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Une base américaine annule un événement célébrant une cycliste juive pionnière

L'autrice affirme que le musée pour enfants situé dans une base à Washington a annulé la lecture de ce livre illustré sur Annie Cohen Kopchovsky, qui a fait le tour du monde à vélo pour gagner un pari

La couverture de "Pedal Pusher" de Mary Boone ; l'autrice lors d'un salon du livre. (Autorisation : Mary Boone via JTA)
La couverture de "Pedal Pusher" de Mary Boone ; l'autrice lors d'un salon du livre. (Autorisation : Mary Boone via JTA)

JTA — Un musée pour enfants situé dans une base militaire américaine a annulé, au début de l’année, une lecture qui avait été pourtant programmée. Le livre qui se trouvait au cœur de cet événement était consacré à la vie d’une cycliste juive pionnière du 19e siècle. Problème : il avait été signalé dans le cadre d’une interdiction militaire concernant les contenus « DEI » (diversité, équité et inclusion).

La raison invoquée s’est révélée être que le livre parlait d’une femme, déclare son autrice, Mary Boone, à la Jewish Telegraphic Agency.

« S’ils avaient réellement lu le livre et qu’ils avaient découvert qu’il parle, en réalité, d’une immigrante juive lettone, le coup aurait été doublement dur », ajoute Boone.

La raison de cette annulation – une raison qui a été récemment rendue publique – est le dernier exemple en date de la manière dont la répression des initiatives en faveur de la diversité s’est généralisée dans l’ensemble de l’armée américaine. Une répression qui a été organisée sous l’impulsion du secrétaire à la Défense Pete Hegseth et qui a également écarté les représentations juives.

Au cours de l’année, l’Académie navale américaine a fait disparaître une exposition qui rendait hommage aux femmes juives qui avaient été diplômées de l’école juste avant la venue de Hegseth. Elle a également retiré plusieurs livres sur le judaïsme et sur la Shoah de la bibliothèque de son campus – d’autres ouvrages sont restés à leur place, dont « Mein Kampf ».

Le Pentagone a, pour sa part, supprimé tous les contenus relatifs à la commémoration de la Shoah de ses sites internet, au printemps dernier, provoquant l’indignation des vétérans juifs qui s’étaient battus pour les États-Unis.

Tous ces incidents ont eu lieu au printemps dernier, immédiatement après la décision prise par Hegseth d’interdire les programmes et contenus DEI. C’est également à cette période qu’une base militaire située à proximité de Tacoma, dans l’état de Washington, a annulé une lecture prévue du livre pour enfants « Pedal Pusher : How One Woman’s Bicycle Adventure Helped Change The World ». Un livre illustré qui est une biographie d’Annie Cohen Kopchovsky, qui était devenue, en 1895, la première femme à faire le tour du monde à vélo.

La conférence avec l’autrice du livre devait avoir lieu en mars dernier, pendant le Mois de l’histoire des femmes, à la base militaire Joint Base Lewis-McChord, qui abrite environ 110 000 personnes, parmi lesquelles des militaires et leurs familles. Boone, qui vit à Tacoma, a révélé les raisons de cette annulation dans une tribune libre qui a été diffusée dans le Seattle Times en date du 11 octobre, à l’occasion de la Semaine des livres interdits.

« Quatre jours avant l’événement, on m’a dit que le livre venait violer le décret de l’administration qui restreint les programmes dits ‘radicaux’ de diversité, d’équité et d’inclusion au sein des institutions fédérales », a écrit Boone. « Quelqu’un s’est plaint en voyant des affiches de ma lecture. Les responsables du musée ont fait appel à des avocats militaires, qui ont jugé qu’un programme consacré à une cycliste pionnière dépassait les limites de l’acceptable ».

« Réfléchissez-y », a-t-elle ajouté dans sa tribune. « Le commandant en chef de l’armée américaine a en effet estimé qu’une femme à vélo était quelque chose de trop menaçant pour les enfants ».

Un représentant de la base militaire Joint Base Lewis-McChord a refusé tout commentaire, invoquant la réduction des fonctions administratives en raison du shutdown.

Boone, qui n’est pas juive mais qui a épousé un membre de la communauté, dit à JTA qu’elle croit que quelqu’un, sur la base, s’est plaint après avoir vu une affiche annonçant la lecture. Elle doute du fait que les opposants au livre l’ont réellement lu – elle pense que les réactions ont été dues au fait que l’ouvrage est consacré à l’histoire d’une femme.

