Une proche d’otage demande à Netanyahu si les Israéliens comprennent bien que les captives sont violées à Gaza
Dans de nouveaux propos qui ont fuité d'une réunion houleuse vendredi entre le Premier ministre et d'anciens otages, Netanyahu a raconté aux familles avoir participé à une simulation de captivité dans le cadre d'un exercice militaire
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Une proche d’otage a demandé au Premier ministre Benjamin Netanyahu s’il avait bien compris – ainsi que les autres Israéliens – que les femmes étaient violées dans les geôles du Hamas, dans la bande de Gaza, alors qu’elle tentait de le convaincre de finaliser un accord de cessez-le-feu qui ouvrirait la porte à la remise en liberté des captifs, selon un enregistrement qui a fuité dans la journée de samedi.
Ces propos ont été tenus vendredi lors d’une rencontre houleuse entre Netanyahu, des ex-otages et des familles dont un proche est actuellement entre les mains du Hamas à Gaza. Des fuites antérieures de cet enregistrement avaient mis l’accent sur le fait que le Premier ministre avait établi à plusieurs reprises qu’aucun accord n’était actuellement sur la table, et sur ses tentatives d’échapper aux accusations laissant entendre qu’il s’est jusqu’à présent refusé à assumer ses responsabilités dans le pogrom du 7 octobre.
Dans l’enregistrement – dont le contenu a été rendu public par la Douzième chaîne – une proche d’otage déclare au Premier ministre que le président des États-Unis s’inquiète davantage des violences sexuelles subies par les otages que ce n’est le cas pour lui et pour les autres Israéliens.
« Est-ce qu’ils comprennent en Israël que des jeunes filles sont violées en ce moment même ? Est-ce que vous le comprenez vous-même ? Parce que [le président américain Joe] Biden, lui, le comprend », dit-elle au cours de la réunion qui a rassemblé des familles dont les êtres chers sont encore conservés en captivité dans la bande de Gaza et d’anciens otages.
Une ex-otage a raconté au Premier ministre qu’elle avait été elle-même battue et torturée alors qu’elle se trouvait entre les mains du Hamas.
« Il n’y a rien de plus brutal que ce que nous avons traversé », affirme-t-elle. « Je ne supporte pas l’idée des souffrances que les filles, là-bas, sont en train d’endurer ».
Netanyahu répond alors avoir passé du temps en captivité dans le cadre d’un exercice de simulation qui avait été organisé par Tsahal, une tentative apparente de mieux comprendre les familles. Il admet néanmoins que les deux expériences sont très différentes.
« Entendre vos récits est choquant », dit-il dans l’enregistrement. « J’ai participé à une simulation de captivité, on m’a frappé, cela ne m’a pas réellement affecté et cela ne m’a pas réellement fait du mal. Je savais que j’étais dans le cadre d’un exercice et que j’allais être malmené physiquement. Je savais que je n’encourais pas un danger susceptible de mettre ma vie en péril et la différence est énorme ; cela ajoute aux souffrances et à tout le reste. »
Dans les propos de la réunion qui avaient été révélés, samedi soir, par la Douzième chaîne, Netanyahu avait rejeté les demandes portant sur la finalisation d’un accord qui ouvrirait la porte à la remise en liberté des captifs en laissant entendre qu’aucun accord potentiel de ce genre n’était actuellement sur la table.
Des propos qui ont fait l’effet d’une douche froide sur les négociations en cours – des discussions que les États-Unis ont tenté de dépeindre de manière optimiste alors même que les parties restent en fort désaccord sur des sujets déterminants.
« Mais que me proposez-vous de faire ? », s’exclame Netanyahu dans l’enregistrement alors que la fille d’un captif lui déclare que son travail consiste à conclure un accord qui garantira la libération de tous les otages.
« Je propose que vous signiez un accord qui permettra à tous les otages de revenir chez eux », rétorque la fille de l’otage. « Il y a un accord sur la table ! »
« Un accord ? Quel accord ? », riposte alors le Premier ministre. « Ceux qui vous ont dit qu’il y avait un accord [otages contre cessez-le-feu] sur la table et que nous ne l’avons pas accepté pour une raison ou pour une autre, pour une raison personnelle, vous mentent ».
Au début du mois dernier, le Hamas avait soumis une proposition d’accord sur les otages qui, pour la toute première fois, n’évoquait pas la demande déterminante qu’il n’avait cessé de revendiquer dans le cadre des pourparlers – qu’Israël s’engage en faveur d’un cessez-le-feu permanent et définitif. En échange, le groupe terroriste avait procédé à une série d’amendements apportés à la proposition faite antérieurement par l’État juif.
