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5 ans après avoir conduit le Labour au désastre, Corbyn est de retour, mais pas seul

Le politicien anti-Israël connu pour son refus obstiné de répondre à une enquête sur l'antisémitisme lance un nouveau parti d'extrême gauche avec Zarah Sultana ; selon les experts, il pourrait bien faire plus de bruit que de mal

Montage photos (de gauche à droite) : Jeremy Corbyn, ancien chef du parti Labour, participant à une manifestation anti-Israël, à Londres, le 17 février 2024 ; Zarah Sultana, alors députée Labour de Coventry South, arrivant pour une interview avec la BBC, à Londres, le 21 juillet 2024. (Crédits : Alberto Pezzali/AP ; Benjamin Cremel/AFP)
Montage photos (de gauche à droite) : Jeremy Corbyn, ancien chef du parti Labour, participant à une manifestation anti-Israël, à Londres, le 17 février 2024 ; Zarah Sultana, alors députée Labour de Coventry South, arrivant pour une interview avec la BBC, à Londres, le 21 juillet 2024. (Crédits : Alberto Pezzali/AP ; Benjamin Cremel/AFP)

En décembre 2019, Jeremy Corbyn a conduit le parti travailliste britannique (Labour Party) à sa pire défaite électorale depuis près d’un siècle.

Moins d’un an plus tard, la réponse sans remords de Corbyn à une enquête sur l’antisémitisme au sein du parti sous sa direction a conduit son successeur, Keir Starmer, à exclure le parlementaire chevronné d’extrême gauche des rangs des députés Labour, après avoir remporté le poste de Premier ministre.

Cependant, ceux qui se réjouissaient de la fin de la carrière politique de Corbyn, 76 ans, ont été pris de court.

Lors des élections générales de juillet 2024, il a facilement conservé son siège de député du nord de Londres en tant qu’indépendant.

Et le mois dernier, Corbyn a annoncé la création d’un nouveau parti populiste de gauche qui risque de causer d’autres maux de tête électoraux à Starmer, dont la cote de popularité s’est effondrée alors que le Labour plonge dans les sondages.

Corbyn s’en prend au parti qu’il a autrefois dirigé et place son hostilité historique envers Israël au cœur de son message.

L’ancien leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn, lors d’une manifestation dans le centre-ville de Londres, le 11 mars 2023. (Crédit : Susannah Ireland/AFP)

« Le Labour n’a pas réussi à apporter le changement que méritait le peuple britannique », a-t-il écrit dans un article publié dans le journal The Guardian, après avoir annoncé la création de son nouveau parti.

« Refuser d’abandonner le plafonnement des allocations familiales à deux enfants. Retirer l’aide aux personnes en situation de handicap. Apporter un soutien politique et militaire à Israël alors que des Palestiniens affamés sont abattus dans la rue. Depuis son élection, ce gouvernement n’a cessé d’infliger souffrances et injustices dans le pays et à l’étranger. »

Corbyn partage la direction du parti avec Zarah Sultana, une jeune députée musulmane qui partage ses opinions politiques d’extrême gauche et anti-Israël. Élue à la Chambre des communes en 2019, Sultana a été suspendue du parti travailliste au Parlement l’été dernier pour s’être opposée au nouveau gouvernement lors d’un vote sur les politiques sociales. Elle a officiellement démissionné du Labour le mois dernier.

Corbyn et Sultana ont également obtenu le soutien de l’Independent Alliance, un groupe composé de six députés anti-Israël qui a arraché quatre sièges à forte majorité musulmane au Labour lors des élections générales et qui a failli faire tomber plusieurs proches alliés de Starmer, dont le ministre de la Santé, Wes Streeting, et la ministre de la Justice, Shabana Mahmood.

La députée Zarah Sultana arrivant pour une interview avec la BBC, à Londres, le 21 juillet 2024. (Crédit : Benjamin Cremel/AFP)

Le nouveau parti n’a pas encore de nom. Sultana dit préférer « La Gauche » ou « Le Parti de gauche », mais le binôme a promis que ce serait aux partisans de décider.

Alors que Corbyn et Sultana se lancent dans une tournée nationale et prévoient une conférence annuelle cet automne, leur nouveau projet fait déjà des vagues sur la scène politique.

