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La Borscht Belt en feu : Les incendies d’hôtels abandonnés se poursuivent dans les Catskills

Les pompiers luttent également contre les rumeurs de "foudre juive", une expression antisémite insinuant que les incendies sont allumés pour toucher des primes d'assurance

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Les premiers intervenants s'attaquent à un incendie au Nevele Grand Hotel, près de la ville d'Ellenville dans les Catskills, le 19 mars 2024. (Crédit : Eric Helgesen/JTA)
Les premiers intervenants s'attaquent à un incendie au Nevele Grand Hotel, près de la ville d'Ellenville dans les Catskills, le 19 mars 2024. (Crédit : Eric Helgesen/JTA)

New York Jewish Week – Par une nuit glaciale le mois dernier, Barbara Hoff, qui possède un magasin d’antiquités dans les Catskills, a été informée par un ami des pompiers locaux que le Nevele Grand Hotel était en train de brûler.

Hoff, qui vit dans la ville de Cragsmoor, dans les montagnes de Shawangunk, est allée voir ce qui se passait dans la vallée en dessous de sa maison et a aperçu une tache de flammes orange encadrée par les silhouettes d’arbres sombres au loin.

Hoff, 70 ans, se souvient de l’époque où le Nevele était un lieu de villégiature très fréquenté par une clientèle majoritairement juive, il y a quelques dizaines d’années. Ce complexe hôtelier comptait alors 430 chambres, deux terrains de golf, une patinoire et une piscine.

En moins d’un an, c’est le deuxième incendie d’un hôtel abandonné dont Hoff a été témoin depuis son poste d’observation au sommet de la colline, après celui du Homowack Lodge l’été dernier.

Ces deux hôtels étaient autrefois des établissements prospères de la Borscht Belt [la ceinture de Borscht], surnom donné à un ensemble de stations balnéaires et de bungalows de vacances dans les comtés de Sullivan, Ulster et Orange de New York, où, jusqu’au milieu du XXe siècle, affluaient les foules de visiteurs juifs qui ont marqué la comédie, le cinéma et la culture américaine. Plus d’un demi-siècle plus tard, la quasi-totalité de ces anciens grands hôtels ne sont plus en activité et sont aujourd’hui abandonnés et délabrés.

Et depuis deux ans, ils brûlent, et nul ne connaît les causes de ces incendies.

Au moins quatre anciens grands hôtels ont pris feu depuis l’été 2022, détruisant partiellement ou totalement des bâtiments désaffectés. Les services locaux de lutte contre les incendies ont enquêté sur ces incidents, mais n’ont trouvé que peu de pistes. Ils s’emploient par ailleurs à étouffer les théories conspirationnistes antisémites concernant ces incendies.

Le Nevele Grande Hotel délabré, avec l’Honor’s Haven Retreat & Conference en arrière-plan, du complexe hôtelier du même nom fermé depuis longtemps, situé à Wawarsing, dans l’État de New York, dans les Catskills, le vendredi 30 juin 2023. (Crédit : Ted Shaffrey/AP)

Pour les habitants de longue date des Catskills comme Hoff, les incendies ravivent la douleur d’un chapitre de l’histoire juive américaine qui s’estompe. Certains résidents plus âgés ont travaillé dans ces hôtels, et ont des liens personnels avec les établissements incendiés.

« Le Nevele occupe une place particulière dans le cœur de chacun », explique-t-elle. « Tout le monde travaillait partout, mais le Nevele était vraiment le plus grand. C’était « l’hôtel ». Celui avec les publicités à la télévision. »

Elle ajoute : « Tous les hôtels ont une grande valeur sentimentale pour tout le monde ici. C’est triste de voir ce qui se passe ».

La série d’incendies a débuté le 16 août 2022, lorsqu’un bâtiment de trois étages et demi a brûlé au Grossinger’s Catskills Resort, l’hôtel qui a inspiré le film « Dirty Dancing« . La colonne de fumée était « visible à des kilomètres à la ronde », selon le service local des pompiers de Liberty.

En juin 2023, un incendie a ravagé pendant six heures le Pines Resort Hotel à Fallsburg, laissant en ruines un lieu qui avait accueilli des stars telles que Buddy Hackett et Tony Bennett. Le mois suivant, le Homowack a pris feu deux fois en une semaine. Enfin, le mardi 19 mars, c’est au tour du Nevele d’être la proie des flammes.

Hôtel Evans sur le lac Evans, Loch Sheldrake, New York, 1950. (Crédit : Max Schwartz Co./The Borscht Belt Historical Marker Project)

Ni la police d’État ni la police locale n’ont trouvé d’indices pour ces quatre incidents. Dans le cas de Homowack, la police d’État a toutefois indiqué qu’il y avait eu des intrusions à plusieurs reprises dans les environs et que des feux de camp avaient été allumés sur le site, ainsi que des incendies sur les terrains de basket et de tennis de la propriété. Dans le cas de Grossinger, les pompiers ont été gênés par la détérioration de la propriété : un portail verrouillé bloquait l’entrée, et des barrières en béton et une végétation envahissante empêchaient l’accès des camions de pompiers.

La Nevele était accessible depuis la route par une brèche dans une clôture de sécurité et en grimpant sur le squelette d’un pont enjambant un ruisseau. La façade du magasin de golf était couverte de graffitis et les fenêtres du bâtiment avaient été brisées par des vandales, laissant le sol jonché de débris et d’éclats de verre. Des quenouilles poussaient sur les marches du jacuzzi extérieur.

