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Un centre commercial ouvert le samedi relance la guerre sur le Shabbat près de Tel Aviv

Soutenu par le maire, BIG Glilot brave la loi sur le repos du Shabbat, provoquant des inspections, un tollé religieux et une vive controverse nationale

Aire de restauration du tout nouveau centre commercial BIG Fashion Glilot près d'Herzliya, le 3 mars 2025. (Sharon Wrobel/Le Times of Israel)
Aire de restauration du tout nouveau centre commercial BIG Fashion Glilot près d'Herzliya, le 3 mars 2025. (Sharon Wrobel/Le Times of Israel)

Un nouveau centre commercial en plein air, flambant neuf, dans la banlieue de Tel Aviv, est devenu le nouveau champ de bataille du pays sur l’observance du Shabbat.

Inauguré en février avec faste, le BIG Fashion Glilot se présente comme la première destination commerciale du pays ouverte sept jours sur sept, y compris le samedi.

Cette décision, qui attire des foules de clients, a également suscité de nombreuses critiques, propulsant le centre au cœur d’un débat explosif sur les limites de l’observance du jour de repos juif. Elle oppose désormais ses propriétaires et le maire de la ville aux tribunaux, aux ministères concernés et aux manifestants ultra-orthodoxes.

Faisant fi des lois qui interdisent aux centres commerciaux israéliens d’ouvrir le jour du Shabbat, le complexe a ravivé des tensions de longue date entre valeurs religieuses et libertés individuelles, brisant un statu quo selon lequel les commerces ouverts le samedi dans les zones laïques étaient tolérés sans heurts.

Lors d’une visite récente du Times of Israel en semaine, des gérants de magasins de BIG Glilot ont confié que des inspecteurs du ministère du Travail venaient chaque samedi à la recherche de boutiques employant des travailleurs juifs, en violation de la loi sur les heures de travail et de repos. Les autorités cherchent ainsi à contraindre le centre commercial à fermer le Shabbat.

Cette loi de 1951 interdit à la plupart des entreprises d’employer des travailleurs juifs le jour du Shabbat, n’autorisant que les non-Juifs à travailler dans les commerces et autres lieux de travail non essentiels. Toute infraction est passible d’une amende de plus de 40 000 shekels par cas.

« Ils nous ciblent parce que nous sommes visibles ; ils essaient de faire de nous un exemple », déclare Shaked, un franchisé qui dirige le magasin de vêtements Steve Madden du centre. « Aucun des propriétaires ne s’attendait à cela à l’ouverture, et cela nuit à nos ventes. J’espère qu’un jour, tout sera ouvert le Shabbat sans inspections. »

Jusqu’à présent, le ministère n’a annoncé aucune sanction à l’encontre de BIG Glilot, les enseignes veillant à employer uniquement du personnel non juif le samedi. Mais la pression, elle, ne faiblit pas.

Des personnes font leurs achats chez BIG Fashion à Glilot le 4 mars 2025. (Tal Gal/Flash90)

Le mois dernier, le ministre du Travail Yoav Ben-Tzur (Shas) a infligé une amende de 280 000 shekels à un magasin d’ustensiles de cuisine ouvert le Shabbat au centre commercial Shivat HaKokhavim, dans la ville voisine d’Herzliya, qui avait enfreint la loi pour la deuxième fois. Ben-Tzur a indiqué que cette sanction servait d’avertissement direct à BIG Glilot, précisant que les enseignes du nouveau centre commercial pourraient subir le même sort si elles enfreignaient la loi.

Cette menace d’amende est devenue l’un des principaux leviers du gouvernement contre BIG Glilot, car le conseil local refuse actuellement de sanctionner lui-même les magasins en infraction, comme le permet une autre disposition légale – un choix qui pourrait toutefois changer.

Jusqu’en 2018, les municipalités pouvaient décider d’autoriser certains commerces à ouvrir le Shabbat, malgré les restrictions de la loi juive interdisant la plupart des activités commerciales ce jour-là. Ce système permettait aux villes à majorité laïque de tolérer l’activité commerciale le samedi, tandis que les villes à forte population religieuse ou ultra-orthodoxe pouvaient imposer la fermeture des magasins.

La même année, cependant, le gouvernement a promulgué la « loi sur les supermarchés », qui donne au ministre de l’Intérieur le pouvoir d’annuler les décisions locales concernant l’ouverture des magasins le jour du Shabbat. En règle générale, les supermarchés et les magasins de détail doivent rester fermés, tandis que les centres de divertissement et certains commerces jugés essentiels peuvent être autorisés à ouvrir, à la discrétion du ministère.