Plus de 600 000 personnes se sont inscrites, même si la liste des partisans ne correspond pas à celle des membres cotisants. De plus, selon certaines sources, notamment Sky News, cette initiative bénéficie d’un soutien particulièrement fort à Londres, dans le nord-ouest de l’Angleterre, ainsi que dans le Yorkshire et le Humber.

Un sondage réalisé avant l’annonce de lancement indiquait qu’un parti de gauche dirigé par Corbyn remporterait 10 % des voix. Sans surprise, la plupart de ses soutiens proviennent du Labour et du parti écologiste (Green Party). Selon ce sondage, la baisse du soutien au Labour permettrait au parti populiste de droite Reform UK d’accroître son avance sur Starmer, passant de quatre à sept points.

Ce sondage a également révélé que le nouveau parti arriverait en tête des intentions de vote chez les jeunes électeurs de 18 à 26 ans, avec 29 % des suffrages. Chez les électeurs plus âgés, l’attrait de Corbyn est toutefois limité : seuls 4 % des plus de 60 ans se disent prêts à soutenir un parti dirigé par ce dernier. Avec un taux d’approbation de +18 chez les jeunes Britanniques, Corbyn devance largement le Premier ministre, qui affiche un taux de -30 dans cette même tranche d’âge.

Selon Sultana, le parti pourrait remporter entre 20 et 25 % des voix et disposerait d’un réservoir de voix potentiel : un sondage YouGov montre en effet que près d’un quart des électeurs britanniques se réjouissent de son émergence, tandis qu’un autre sondage du même institut révèle que 18 % d’entre eux envisageraient de voter pour un nouveau parti de gauche dirigé par Corbyn. Ce chiffre monte à 36 % chez les électeurs de 18 à 24 ans et à 29 % chez les électeurs londoniens.

Alors que Corbyn s’apprête à affronter son premier défi électoral majeur lors des élections locales du printemps prochain, certains médias indiquent que le nouveau parti aurait déjà obtenu le soutien d’environ 200 conseillers municipaux. Le parti a également dévoilé l’identité du premier conseiller municipal à avoir quitté le Labour pour le rejoindre.

En pleine élection de son nouveau dirigeant, le parti écologiste, qui adopte une position très anti-Israël, semble divisé sur la réponse à apporter.

Shawan Jabarin (à gauche), accusé par le Shin Bet d’appartenir au groupe terroriste du Front populaire pour la libération de la Palestine, et directeur d’Al-Haq, une ONG palestinienne qualifiée d’organisation terroriste par Israël, saluant Jeremy Corbyn (à droite), devant le Royal Courts of Justice, dans le centre-ville de Londres, le 13 mai 2025. (Crédit : Adrian Dennis/AFP)

Zack Polanski, le jeune candidat juif non sioniste qui brigue la direction du parti écologiste, s’est déclaré « ouvert à toute collaboration avec quiconque est prêt à lutter contre la menace que représentent l’extrême droite, incarnée par le parti Reform UK, et ce gouvernement travailliste impopulaire ».

Adrian Ramsay, l’actuel chef du parti qui se présente à sa réélection, a toutefois mis en garde contre le risque que les Verts ne deviennent « le faire-valoir de Jeremy Corbyn ».

Corbyn s’est lui-même montré réticent à l’idée de s’allier au parti écologiste. Il estime qu’il ne s’agit pas d’une « organisation socialiste » et a accusé le parti de « tenter de séduire un électorat suburbain semi-conservateur ».

Le politicien qui divise

Corbyn est sans aucun doute un personnage controversé : il suscite l’adoration de ses partisans, mais aussi la haine d’une grande partie de l’électorat.

Mais ses cinq années à la tête du parti travailliste, au cours desquelles il s’est battu et a perdu deux élections générales, lui ont valu une grande notoriété.

« Tout le monde sait qui est Jeremy Corbyn, tout le monde sait ce qu’il représente. Et pour tout nouveau parti, ce n’est même pas la moitié de la bataille. C’est plutôt les trois quarts », a déclaré Robert Ford, professeur de sciences politiques à l’université de Manchester, dans les colonnes du Guardian.

