La session d’hiver de la Knesset a débuté lundi dans une frénésie amère de querelles internes autour des difficultés posées par les accusations de corruption à l’encontre du Premier ministre Benjamin Netanyahu et des efforts livrés par ce dernier pour s’en défaire.

Objet depuis plusieurs mois de différentes enquêtes en raison de son acceptation présumée d’un grand nombre de cadeaux de la part d’amis puissants et de la négociation supposée d’un accord de compromis passé avec l’éditeur du plus grand journal du pays, Netanyahu a essayé toutes les tactiques possibles pour détourner, nier et dissimuler. La presse, la police, les tribunaux – tous – ont été pris pour cible en raison de leur prétendue perfidie.

Lors des rassemblements organisés en sa faveur, il a fulminé contre « la gauche et les médias » – affirmant que les deux sont « identiques » – et à l’origine, selon lui, de ses malheurs, suggérant que des bataillons de journalistes politiquement engagés tentaient de forcer une police velléitaire et accessoirement aussi les procureurs de l’Etat à l’inculper.

Il a cherché à saper le chef de la police (qu’il a lui-même nommé) en déplorant un « tsunami » de « fuites illégales » émanant des enquêtes de corruption. Les membres de la Knesset qui lui sont loyaux entachent depuis longtemps le système judiciaire qui, selon eux, se montre à dessein excessivement interventionniste et politiquement biaisé.

Et à présent, son attention s’est tournée vers le corps législatif. Alors que la Knesset reprend ses activités, les membres du Likud travaillent sur une loi qui interdirait de mener une enquête sur un Premier ministre en exercice. Bien entendu, insistent-ils, une telle loi ne s’appliquerait pas rétroactivement – ce qui signifie que Netanyahu ne bénéficierait pas lui-même de ces dispositions. A moins que – ou jusqu’à ce que – cette législation soit amendée au cours de son parcours à la Knesset ou que de nouveaux soupçons émergent sur Netanyahu. Surnommez-la donc « la loi pour sauver Netanyahu », s’est esclaffé lundi le député de l’opposition Yoel Hasson.

Certaines versions préliminaires de ce projet de loi qui ne cesse d’évoluer comprennent une disposition stipulant une nouvelle limite de mandature au poste de Premier ministre – pour faire passer la pilule. Il sera dorénavant impossible de lui faire subir un interrogatoire pour corruption, établit le projet – mais tant pis, il ne restera pas à ce poste éternellement. A moins que – ou jusqu’à ce que – cette clause soit amendée.

Il est certain que Netanyahu ne restera pas à ce poste éternellement. A l’âge de 68 ans, le Premier ministre israélien resté le plus longtemps en exercice après David Ben-Gourion n’est plus tout jeune. Mais il est en bonne santé et il ne montre aucun désir de se retirer.

Et comme presque tous les Premiers ministres en Israël, au contraire, il semble être devenu de plus en plus convaincu que le bien-être de l’état d’Israël et ses propres réussites politiques sont inextricablement liés, et que le pays se retrouverait dans un péril existentiel si quelqu’un d’autre que lui-même devait en prendre la barre. Mais ce qu’il ne faut toutefois pas négliger, c’est qu’une proportion considérable de gens dans l’opinion publique partage, à l’évidence, au moins partiellement ce sentiment. On peut présumer que sinon, on ne continuerait pas à l’élire.

Netanyahu n’est pas particulièrement aimé par un grand nombre d’Israéliens. Mais les meilleurs sondages – les élections générales que nous organisons – continuent de nous montrer qu’il y a suffisamment d’Israéliens qui estiment qu’il a plus de capacités que ses éventuels rivaux à conserver ce pays relativement sûr, stable et supportable.

Nous avons besoin d’une défense vigoureuse de nos systèmes de contrôle et des équilibres qui ont permis à notre démocratie naissante de prospérer

Il est immonde que Netanyahu tire ainsi dans toutes les directions contre les institutions déterminantes et vitales pour notre démocratie.

Il est profondément troublant que le Premier ministre se trouve ainsi sous ce lourd nuage de soupçons de corruption. Il est le symbole présumé au sommet de la hiérarchie d’une ère de corruption dévastatrice dans le pays. Le vieil adage sur le pouvoir corrupteur reste connu et largement utilisé. Parce qu’il est juste.

En réponse, il faut une défense vigoureuse des systèmes de contrôle et des équilibres qui ont permis à notre démocratie naissante de survivre et de prospérer de manière si remarquable à travers des décennies de défis – de manière unique dans une région plongée dans l’ignorance.

L’idée de limites imposées au mandat de Premier ministre mérite les louanges. Et il n’est pas surprenant que cette notion soit souvent débattue actuellement, durant cette ère Netanyahu marquée par les clivages. Si le pouvoir corrompt, alors le pouvoir absolu corrompra de manière absolue. Mais pourquoi est-ce que les citoyens ne devraient pas être autorisés à continuer à élire le même leader à leur tête si c’est lui qu’ils veulent voir aux rênes du pays ? Cela a pourtant bien fonctionné en Israël jusqu’à maintenant, n’est-ce pas ?

En même temps, pourtant, nous ne devrions pas être en train de contraindre et de remanier d’autres composantes qui se trouvent au coeur de notre démocratie. La police doit avoir la liberté de faire son travail, sans qu’aucun citoyen –
et cela inclut absolument un Premier ministre en exercice – ne puisse se trouver hors de sa portée et au-dessus de la loi. Et elle doit non seulement avoir la liberté de faire son travail, mais elle doit aussi avoir un accès correct aux ressources qui lui permettront de faire son devoir de manière efficace. Et c’est pour cela aussi que les tribunaux doivent avoir la capacité de fonctionner avec compétence et de façon indépendante, grâce à la préservation de la formule prouvée de nomination des magistrats.

L’harmonie parfaite entre les branches de l’autorité ne pourra jamais être atteinte. Mais le développement en toute bonne foi de ces relations complexes est impératif.

Ces composantes essentielles ont vu dans le passé un Premier ministre, Yitzhak Rabin, démissionner de ses fonctions dans les années 1970 et un autre, Ehud Olmert, contraint à abandonner son poste et finalement condamné et emprisonné pour corruption. Elles ont vu d’autres chefs de gouvernement – notamment Ariel Sharon – faire l’objet d’enquêtes extensives et qui ont en fin de compte pu continuer à assumer leur mission.

Le système peut ne pas être parfait mais il a prouvé sa viabilité. Et il doit être protégé contre les étroites et transparentes motivations politiques de ceux qui cherchent dorénavant à le « réformer ».