Des manifestants protestent à Ashdod contre la fermeture d’entreprises dans la ville le jour du Shabbat, le 20 janvier 2018. (Flash90)

Bien qu’elle laisse l’application de la loi entre les mains des autorités locales, cette mesure a suscité un tollé de la part des critiques qui y ont vu une nouvelle forme de coercition ultra-orthodoxe sur les laïcs.

Soutenant BIG Glilot, le maire de Ramat Hasharon, Yitzhak Rochberger, a défié la réglementation en refusant d’envoyer des inspecteurs dans le centre commercial et d’infliger des amendes aux commerces en infraction. La semaine dernière, un vif échange a opposé Rochberger au conseiller juridique de la ville, Micha Blum, après que ce dernier a émis un avis affirmant que la municipalité était tenue d’appliquer la loi interdisant aux magasins d’ouvrir le Shabbat.

« Vous ne pouvez pas dire à l’inspecteur de ne pas y aller », a crié Blum lors d’une réunion, selon la presse israélienne. « Vous n’avez pas le pouvoir de faire cela. »

Le maire de Ramat Hasharon, Yitzhak Rochberger, reconnu coupable de fraude, d’abus de confiance et de falsification de documents d’entreprise, lors de sa condamnation au tribunal de première instance de Tel Aviv le 31 mai 2015. (Crédit : FLASH90)

La situation est d’autant plus complexe que le centre commercial se trouve à seulement 450 mètres de la frontière de Tel Aviv, ville exemptée de certains aspects de la loi sur les supermarchés grâce à une décision de justice de 2014 ayant modifié ses règlements municipaux. Ce privilège n’a pas été étendu à d’autres localités, mais Rochberger étudie actuellement d’éventuels changements aux règlements de Ramat Hasharon, dans l’espoir qu’ils permettront au centre de rester ouvert le samedi.

Pour Ramat Hasharon, une ville résidentielle aisée de quelque
50 000 habitants, située entre Tel Aviv et Herzliya, mais disposant de peu de ressources fiscales commerciales, l’ouverture du centre cette année est une véritable opportunité économique qu’il convient de défendre.

Construit grâce à un investissement de 2,7 milliards de shekels, le centre commercial abrite 160 enseignes réparties sur 43 000 mètres carrés de surface commerciale, soit plus que ses deux principaux concurrents, le Ramat Aviv Mall de Tel Aviv et Shivat Hakokhavim à Herzliya, réunis. Une tour de bureaux de 44 étages, construite au-dessus du complexe, est en cours d’achèvement ; il s’agit de la première des deux tours prévues dans le cadre du projet.

Vue du BIG Glilot, alors en construction, le 3 juin 2024. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Inspiré des centres commerciaux en plein air et des complexes multifonctionnels qui ont remplacé les malls traditionnels aux États-Unis, BIG Glilot pourrait bien transformer le secteur israélien du commerce de détail et, à terme, forcer les centres commerciaux moins populaires de la région à fermer leurs portes, selon les analystes.

Mais à ce jour, son impact principal a été de servir de paratonnerre à des tensions sociétales plus larges entre laïcs et religieux.

À Beit Shemesh, une ville depuis longtemps confrontée à des tensions entre résidents laïcs et une communauté haredi en pleine expansion, quinze rabbins ultra-orthodoxes influents ont signé la semaine dernière une lettre interdisant à leurs fidèles de faire leurs achats dans le centre commercial BIG Fashion de la ville. Bien que ce centre soit fermé le Shabbat, les rabbins espèrent que ce boycott exercera une pression sur les propriétaires du groupe BIG, qui détient des centres commerciaux à travers Israël et à l’étranger, selon Ynet.

Les employés municipaux de Beit Shemesh enlèvent les panneaux appelant à la « pudeur » dans la ville, le 11 décembre 2017 (Crédit : Yaakov Lederman/Flash90)

Ce décret a suivi d’autres décrets similaires émis par d’autres groupes haredim ces derniers mois.

Les responsables politiques laïcs, quant à eux, ont saisi l’occasion pour exprimer leur soutien au centre commercial.

« Il n’est pas nécessaire de fermer le BIG à Ramat Hasharon le Shabbat, tout comme il n’est pas nécessaire d’ouvrir un centre commercial à Bnei Brak le Shabbat », écrivait le mois dernier le chef de l’opposition Yaïr Lapid sur X, en référence à la ville ultra-orthodoxe voisine.

Le Shabbat de qui ?

Tout au long de l’histoire du pays, d’innombrables batailles ont opposé ceux qui estiment qu’en tant qu’État juif, Israël doit faire respecter le Shabbat dans l’espace public, et ceux qui considèrent que les non-observants ne devraient pas être empêchés de prendre un bus, de faire des courses ou de vaquer à leurs occupations le samedi au nom des coutumes religieuses d’autrui.

