », a-t-il déclaré.
Le cimetière de Tuffah n’est pas le seul cimetière endommagé par Israël pendant la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza. Au début du conflit, des médias suggéraient que Tsahal avait détruit au moins seize cimetières dans l’enclave.
Selon les médias palestiniens, des dizaines d’autres cimetières ont depuis été gravement endommagés ou détruits pendant la guerre, et les Gazaouis ont dû enterrer leurs morts dans des zones non marquées qui ne sont pas destinées à servir de cimetières.
L’armée a indiqué avoir déterré des tombes dans la bande de Gaza afin de rechercher les corps des otages, et a publié des preuves montrant que le Hamas utilisait les cimetières à des fins terroristes.
Plus récemment, le mois dernier, l’armée israélienne a exhumé des centaines de corps dans un cimetière musulman à l’est de Gaza-City, lors de la recherche du corps du dernier otage détenu dans la bande de Gaza, le sergent-chef Ran Gvili, qui a finalement été retrouvé enseveli parmi les tombes.
Selon Tsahal, les soldats ont examiné plus de 250 corps à la recherche d’une correspondance potentielle avec Gvili, avant de pouvoir confirmer, grâce à ses empreintes dentaires, que l’un d’entre eux était bien le sien. L’armée a indiqué avoir replacé tous les autres corps exhumés dans leurs tombes et avoir nettoyé le cimetière une fois l’opération terminée.
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