Netanyahu a depuis rejeté un grand nombre de ces changements recherchés par le groupe terroriste et il a fait connaître ses propres exigences – notamment le maintien de l’armée dans le couloir Philadelphi, qui court le long de la frontière entre l’Égypte et Gaza, afin d’empêcher l’importation clandestine d’armes. Il a également insisté sur la nécessité de mettre en place un mécanisme garantissant que les hommes armés qui se trouvent dans le sud de la bande ne pourront pas retourner dans le nord en empruntant le couloir Netzarim, qui sépare en deux l’enclave côtière. Ces deux exigences sont devenues des points de friction que les médiateurs américains, qataris et égyptiens se sont efforcés de surmonter.
Les chefs de l’establishment sécuritaire israélien ont indiqué, en privé, qu’ils seront en mesure de gérer un retrait total des soldats du couloir Philadelphi et du couloir Netzarim – au moins pendant la durée de l’accord. Ils estiment que cette concession faite au Hamas vaut la peine dans la mesure où elle permettrait de sauver les otages encore en vie avant qu’il ne soit trop tard.
Dans l’enregistrement, répondant au mécontentement exprimé par le groupe, Netanyahu affirme, pour sa part, que « je tente de parvenir à un accord qui maximisera le nombre d’otages [vivants] libérés. Je n’accepterai pas un accord pour 12 otages… parce que je laisserais là des gens malades, des personnes âgées, et qui d’autre encore ? Et vous, feriez-vous une chose pareille ?… Personnellement, je ne le ferai pas ».
On estime que 105 des 251 otages enlevés par le Hamas le 7 octobre se trouvent toujours à Gaza, y compris les corps de 34 otages dont le décès a été confirmé par l’armée.
Les otages avaient été enlevés le 7 octobre – alors que des milliers de terroristes placés sous la direction du Hamas avaient franchi la frontière séparant Israël de Gaza par voie terrestre, par voie aérienne et par voie maritime. Ils s’étaient livrés à un pogrom dans le sud d’Israël, massacrant près de 1 200 personnes, des civils en majorité, et kidnappant 521 personnes. Ils s’étaient livrés à des atrocités et ils avaient commis des violences sexuelles à grande échelle.
Le Hamas avait relâché 105 civils au cours d’une trêve d’une semaine qui avait eu lieu à la fin du mois de novembre, et quatre otages avaient été libérés avant cette pause dans les combats. Sept otages ont été secourus vivants par les troupes. Les corps sans vie de 30 otages ont également été retrouvés, dont trois qui avaient été tués accidentellement par l’armée alors qu’ils venaient d’échapper à leurs ravisseurs.
Le Hamas retient aussi en otage deux civils israéliens qui étaient entrés de leur propre gré dans la bande de Gaza, en 2014 et 2015 respectivement, ainsi que les dépouilles de deux soldats qui avaient été tués en 2014.
Plusieurs participants à la réunion avec le Premier ministre, vendredi, ont tenu une conférence de presse à l’issue de la rencontre. L’un d’entre eux a déclaré que Netanyahu leur avait dit qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour ramener les otages encore à Gaza sur le sol israélien. D’autres ont toutefois confié que ces échanges ne leur avaient pas donné de raison d’être optimistes.
Ella Ben Ami, dont la mère Raz Ben Ami avait été libérée pendant une trêve d’une semaine, au mois de novembre, et dont le père Ohad est encore à Gaza, a déclaré ne pas avoir été convaincue de la capacité du gouvernement à finaliser un accord sur les otages.
« Nous avons demandé au Premier ministre de nous regarder dans les yeux et de promettre qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir et si cela dépend de lui, de ne renoncer à rien avant que tous les otages soient enfin de retour ici, en vie. Nous avons reçu en réponse un hochement de tête et une confirmation. Nous demandons au Premier ministre de respecter cet engagement et de les ramener à la maison. Nous avons parfaitement conscience du fait qu’il s’agit probablement de la dernière opportunité qui nous est offerte avant d’entrer dans un conflit à grande échelle et nous voulons revoir ceux que nous aimons à nos côtés », a-t-elle dit aux journalistes.
« Personnellement, je quitte cette réunion avec le sentiment lourd et difficile que ces retrouvailles ne sont pas pour demain et j’ai peur pour la vie de mon père, pour les jeunes filles qui sont là-bas, pour tous. Avec toute la désinformation que nous pouvons entendre, nous ne savons plus ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas », a ajouté Ben Ami.
Lazar Berman et Jacob Magid ont contribué à cet article.
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