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Un litige juridique dans l’État de New York illustre les difficultés de croissance de la communauté hassidique

La procureure générale de l'État soutient l'intervention fédérale concernant les allégations selon lesquelles la ville de Forestburgh aurait bloqué le développement de la communauté juive ; la ville dénonce une caractérisation « inexacte » du litige

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

La procureure générale de New York, Letitia James, s'exprimant lors d'une conférence de presse, à New York, le 16 février 2024. (Crédit : Bebeto Matthews/AP)
La procureure générale de New York, Letitia James, s'exprimant lors d'une conférence de presse, à New York, le 16 février 2024. (Crédit : Bebeto Matthews/AP)

NEW YORK – La procureure générale de l’État de New York, Letitia James, s’est prononcée en faveur d’une intervention fédérale dans le cadre d’un litige portant sur la construction de logements juifs dans la région des Catskills, à la suite d’un conflit local qui a mis en lumière les difficultés croissantes que rencontrent les communautés hassidiques autour de la ville de New York et l’antisémitisme présumé qui sévit dans les petites villes.

James a adressé un avertissement aux responsables de la ville de Forestburgh, qui auraient empêché des Juifs hassidiques de construire des logements dans la communauté. Elle a qualifié ces allégations de « profondément troublantes » et a déclaré que, si elles étaient avérées, elles constitueraient une violation de la loi fédérale sur le logement équitable (Fair Housing Act).

« La discrimination fondée sur la religion, la race, l’origine nationale ou d’autres caractéristiques protégées – qu’elle soit explicite ou dissimulée sous un prétexte – n’est pas seulement illégale, elle est aussi fondamentalement anti-américaine », a-t-elle écrit dans une lettre datée de lundi, à l’appui d’une déclaration d’intérêt fédérale dans cette affaire, qui fait partie de plusieurs litiges similaires dans la région des trois États.

L’équipe juridique des parties défenderesses a répondu dans une lettre au bureau de James, indiquant que la ville était d’accord avec le soutien de James à la liberté religieuse et à la non-discrimination en matière de logement, mais que sa caractérisation de l’affaire était « inexacte ou incomplète ».

Le litige découle d’une action civile intentée en 2022 devant le tribunal fédéral du district sud de New York contre la ville de Forestburgh, son conseil de zonage et plusieurs fonctionnaires municipaux. Les plaignants sont Lost Lake Holdings et Mishconos Mazah, des sociétés appartenant à des Juifs hassidiques.

Les deux sociétés ont déclaré qu’elles avaient acheté un terrain en vue d’un projet de développement en 2020. Le propriétaire précédent, qui n’était pas juif, avait obtenu l’autorisation de construire plus de 2 600 unités résidentielles sur le site de 7,7 kilomètres carrés. Le conseil municipal avait décrit ce projet comme un « merveilleux projet » et les riverains avaient soutenu le projet de l’entreprise non juive, selon l’action en justice. La ville rurale compte environ 900 habitants.

La société n’a pas réalisé le projet de construction et les deux sociétés juives ont racheté le site. Lorsque les autorités locales se sont rendu compte que des Juifs hassidiques avaient acquis le terrain pour le développer, la ville a mis en place une série d’obstacles pour empêcher la construction. Les fonctionnaires et inspecteurs locaux ont refusé des demandes de permis de construire, ont effectué une perquisition illégale de la propriété, ont surévalué la valeur du site pour faire augmenter les impôts, ont émis des ordres d’arrêt des travaux et ont adopté une loi locale imposant une augmentation de 1 000 % des taxes, entre autres mesures, selon l’action en justice.

Illustration : Cette photo prise le 5 avril 2019 montre deux Juifs orthodoxes faisant de l’auto-stop sous la pluie dans un quartier juif de Monsey à Rockland County, New York. (Johannes Eisele/AFP)

Des courriels internes cités par James et des agents fédéraux suggèrent que la discrimination antijuive a joué dans l’obstruction.

