À New York, les défenseurs des otages se sont dit au revoir au dernier rassemblement
Au bout de deux ans, les manifestations de Central Park se sont terminées dans les larmes ; les militants souhaitent profiter des infrastructures et des bonnes énergies pour d'autres causes
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NEW YORK — Ellen Muss, militante juive new-yorkaise, a participé à tous les rassemblements en faveur des otages de Gaza pendant plus de deux ans, en y apportant souvent des bricks de lait sur lesquelles s’affichent le visage des « personnes disparues ».
Dimanche dernier, Muss et d’autres défenseurs des otages se sont retrouvés une dernière fois à Central Park, par des températures glaciales et sous la neige, au milieu d’enfants vêtus de combinaisons de ski. Un peu moins d’une semaine avant cela, la dépouille de Ran Gvili, le dernier otage, avait été retrouvée à Gaza.
« Nous ne pensions pas que ce jour arriverait, qu’il n’y aurait plus d’otages à Gaza », confie Muss en faisant ses adieux à ces manifestations. « On est là depuis le début, chaque dimanche : c’est un réel soulagement. »
Le groupe d’activistes a continué de se réunir chaque semaine dans le parc alors même que le Forum israélien des otages et des proches de disparus avait mis un terme à ses activités, fin décembre dernier, un peu plus de deux mois après le retour des derniers otages vivants.
Le rassemblement de dimanche dernier est le dernier chapitre, en demi-teintes, de ce groupe qui a vécu tous ces événements émouvants et s’est constitué en une véritable communauté suite au pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023. Mais tous n’entendent pas se dire au revoir : quelques-uns espèrent bien utiliser les bonnes énergies de ces rassemblements pour d’autres causes.
À New York, les actions en faveur des otages ont commencé juste après l’attaque du 7-Octobre, l’effroyable carnage dans le sud d’Israël et l’enlèvement de 251 personnes. Les actions en faveur de la libération des otages ont permis de fédérer la quasi-totalité de la communauté juive de New York, dont près d’un million de membres se déchirent régulièrement autour de questions politiques ou religieuses.
Il est arrivé que les rassemblements organisés à Central Park ou ailleurs dans New York réunissent des milliers de participants, parfois en présence d’ex-otages et de leurs proches, sans oublier des responsables de la communauté juive et des élus.
Lorsque le Forum des otages a cessé ses activités, à la fin de l’an dernier, la responsable israélienne Barbara Bezalel a pris contact avec des manifestants new-yorkais et dit son intérêt pour garder les rassemblements de Central Park tant qu’il y aurait un otage tué à Gaza.
« Nous sentions qu’il fallait continuer », témoigne-t-elle. « Le groupe a jugé qu’il fallait tenir bon et montrer qu’il fallait compter avec lui, pour rappeler que, oui, il restait encore un otage, oui, quelqu’un manquait encore à l’appel, car oui, nous nous étions engagés à rester là jusqu’au retour du dernier otage. »
À la toute fin, à Central Park, des dizaines de personnes se sont retrouvées dimanche, au point de rendez-vous habituel, dans l’Upper West Side. (Le rassemblement prévu la semaine passée, suite au rapatriement du corps de Gvili, avait dû être annulé à cause d’une tempête de neige.) Ils tenaient dans leurs mains des pancartes sur lesquelles s’étalait le visage de Gvili mais aussi des drapeaux israéliens et des étoiles de David noués ensemble avec un ruban jaune, le symbole des otages, ou encore des bonnets revêtus des symboles du Forum des otages. Les gens étaient venus de Manhattan, du Queens et de Brooklyn, mais aussi de Long Island et Teaneck, dans le New Jersey.
Le rassemblement s’est terminé sur l’hymne d’Israël, Hatikvah.
"Hatikvah" at the last hostages rally in Central Park welcoming the return of Ran Gvili, after more than two years of weekly gatherings pic.twitter.com/jUodX6YwqC
— Luke Tress (@luketress) February 1, 2026
Lors de ce rassemblement, les manifestants ont fait part de leurs émotions, mélange de soulagement, avec le retour des otages, mais aussi de tristesse à cause des morts, sans oublier leur gratitude envers la communauté.
« Toutes ces personnes ont fait preuve d’un grand dévouement tout ce temps-là, d’une extrême attention et d’un très grand cœur, toujours présents pour se recueillir, quelle que soit la météo. Ils ont ma profonde admiration », confie Joan Roth, 83 ans, une fidèle du mouvement. « Nous sommes tous devenus très proches, nous nous aimons et nous admirons, tout simplement. »
« Je suis soulagée, mais ce n’est pas fini. La douleur est la même pour les familles qui ont perdu un être cher. Une fois l’agitation retombée, il leur faut continuer à vivre malgré l’absence de leurs proches disparus », souligne Nira Bendor, une militante de l’Upper West Side née en Israël.
« Je n’ai pas le sentiment que tout soit bel et bien fini », ajoute Roth. « Je suis toujours inquiète ; j’espère qu’il n’y aura plus jamais d’otages. »
Bezalel explique être allée sur la Place des Otages, à Tel Aviv, pour écouter la sœur de Hadar Goldin, soldat dont le corps a été détenu par des terroristes à Gaza pendant 11 ans avant d’être retrouvé en octobre dernier. Ayelet Goldin a dit face à la foule qu’elle avait eu « peur qu’il n’y ait personne sur la Place. »
« Ça m’a beaucoup touchée. Et quand j’ai appris que Ran avait enfin été rapatrié, cela m’a beaucoup émue. Nous avions fait une promesse et nous l’avons tenue », affirme Bezalel, sans voix. « Sachant ce qui s’est passé avec Hadar Goldin, il est clair qu’on ne pouvait pas laisser encore passer 10 ou 12 ans. »
« Nous avons joué un petit rôle dans tout ceci, mais nous avons tenu notre partition. Je suis très reconnaissante à tout le monde », ajoute-t-elle.
