Un courrier fustige la guerre de Trump contre l’antisémitisme sur les campus
La lettre, qui a dénoncé les "affirmations hypocrites" faites par le président sur la haine antijuive, débouchant sur l'expulsion d'étudiants, a recueilli plus de 100 signatures, dont celle du cofondateur de Ben & Jerry's
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JTA — Un président d’université, l’un des cofondateurs de Ben & Jerry’s et les dirigeants d’un important groupe antisioniste figurent parmi les plus de 100 signataires d’une lettre ouverte juive critiquant « les accusations mensongères d’antisémitisme utilisées par le président américain Donald Trump pour attaquer les universités et expulser des étudiants ».
Intitulée « Les Juifs américains s’opposent aux expulsions », la lettre a été publiée jeudi. Elle dénonce l’intention affichée de Trump d’éradiquer l’antisémitisme sur les campus en ciblant les étudiants militants anti-Israël.
Ce qui distingue cette lettre, c’est qu’elle rassemble des voix issues de milieux très divers. Certains signataires sont des progressistes de longue date et très actifs, dont plusieurs figures de proue du mouvement antisioniste. D’autres sont des administrateurs universitaires, dont un responsable critiqué par des manifestants anti-Israël dans une université prise pour cible par l’administration Trump.
« Nous écrivons, en tant que Juifs américains, pour condamner les accusations d’antisémitisme portées contre des étudiants militants – dont beaucoup sont juifs – pour leurs critiques légitimes de la violence d’Israël à Gaza et pour leurs dénonciations des liens entretenus par leurs universités avec l’occupation israélienne », indique la lettre.
La guerre à Gaza a éclaté lorsque, le 7 octobre 2023, quelque 6 000 Gazaouis, dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas, ont pris d’assaut le sud d’Israël, tuant plus de 1 200 personnes et prenant 251 otages, dont 47 – parmi lesquels 20 seraient encore en vie – sont toujours détenus dans la bande de Gaza.
« Le fait que cette accusation soit utilisée comme prétexte pour abroger le droit à la liberté d’expression des étudiants et expulser les étudiants non citoyens devrait nous alerter au plus haut point. »
Le groupe a publié cette lettre alors qu’un juge de l’immigration ordonnait l’expulsion de Mahmoud Khalil, l’un des étudiants activistes anti-Israël les plus médiatisés poursuivis par le gouvernement fédéral, vers l’Algérie ou la Syrie. Étudiant à l’université Columbia aux États-Unis et détenteur d’une carte verte, il avait été détenu pendant des mois dans un centre de rétention pour immigrants avant qu’un autre juge fédéral n’ordonne sa libération en juin.
« Nous sommes conscients du danger inhérent à une administration composée de personnes qui n’hésitent pas à utiliser des clichés antisémites tout en se servant d’un prétendu antisémitisme comme d’un bâton pour attaquer la liberté d’expression, la plus sacro-sainte des valeurs américaines », poursuit la lettre.
Cette lettre fait également suite à un récent sondage de l’institut Ipsos mené auprès des Juifs américains, qui révèle que 72 % d’entre eux estiment que Trump utilise l’antisémitisme comme « excuse » pour punir les universités, ce qui représente une hausse par rapport à un sondage similaire réalisé au mois d’avril dernier. Réalisé en partenariat avec les universités de Californie à Berkeley et de Rochester, ce sondage a également révélé que 58 % des personnes interrogées ne soutenaient pas la guerre menée par Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.
Parmi les signataires les plus connus de cette nouvelle lettre, on trouve Michael Roth, président juif de l’université Wesleyan, qui s’est illustré en critiquant ouvertement et sévèrement l’administration Trump, alors que d’autres dirigeants universitaires tentaient de conclure des accords pour retrouver leurs financements fédéraux.
De nombreux autres signataires sont des universitaires, notamment Erwin Chemerinsky, doyen de la faculté de droit de l’université de Californie à Berkeley, et David N. Myers, professeur à l’université de Californie à Los Angeles et président du New Israel Fund, un groupe sioniste progressiste.
Chemerinsky, qui a été calomnié par des affiches à Berkeley le désignant comme « Chem le sioniste », a été au centre des débats sur les discours tenus sur le campus au sujet de Gaza l’an dernier, après s’être retrouvé dans une impasse avec un étudiant anti-Israël manifestant dans son propre jardin.
Berkeley a récemment transmis plus de 160 noms à l’administration Trump dans le cadre de plusieurs enquêtes fédérales en cours sur l’antisémitisme à l’université, notamment celui de la professeure antisioniste Judith Butler, qui a également signé la lettre de jeudi.
Parmi les autres signataires figurent :
- Ben Cohen, cofondateur de Ben & Jerry’s, qui proteste activement contre la guerre à Gaza. (Jerry Greenfield, associé de Cohen, qui a démissionné de l’entreprise cette semaine, ne figurait pas sur la liste au moment de la publication).
- Plusieurs personnalités de premier plan qui dirigent ou sont affiliées au mouvement antisioniste juif, notamment Stefanie Fox, directrice exécutive de Jewish Voice for Peace (JVP), ainsi que plusieurs membres du conseil rabbinique du groupe anti-sioniste ; Morriah Kaplan, directrice par intérim d’IfNotNow ; Brant Rosen, fondateur de la synagogue antisioniste Tzedek Chicago ; un coprésident régional de CODEPINK, qui a organisé des manifestations perturbatrices au Capitole au sujet de Gaza ; et le rabbin Andrue Kahn, directeur du Conseil américain pour le judaïsme, qui prône un « judaïsme au-delà du nationalisme ».
- Lily Greenberg Call, ancienne membre du personnel de l’administration Biden, qui a fait les gros titres en étant la première de ses collaborateurs à démissionner en raison de la gestion de la situation à Gaza.
- Le Dr. Martin S. Hirsch, chercheur émérite en maladies infectieuses à l’université Harvard.
- Ariel Dorfman, romancier juif, professeur à l’université Duke et ancien conseiller du président socialiste chilien Salvador Allende.
- Barry Trachtenberg et Santiago Slabodsky, professeurs titulaires de chaires dans le cadre des programmes d’études juives, respectivement à l’université Wake Forest et à l’université Hofstra.
- Plusieurs journalistes et personnalités médiatiques juifs, dont Peter Beinart, Adam Shatz, rédacteur en chef américain du London Review of Books, Jeff Gottlieb, ancien reporter du Los Angeles Times et lauréat du prix Pulitzer, ainsi que Dave Zirin, journaliste sportif pour le magazine progressiste The Nation.
À ce jour, l’administration Trump a retiré des milliards de dollars de financement fédéral aux universités dans le cadre de son objectif déclaré de lutte contre l’antisémitisme. Elle vise actuellement le système universitaire de Californie : outre les enquêtes menées à Berkeley, l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) se demande s’il convient d’accepter le règlement proposé qui l’obligerait à verser un milliard de dollars et à mettre en place des changements politiques, avec notamment la suppression des bourses d’études basées sur la race et l’origine ethnique ainsi que la fin des soins de santé affirmant le genre pour les personnes transgenres.
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