« Ne soyez pas effrayés par la menace hassidique – nous avons l’énergie et l’argent pour nous battre et leur pourrir la vie », a déclaré un responsable local dans un courrier électronique, selon les avocats fédéraux.

« Bloomingberg dormait : nous sommes sous amphétamines », disait le courriel, faisant visiblement référence aux conflits entre les autorités locales et la communauté hassidique de la ville voisine de Bloomingburg.

Dans un autre courriel, un habitant de la ville a écrit aux autorités municipales : « Leur secte est connue pour sa misogynie et ses abus sur les enfants » et a mis en garde contre « leur destruction gratuite des villes et des districts scolaires ».

« Ils s’emparent de la ville comme des sauterelles, tuent tout ce qu’ils rencontrent et épuisent les moindres ressources », peut-on lire dans le courrier électronique. Le président du conseil municipal chargé de l’urbanisme a transmis le courriel à des destinataires inconnus, en disant : « Moi aussi, j’ai réfléchi à une stratégie pour empêcher Lost Lake de submerger cette ville », selon la déclaration fédérale.

Les autorités municipales ont été influencées par les riverains qui s’opposaient au projet de développement, selon les plaignants. Les groupes de réseaux sociaux locaux et les articles sur le développement ont été inondés de commentaires antisémites. Dans certains des commentaires en ligne cités par le procès, des habitants de la région ont dénoncé « l’argent sale » de la « mafia juive » et ont déclaré : « On se demande pourquoi les Allemands ont fait ce qu’ils disent avoir fait ».

Les avocats des défendeurs ont répondu à James dans une lettre datée de mercredi qu’un fonctionnaire de la ville a communiquée au Times of Israel.

Une loi locale de zonage qui, selon James, pourrait illégalement discriminer l’utilisation des terres à des fins religieuses, a été mal interprétée, a déclaré la ville. Les lieux de culte sont autorisés dans toute la ville, sous réserve de restrictions similaires à celles appliquées aux bâtiments non religieux, dans des règles qui sont plus permissives que dans d’autres communautés locales, selon la lettre.

Le courriel concernant la « menace hassidique » date de 2015, a été écrit par une personne qui était un citoyen privé à l’époque, et était lié à une affaire de fraude à Bloomingburg, selon la lettre.

« La ville nie catégoriquement que l’une de ses actions en matière d’aménagement du territoire ait été fondée sur l’identité religieuse du promoteur ou des acheteurs potentiels de maisons », a déclaré la ville.

L’échange de cette semaine est le deuxième entre la ville et le bureau de la procureure générale. L’année dernière, le bureau de James a averti la ville que l’ordonnance de rezonage était « discriminatoire à l’égard des New-Yorkais juifs » en limitant illégalement l’utilisation des terres à des fins religieuses. Les avocats de la ville ont déclaré que cette interprétation de la loi semblait « fondée sur un dossier factuel sélectif ou incorrect », soulignant que des règles de zonage similaires s’appliquaient à d’autres bâtiments. Ces règles ont été mises en place pour maintenir le développement à une faible densité « afin de préserver le caractère rural de la ville », indique la lettre.

Les défendeurs ont également contesté le fait que les sociétés, et le propriétaire précédent de la propriété, avaient reçu l’autorisation de construire un grand ensemble résidentiel. Les plans de développement étaient « incompatibles et matériellement différents » des approbations précédentes, a déclaré un fonctionnaire municipal dans un document juridique.

Les plans contrariés ont causé aux promoteurs d’importants dommages financiers et les ont effectivement dépouillés de leur propriété. L’action en justice vise à obtenir un dédommagement, des déclarations d’actes répréhensibles et l’annulation des obstructions.

Le gouvernement américain s’est penché sur l’affaire en mars en raison de son intérêt à faire respecter la loi fédérale et en raison du décret du président américain Donald Trump de janvier 2025 sur la lutte contre l’antisémitisme, a déclaré le département de la Justice. Le département s’était également prononcé sur l’affaire en 2023.