Les manifestants ont également fait leurs adieux aux militants aux côtés desquels ils ont, pendant plus de deux ans, pris part aux rassemblements. Muss explique avoir retrouvé une vieille amie de fac et s’être fait de nouveaux amis lors de ces rassemblements, sans compter que cela lui permis de passer du temps, chaque week-end, avec son frère et sa belle-sœur.
« Nous voulons rester ensemble », confie Bendor en faisant un parallèle entre la dissolution du groupe et l’effet déstabilisant, pour les Israéliens, de la fin du service militaire. « C’est difficile de laisser cette histoire derrière nous parce que cela a duré plus de deux ans et que nous formons désormais une communauté. »
« C’est une communauté, une communauté étrange, mais c’est une communauté, et je crois qu’aujourd’hui plus que que jamais, les gens ont soif de communautés », affirme-t-elle.
Dimanche, à la fin du rassemblement, au moment de partir, nombre de manifestants se sont promis de se revoir. Un groupe a quitté les lieux pour aller déjeuner au Edgar’s Cafe, un restaurant tout proche.
Bezalel explique que, depuis le début de la guerre, sa vie a « presque totalement tourné » autour de son engagement en faveur des otages, des rassemblements à la rédaction de courriers pour les membres du Congrès ou la Maison Blanche, en passant par des déplacements à Washington, DC.
Si ces actions sont bel et bien derrière elles, elle entend bien, comme d’autres militants, rediriger toute cette énergie vers de nouvelles causes.
« Continuez à agir, à vous battre, découvrez ce qui est vraiment important, pour vous, en ce moment, surtout en tant que Juif », ajoute-t-elle.
« On dirait que cela ne fait qu’empirer », avance-t-elle en parlant de l’antisémitisme.
« J’espère que tout le monde va rester positif et que la communauté juive va rester unie, sans se laisser gagner par les divisions politiques. Cela reste à voir », estime Muss.
Le réseau de défense des otages de New York est né d’une campagne contre la refonte judiciaire israélienne qui a émergé début 2023. Le projet de réforme de la justice israélienne a déclenché des manifestations sans précédent au sein de la communauté juive new-yorkaise ainsi qu’en Israël, les organisateurs créant un vaste réseau d’activistes reliés par des groupes WhatsApp.
Après l’attaque du 7-Octobre, ce réseau s’est immédiatement tourné vers le soutien à Israël et la défense des otages. Bendor explique qu’elle a commencé par manifester contre la refonte judiciaire avant de se diriger vers les manifestations en faveur des otages, se chargeant de transporter le matériel nécessaire.
Certains manifestants redirigent cette énergie et leur réseau pour servir la cause de la communauté juive.
Elisha Fine est l’un des organisateurs d’un nouveau groupe appelé Hineni – ce qui veut dire « Me voici » en hébreu – pour lequel il a recruté des membres lors du rassemblement du dimanche. Ce projet est l’œuvre de Shai Davidai, un ancien professeur de l’Université Columbia qui s’est fait connaître en manifestant contre l’université.
« Ce qui est né de tout cela, de ce rassemblement, c’est un véritable incubateur », explique-t-il. Avec d’autres militants, il a imprimé des autocollants en faveur des otages, ce qui est venu s’ajouter au collage d’affiches pour les otages dès le début de la guerre. Il estime à 400 000 le nombre d’autocollants distribués lors des rassemblements ou envoyés par la poste.
Hineni a connu un moment décisif, le mois dernier, explique Fine, lorsque les employés de la boulangerie Breads Bakery, qui appartient à des Israéliens, se sont mobilisés pour exiger que l’entreprise cesse de « soutenir le génocide », invoquant des infractions telles que la participation à un festival de cuisine juive. Hineni a lancé un appel pour soutenir Breads Bakery dans l’Upper West Side, et des centaines de personnes ont répondu à l’appel.
Le groupe a commencé à organiser des événements chaque semaine, comme des communications politiques télévisées contre les socialistes ou l’extrême gauche anti-Israël ou une visite au Musée du patrimoine juif pour une exposition sur Arthur Szyk, un artiste juif antifasciste du XXe siècle.
« Les gens ont besoin d’un endroit où concentrer » leur énergie militante, maintenant que les rassemblements en faveur des otages sont terminés, résume Fine. « Tout évolue très vite parce que nous nous capitalisons sur l’énergie qui est déjà là pour construire le futur. »
Fine, qui est à l’origine d’un groupe appelé Sticker Campaign, distribue des autocollants avec des messages positifs comme « Faîtes l’amour, pas intifada » ou encore « Les punks contre l’antisémitisme ». Nombre de ces slogans sont inspirés de chercheurs comme Adam Louis-Klein ou Naya Lekht, selon lesquels l’anti-sionisme est une nouvelle forme de la haine des Juifs, une idéologie qui, de surcroît, ne cesse de gagner du terrain.
Fine a pris part au rassemblement de dimanche en compagnie de son golden retriever, Punum, qui l’accompagne à chacune de ses manifestations et était, pour l’occasion, emmitouflé dans sa veste contre le froid. Il est passé devant un poteau, à l’entrée du parc, recouvert d’autocollants délavés en faveur des otages.
« Cela fait deux ans que nous collons des choses sur ce poteau, c’est une sorte de monument maintenant », conclut-il.
Avant de partir, il a collé au-dessus des autocollants pro-otages un nouvel autocollant représentant l’ex-Première ministre Golda Meir, ainsi qu’un autre, orné de cœurs et revêtu de l’inscription « Sioniste ».
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