« Beaucoup de gens n’aiment pas ce qu’il représente, mais cela n’a pas d’importance, car il ne vise pas tout le monde. »

L’ancien chef du parti Labour et député nouvellement élu Jeremy Corbyn s’adressant aux manifestants lors de la « Marche nationale pour Gaza » appelant à « mettre fin au génocide » et à « cesser d’armer Israël », le 6 juillet 2024. (Crédit : Justin Tallis/AFP)

Sultana n’a peut-être pas la notoriété de Corbyn, mais contrairement à son co-dirigeant, elle est jeune, très éloquente et très à l’aise sur les réseaux sociaux. Elle est en effet la personnalité politique la plus suivie sur TikTok au Parlement. Elle est également une cible privilégiée pour les insultes.

Le binôme propose une combinaison de lutte des classes au niveau national – promettant « une redistribution massive des richesses et du pouvoir », une augmentation des impôts et la nationalisation – et du gauchisme anti-Occident caractéristique de Corbyn à l’étranger.

James Schneider, fondateur du groupe d’extrême gauche Momentum, ancien proche collaborateur de Corbyn et impliqué dans la création du nouveau parti, a déclaré que celui-ci viserait à tracer « une ligne d’antagonisme claire et nette ».

« La cause de nos problèmes, ce sont les banquiers et les milliardaires. Ils sont en guerre contre nous, alors nous allons leur déclarer la guerre », a-t-il déclaré au magazine New Left Review.

Des manifestants anti-Israël, dont l’un porte un tee-shirt sur lequel on peut lire « Mort, mort à l’armée israélienne », devant la Haute Cour de Londres, le 4 juillet 2025. (Crédit : Benjamin Cremel/AFP)

Il ne fait aucun doute que la colère des électeurs de gauche et musulmans face à ce qu’ils considèrent comme la position timide de Starmer sur Gaza alimente la montée en puissance du nouveau parti. Il est révélateur que plus d’un tiers de la déclaration son lancement ait été consacré à la seule question de politique étrangère abordée : « la Palestine ».

Deux petits pois dans une cosse anti-Israël

L’hostilité de Corbyn envers l’État juif est une constante de ses quarante années au Parlement. Celle de Sultana, âgée de 31 ans, n’est pas moins intense. Pendant la campagne électorale de 2019, elle a été contrainte de présenter ses excuses après la réapparition de messages supprimés sur les réseaux sociaux, datant de 2015, dans lesquels elle disait qu’elle « célébrerait » la mort de Tony Blair, de George W. Bush et de Benjamin Netanyahu, et qu’elle soutenait la « résistance violente » des Palestiniens.

« Un jour, dans un avenir proche, ceux qui défendent Israël ressentiront la même honte et le même regret que les partisans de l’apartheid en Afrique du Sud », avait-elle également déclaré.

« Il n’est pas progressiste de défendre un État créé par le nettoyage ethnique, maintenu par l’occupation, l’apartheid et les crimes de guerre. »

Sultana, qui siégeait au sein de l’exécutif national du Young Labour et du conseil exécutif national de l’Union nationale des étudiants, a également qualifié le sionisme « d’idéologie raciste » et déclaré que les étudiants qui participaient à des « conférences et voyages sionistes » devraient « avoir honte d’eux-mêmes ».

Sultana n’a cessé de critiquer Israël au Parlement, en particulier dans le cadre du conflit actuel mené contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza. Elle a notamment demandé l’expulsion de l’ambassadrice d’Israël, Tzipi Hotovely, accusé à plusieurs reprises le gouvernement Starmer de « complicité de génocide » pour ne pas avoir interdit toutes les ventes d’armes à Israël, et affirmé qu’elle n’avait pas été réadmise au sein du groupe parlementaire parce qu’elle « défendait la Palestine ». Elle s’est également opposée à la récente décision du gouvernement de classer Palestine Action comme un groupe terroriste, publiant sur les réseaux sociaux : « Nous sommes tous Palestine Action », après l’annonce de son interdiction par le ministre de l’Intérieur.

Bon nombre de membres du Labour se réjouissent du départ de Corbyn et de ses alliés. « Le peuple britannique a clairement exprimé son rejet de la politique d’extrême gauche lors des élections générales de 2019 », a déclaré, sous couvert d’anonymat, une source juive proche du parti travailliste.