Dans sa lettre de lundi, James a soutenu l’intervention fédérale en déclarant : « Votre engagement dans cette affaire envoie un message fort : aucune personne ou communauté n’est au-dessus de la loi – et aucune communauté n’échappe à sa protection. »

« Ensemble, nous devons affirmer le principe selon lequel les décisions du gouvernement doivent être basées sur la loi et les preuves – et non sur la partialité, la peur ou le sectarisme », a déclaré James, selon une copie de la lettre que le bureau de James a partagée avec le Times of Israel.

Forestburgh est situé dans le comté de Sullivan, dans la région des Catskills, à environ deux heures de route au nord-ouest de Manhattan.

Le village Satmar de Kiryas Joel (Crédit : JTA / Uriel Heilman)

L’action en justice illustre les conflits actuels entre les résidents juifs et non juifs dans les zones entourant la ville de New York, alors que les juifs quittent la ville en raison de la pression immobilière. Ces litiges ont mis en lumière un antisémitisme présumé qui se manifeste dans la bureaucratie tranquille d’une petite ville, loin de la discrimination largement médiatisée qui se produit dans des forums tels que les manifestations de rue et sur les campus universitaires. L’opposition est motivée à la fois par une résistance générique au changement et au développement de la communauté et par une animosité anti-juive.

La région des Catskills a une histoire juive célèbre qui remonte à plus d’un siècle. La « Borscht Belt » a attiré des foules de visiteurs juifs dans les Catskills au milieu du siècle dernier et a eu un impact durable sur la culture américaine, en particulier dans le domaine de la comédie. La « Borscht Belt » a décliné lorsque les touristes juifs ont voyagé ailleurs, contribuant ainsi à la récession économique de la région. Ces dernières années, les Juifs ont entrepris de raviver la mémoire de la ceinture de Borscht en organisant des spectacles de comédie, en créant un musée et en apposant des affiches publiques.

Des camps de vacances et des centres de loisirs juifs sont disséminés dans la région, de nombreux juifs y possèdent des résidences d’été et plusieurs projets juifs orthodoxes ont été récemment construits dans les environs de Forestburgh.

Malgré les souvenirs chaleureux de la Borscht Belt, une série d’incendies dans les anciens hôtels a donné lieu à des conspirations antisémites.

En 1974, des juifs hassidiques ont fondé la ville de Kiryas Joel dans le comté d’Orange, à la frontière du comté de Sullivan. L’expansion hassidique dans cette ville et dans d’autres de la région a provoqué des conflits répétés entre les résidents juifs et non juifs. Dans les petites villes, l’expansion des communautés hassidiques peut modifier fondamentalement la composition de la population locale, entraînant des conflits pour le contrôle du gouvernement local et des écoles.

Selon l’action en justice, les opposants au projet de Forestburgh ont non seulement fait référence à Bloominburg, mais aussi à Kiryas Joel à plusieurs reprises. Un responsable du département des incendies de la ville a déclaré aux plaignants que les habitants craignaient le « vote en bloc » des Hassidim, comparant la situation à celle de Kiryas Joel. Les rapports locaux sur le développement ont également établi des comparaisons, avec des commentaires mettant en garde contre « Kiryas Joel partie 2 » et qualifiant cette communauté de sale, selon l’action en justice.

La lettre de James reconnaît cette tendance, affirmant que les juifs orthodoxes « sont trop souvent confrontés à des préjugés masqués par des décisions bureaucratiques en matière de zonage, de logement et d’utilisation des sols ».

L’utilisation des lois sur le zonage et des règlements sur l’utilisation des terres contre les juifs « rappelle une histoire sombre » qui semble « réapparaître au XXIe siècle », a déclaré James.

Le New Jersey a connu des conflits similaires, les autorités locales se disputant avec les juifs au sujet des écoles, des lois de zonage et d’un cimetière, notamment au cours des dernières semaines.

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