Des manifestants ultra-orthodoxes bloquent une route lors d’une manifestation contre les travaux de construction d’un train léger le Shabbat à la périphérie de Bnei Brak, près de Tel Aviv, le 21 septembre 2018. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Les partisans des lois restreignant l’activité commerciale le Shabbat les défendent généralement comme un moyen de préserver le « statu quo », tandis que leurs détracteurs estiment qu’il s’agit de mesures arbitraires, souvent dictées par des considérations politiques, et déconnectées des réalités sociales actuelles d’Israël.

« Je comprends qu’il s’agit d’une région très laïque et que les gens ont le sentiment que leurs libertés sont bafouées », a confié au Times of Israel le gérant d’un magasin de BIG Glilot qui ferme ses portes le samedi. « Mais je suis un Juif traditionnel, et je me souviens d’une époque où tout était fermé le Shabbat, sans conflit. Quand je voyage en Europe, je vois que de nombreuses boutiques sont fermées le dimanche. Pourquoi ne pourrions-nous pas faire de même ? C’est une bataille sur le caractère de notre pays. »

Selon Itschak Trachtengot, spécialiste des politiques économiques à l’Université hébraïque, la majorité des Israéliens s’accorderaient à dire que le Shabbat doit être traité différemment des autres jours de la semaine sur le plan législatif.

Itschak Trachtengot. (Crédit : Université hébraïque)

« L’ensemble de la société israélienne reconnaît le caractère particulier du Shabbat, mais les interprétations de ce que cela implique divergent », explique-t-il.

« Les religieux considèrent le Shabbat comme une obligation impliquant, entre autres, l’arrêt total de l’activité commerciale. De leur côté, de nombreux laïcs apprécient que l’activité soit réduite, mais souhaitent pouvoir profiter de leur journée libre, y compris pour faire leurs courses. »

Des deux côtés, la controverse autour de BIG Glilot est présentée comme un épisode d’un affrontement plus large sur la nature même d’Israël en tant qu’État juif et démocratique.

Les propriétaires de BIG Glilot affirment quant à eux que l’ouverture du centre le samedi relève de leur vision d’un Israël libéral et démocratique.

« Nous respectons toutes les opinions, nous n’exigeons pas que les locataires ouvrent le Shabbat, pas plus que nous n’exigeons que les clients viennent ni que les employés travaillent ce jour-là », a déclaré BIG dans un communiqué. « À nos yeux, chaque résident de l’État d’Israël devrait avoir le droit de choisir ce qu’il souhaite faire ou ne pas faire. Nous ne céderons jamais à une pression fondée sur des considérations religieuses, quelles qu’elles soient. »

De l’autre côté du débat, les communautés ultra-orthodoxes voient dans le soutien à l’ouverture des commerces le Shabbat une offensive contre les valeurs juives, observe Trachtengot.

« Il y a une tendance à inscrire ce genre de débat dans une bataille idéologique plus vaste autour du Shabbat, mais il faut aussi savoir garder les choses en perspective, et ne pas transformer chaque incident en crise nationale », a-t-il déclaré.

Le samedi noir

Pour de nombreux commerces, qui doivent couvrir leurs loyers et charges, même les jours de fermeture, ouvrir le samedi – unique jour de congé pour une large partie des Israéliens – est avant tout une nécessité économique.

Mais pour les gérants du centre, le conflit et la pression exercée par le gouvernement pourraient s’avérer tout aussi dévastateurs sur le plan financier.

Des personnes font leurs achats chez BIG Fashion à Glilot le 4 mars 2025. (Tal Gal/Flash90)

« Les magasins embauchent des travailleurs non juifs pour venir une fois par semaine, mais il est difficile de trouver du personnel pour cela, et ça n’a pas vraiment de sens », a déclaré Osher, qui gère le magasin de vêtements Zips. « À terme, d’autres enseignes finiront par fermer le Shabbat, et plus personne ne viendra. La clientèle est déjà désorientée, et cela se ressent sur les ventes. Je pense que le centre commercial devra probablement jeter l’éponge dans les mois à venir. »

« Nous voulons simplement vivre librement dans notre pays », a-t-il ajouté.

Mais tout le monde ne partage pas ce pessimisme.

« La situation n’est pas si mauvaise pour nous », relativise Yisraela, gérante de la boutique de vêtements Yasmin. « Les Juifs travaillent en semaine, les non-Juifs le Shabbat. Chacun y trouve son compte. »

« Je ne pense pas que l’ouverture du centre commercial le Shabbat soit une bonne chose », estime le gérant d’un magasin resté fermé. « Chacun a besoin d’un vrai jour de repos chaque semaine. Ce n’est pas seulement une règle religieuse – c’est une façon de préserver sa dignité humaine. »

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