Le secrétaire américain à la défense, Pete Hegseth, s’exprime lors d’une conférence de presse après que l’armée américaine a frappé trois sites en Iran, rejoignant ainsi directement les efforts d’Israël pour démanteler le programme nucléaire du pays, au Pentagone à Washington, le 22 juin 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Une partie du livre mentionne brièvement l’identité juive de Kopchovsky et son statut d’immigrée pour expliquer le caractère si improbable de ce tour du monde en vélo, alors qu’elle était mère de trois enfants.

« Annie était une immigrante juive lettone, et à cette époque, les préjugés envers les Juifs étaient très répandus », est-il ainsi écrit dans l’ouvrage.

Boone explique qu’au départ, elle n’avait pas prévu d’inclure ces détails dans le livre, qui ne compte que 700 mots. « Mon éditrice m’a appelée et elle m’a dit : ‘Tu as omis une partie importante de son histoire’, » se souvient l’autrice, qui dit avoir alors répondu : « Je ne suis pas une écrivaine juive. Puis-je vraiment raconter cela ? ». L’éditrice ayant répondu par l’affirmative, ce passage a été intégré au livre.

Greentrike, une organisation à but non lucratif qui gère le musée de la base ainsi qu’un autre musée pour enfants à Tacoma, n’a pas répondu à une demande de commentaires pour les besoins de cet article. Par ailleurs, un autre événement qui était organisé au Children’s Museum of Tacoma, en dehors de la base, avec Boone, s’est déroulé comme prévu.

Le Seattle Times a obtenu un courriel de Greentrike qui a révélé les raisons qui ont été invoquées par l’armée pour annuler la lecture, dans le cadre du processus de vérification des faits qui étaient présentés dans la tribune écrite par l’autrice.

Annie Cohen Kopchovsky, alias « Annie Londonderry », pose avec le vélo qu’elle a utilisé pour faire le tour du monde dans les années 1890. (Autorisation via JTA)

Au mois de mars, le musée avait initialement annoncé les événements programmés « pour célébrer le Mois de l’histoire des femmes », précisant que les lectures seraient accompagnées d’activités pour les enfants, avec notamment des cours sur la sécurité à vélo. Une brève mise à jour annonçant l’annulation de l’événement à la base militaire avait ensuite simplement indiqué que l’heure consacrée au livre « n’aura pas lieu pour le moment suite à son retrait du calendrier des événements ».

En 1895, Kopchovsky s’était lancée dans un périple à vélo depuis Boston dans le cadre d’un pari entre deux hommes qui avaient misé sur la possibilité pour une femme de faire le tour du monde à bicyclette. Pédalant initialement vers l’Ouest, elle avait atteint Chicago et elle avait failli abandonner avant de troquer son lourd vélo pour femmes contre un modèle pour hommes plus léger et plus pratique. Elle était alors repartie vers l’Est. Elle avait finalement poursuivi son voyage en Europe et en Asie avant de retourner à Chicago.

Au cours de ce tour du monde, Kopchovsky était devenue « Annie Londonderry » – non pas pour dissimuler son identité juive mais parce qu’elle avait conclu un accord de sponsoring avec une société d’eau minérale appelée Londonderry Lithia. Elle avait gagné 10 000 dollars pour son périple et elle devait souvent évoquer ce dernier dans ses écrits après son retour, embellissant fréquemment ses récits d’exploits.

Les enfants de la base ont heureusement eu de nombreuses occasions d’entendre parler de Kopchovsky. Boone raconte que lorsque l’annulation de la lecture a été initialement annoncée, elle a été contactée par les représentants de deux écoles publiques qui étaient également situées sur la base. Elle a fini par prendre la parole dans les deux établissements, sans aucun obstacle et sans rencontrer de difficultés.

Quelques mois plus tard, après avoir rendu publique l’annulation initiale, elle a été submergée d’invitations à s’exprimer et les ventes de son livre ont augmenté. Parmi les nouvelles relations qu’elle a tissées, il y a des parents éloignés de Kopchovsky.

« Ce qui m’a donné l’occasion de parler d’elle à beaucoup plus de gens qui sont indignés du fait que ce livre consacré à une femme soit en quelque sorte ‘annulé’, » a-t-elle dit.

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