Les autorités ont écarté une explication relativement populaire dans la région, à en juger par les groupes Facebook locaux, attribuant les incendies à la « foudre juive ». Selon cette théorie du complot antisémite, les incendies auraient été allumés pour toucher l’argent des assurances. L’American Jewish Committee (AJC) explique que cette expression trouve son origine dans les tropes sur les Juifs, les décrivant comme avides et cupides.

Depuis lundi après-midi, 43 commentaires ont été publiés sous une publication Facebook concernant l’incendie du Nevele, dont 10 suggèrent que les Juifs ont allumé l’incendie à des fins malhonnêtes. Plusieurs autres publications Facebook sur les incendies d’hôtels dans la région ont également reçu des commentaires similaires.

« Comment éviter les coûts d’assainissement de l’amiante ? Vous le frappez avec la foudre juive », peut-on lire dans un des commentaires de Facebook. « Les juifs le font (sic) pour toucher l’argent des assurances », lit-on dans un autre commentaire.

D’autres personnes ont publié des images de juifs portant des chapeaux noirs faisant des clins d’œil ou allumant des bougies.

Une image non datée montre la piscine extérieure du centre de villégiature Pines à South Fallsburg, dans l’État de New York. (Crédit : /Steingart associates/Borscht Belt Historical Marker Project)

George Budd, chef du service des pompiers du district d’Ellenville, qui est intervenu lors de l’incident de Nevele, a dénoncé ces conspirations comme étant des « propos calomnieux » sans fondement.

« La communauté juive ne doit pas être vilipendée pour ces incendies du Borscht Belt », a indiqué Budd au New York Jewish Week.

Les autorités n’ont à aucun moment accusé les propriétaires d’avoir délibérément allumé les incendies. Hoff a expliqué qu’il était difficile de patrouiller et de surveiller les vastes propriétés et que des vagabonds et des intrus s’étaient introduits sur les sites.

Cette expression, « la foudre juive », est vraiment odieuse et j’ai vu comment les Borscht Belters la répandaient ces derniers jours sur des groupes Facebook, ce qui me dérange beaucoup », a expliqué Marisa Scheinfeld, une photographe juive qui a grandi dans les Catskills. Scheinfeld a répertorié les stations balnéaires en décomposition dans un livre de photographies publié en 2016 et acclamé par la critique, intitulé The Borscht Belt: Revisiting the Remains of America’s Jewish Vacationland.

L’incendie de Nevele a détruit un bâtiment connu sous le nom de Winter Lodge, mais la tour dodécagonale de 10 étages du centre de villégiature, son élément le plus caractéristique, n’a pas été touchée. Des photos prises sur place montrent des pompiers luttant contre l’incendie au moyen d’échelles, alors que les flammes dévorent l’intérieur du bâtiment, dont les murs sont parsemés de graffitis. Le ciel est devenu orange cette nuit-là et les lumières clignotantes projetaient un reflet rouge sur la façade du bâtiment.

Le Nevele a fermé ses portes en 2009 après plus de 100 ans d’activité. L’année dernière, la propriété a été acquise par le groupe immobilier Somerset Partners, basé à New York, qui souhaite la réaménager. Le groupe n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Selon Hoff, l’incendie de Nevele a frappé la communauté plus durement que les autres. Elle connaissait la famille Slutsky, les anciens propriétaires de la station, et a raconté qu’ils avaient vécu dans le Winter Lodge, le bâtiment qui a brûlé.

« C’est très triste car, enfant, j’avais l’habitude de faire du patin à glace au Falls, qui est un hôtel jumeau », a-t-elle déclaré. « La vie à l’hôtel faisait partie de ma vie. »

Les incendies ont attristé de nombreuses personnes, qui y ont vu un signe du déclin du Borscht Belt après son apogée au milieu du siècle dernier. Le déclin de la région a commencé à la fin du XXe siècle, lorsque l’antisémitisme s’est estompé et que les Juifs ont commencé à être admis dans de nombreux autres établissements hôteliers qui leur étaient jusqu’alors interdits, que les voyages en avion sont devenus plus abordables et que les Juifs se sont progressivement mieux intégrés à l’ensemble de la société américaine.

Ces dernières années, le Borscht Belt a connu un regain d’intérêt, avec l’ouverture d’un musée consacré à cette époque révolue à Ellenville, près du Nevele (Hoff est membre de son conseil consultatif). En juillet dernier, le musée a organisé le premier Borscht Belt Fest à Ellenville. Une autre initiative fondée par Scheinfeld, le Borscht Belt Historical Marker Project, consiste à placer de grandes plaques métalliques commémorant l’histoire juive dans les villes de la région. Le projet vise également à stimuler l’économie locale, qui connaît des difficultés depuis l’effondrement de l’industrie du tourisme.

Scheinfeld a photographié les quatre stations balnéaires qui ont brûlé pour son livre. Elle explique que plus de la moitié des établissements qu’elle a photographiés pour son livre ont aujourd’hui disparu, conférant ainsi à son travail une importance encore plus grande. Elle estime que la préservation de la mémoire des hôtels, et même de leurs structures, est d’autant plus urgente que l’antisémitisme, qui alimentait autrefois le besoin de Borscht Belt, refait surface.

« Non seulement notre histoire et ces lieux de l’histoire juive si importante se dégradent et se désintègrent, mais ils brûlent maintenant », a-t-elle déclaré. « C’est triste et tragique. »

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