Des personnes participant à une manifestation en soutien au groupe terroriste « Palestine Action », organisée par Defend Our Juries, devant la statue de Mahatma Gandhi, sur Parliament Square, à Londres, en Angleterre, le 5 juillet 2025. (Crédit : Jeff Moore/PA via AP)

« Des extrémistes comme Corbyn et Sultana n’auraient jamais dû faire partie d’un parti de centre gauche traditionnel. Le Labour se porte mieux sans eux. »

Des pronostics mitigés pour le nouveau duo de choc

Néanmoins, la nouvelle initiative de Corbyn représente une menace potentielle pour le Labour, près d’un tiers des électeurs qui ont voté pour Starmer en juillet 2024 déclarant qu’ils envisageraient de soutenir Corbyn. Le parti travailliste craint que ce dernier ne détourne les électeurs de gauche, à l’instar de Reform UK qui a divisé les partisans de droite qui soutenaient auparavant les conservateurs.

Le leader du parti Reform UK, Nigel Farage, observe cette évolution avec délectation. « Je pense que Corbyn va attirer des électeurs », a-t-il déclaré au Sunday Times.

« Certains cercles manifestent un intérêt croissant pour le socialisme marxiste à l’ancienne, ce qui nuira au Labour. S’ils parviennent à suffisamment s’organiser et à présenter un grand nombre de candidats, cela nous aidera énormément. »

Peter Kellner, expert en sondages, estime toutefois que le nouveau parti de Corbyn ne devrait causer que des dommages limités au parti travailliste.

« Le Labour a déjà perdu environ un tiers de son soutien depuis les élections générales de l’an dernier, alors qu’il n’était déjà pas très élevé, malgré sa victoire écrasante en termes de sièges », a-t-il déclaré au Times of Israel.

« Si le parti de Corbyn s’établit et survit jusqu’aux prochaines élections, je m’attends à ce que son soutien national soit bien inférieur à 10 %, et que la majeure partie de ce soutien provienne de personnes qui ont déjà quitté le parti travailliste, principalement au profit des écologistes et des libéraux-démocrates. »

Le président américain Donald Trump (à droite) et le Premier ministre britannique Keir Starmer (à gauche) discutant à leur arrivée dans la propriété de Trump, à Balmedie, dans l’Aberdeenshire, au nord-est de l’Écosse, le 28 juillet 2025. (Crédit : Jane Barlow/Pool/AFP)

Kellner a déclaré que même si Corbyn et les quatre parlementaires anti-Israël indépendants conservaient leurs sièges, le nouveau parti ne devrait remporter « que peu, voire aucun » autre siège.

Il a toutefois mis en garde : « Même si le Labour ne perd que quelques centaines de voix supplémentaires dans ses circonscriptions marginales, il sera plus difficile pour Keir Starmer de conserver sa majorité. »

« Dans l’ensemble, le nouveau parti de Corbyn profite davantage à la droite – les conservateurs et les réformistes – qu’à la gauche, mais probablement dans une mesure modérée, à moins que les prochaines élections ne soient très serrées », a ajouté Kellner.

Patrick Diamond, professeur de politiques publiques à l’université Queen Mary de Londres, qui a travaillé à Downing Street sous les gouvernements de Tony Blair et de Gordon Brown, a également souligné que les précédents historiques n’auguraient rien de bon pour le nouveau parti de Corbyn.

Jeremy Corbyn (au centre) tenant une banderole lors de la marche « No More Austerity 2.0 » organisée par The People’s Assembly Against Austerity, dans le centre-ville de Londres, le 7 juin 2025. (Crédit : Henry Nicholls/AFP)

« Au cours des dernières décennies, il y a eu une succession de tentatives visant à créer des partis dissidents à gauche du Labour, mais ces efforts ont généralement eu peu d’impact à long terme », a-t-il déclaré, suggérant que le système électoral britannique, basé sur un scrutin majoritaire uninominal à un tour, servait de « rempart » contre l’accession des petits partis au Parlement.

Diamond estime que les partis de gauche portent également une part de responsabilité dans leur incapacité à gagner du terrain.

« Les partis dissidents de gauche sont vulnérables aux divisions idéologiques et survivent donc rarement », a-t-il déclaré.

« Ces partis savent clairement ce qu’ils rejettent – le parti travailliste traditionnel – mais ils sont beaucoup moins clairs sur ce qu’ils défendent. »

« Il y a peu de raisons de croire que le nouveau parti lancé par Jeremy Corbyn et Zarah Sultana obtiendra des résultats différents cette fois-ci », a ajouté Diamond.

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