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Antisémitisme : Démission du président du plus grand centre artistique de Grande-Bretagne

Misan Harriman, du Southbank Centre, assure que son départ était prévu bien avant la controverse suscitée par ses écrits controversés sur les réseaux sociaux

Misan Harriman, à gauche, lors d'une manifestation organisée par l'ONG Choose Love Europe devant le Parlement à Londres, le 29 mai 2025. (Photo par Justin TALLIS / AFP)
Misan Harriman, à gauche, lors d'une manifestation organisée par l'ONG Choose Love Europe devant le Parlement à Londres, le 29 mai 2025. (Photo par Justin TALLIS / AFP)

JTA — Le président de la plus grande institution artistique du Royaume-Uni quittera ses fonctions cet automne, après des mois de controverse liée à des rumeurs d’antisémitisme et à son activité sur les réseaux sociaux au sujet d’Israël.

Misan Harriman, 48 ans, président du Southbank Centre, un établissement public situé dans le centre de Londres, a officiellement fait savoir cette semaine qu’il ne solliciterait pas de nouveau mandat.

Dans une publication sur les réseaux sociaux qui a été supprimée depuis, Harriman a écrit lundi que son départ était prévu depuis longtemps. « C’est un secret de polichinelle que mon mandat touche à sa fin », a-t-il déclaré, selon The Guardian. « J’avais décidé bien avant cette folie que j’allais faire deux mandats. »

Il a ajouté : « Je suis arrivé tout de suite après le COVID, j’ai fait deux mandats et je passe le relais au prochain président. Nous saurons tout cela en temps voulu : bien sûr, je le soutiendrai. »

Le Southbank Centre, qui accueille des millions de visiteurs par an, dit avoir été informé de la décision de Harriman en début d’année.

« Misan a confirmé à la vice-présidente, en janvier dernier, qu’il ne solliciterait pas de troisième mandat et qu’il quitterait ses fonctions à l’automne 2026. Les travaux en vue de sa succession sont en cours », a indiqué le Centre à la Jewish Telegraphic Agency, en évoquant des informations qui seront confirmées au mois de juillet prochain.

En mai dernier, plus de 64 députés et pairs avaient écrit à la Secrétaire à la Culture, Lisa Nandy, pour demander au gouvernement d’ouvrir une enquête sur les agissements de Harriman, s’inquiétant du fait que ses propos publics « n’ont pas fait l’objet d’un examen suffisant, compte tenu notamment de leurs implications pour la confiance du public et de la communauté » envers une institution qui est financée de la poche des contribuables.

Nandy a plus tard confirmé que la Charity Commission et l’Arts Council England examinaient les plaintes, en plus de l’enquête interne du Southbank Centre.

Les services de Nandy ont fait savoir à la JTA qu’elle avait « demandé à des responsables de se mettre en contact avec le Southbank Centre, l’Arts Council et la Charity Commission sur ce point», tout en notant que le Southbank Centre menait sa propre enquête.

Le Centre a déclaré à la JTA : « Comme pour toute allégation ou préoccupation concernant un membre de notre personnel, nous mettons en oeuvre avec la plus grande attention les procédures internes qui s’imposent, conformément à nos obligations en matière de gouvernance. »

Photographe et militant social auto-proclamé, Harriman s’était fait un nom en 2020 en photographiant une manifestation des Black Lives Matter à Londres. Il est à la tête du Southbank Centre depuis 2021, mais cela ne fait que quelques mois qu’il fait l’objet d’une surveillance accrue en raison de ses commentaires publics et sur les réseaux sociaux – Il a notamment qualifié Israël de « puissance occupante » et il a accusé l’État juif de génocide, au grand dam des autorités israéliennes.

De gauche à droite, l’écrivain Wale Davies, Misan Harriman et le réalisateur Akinola Davies Jr. à leur arrivée pour la projection du film « My Father’s Shadow » le 6 février 2026, à Londres. (Photo de Millie Turner/Invision/AP)

En avril dernier, lorsque deux hommes juifs avaient été poignardés dans le quartier juif orthodoxe de Golders Green, à Londres, Harriman avait publié un message sur les réseaux sociaux au sujet d’une troisième victime musulmane. Il avait alors écrit : « Attendez, il y a donc eu une 3e victime le MÊME JOUR, une victime musulmane ?! Et notre presse n’en parle pas ? Même la police métropolitaine n’a pas mentionné la victime musulmane dans son message sur X ?! Que se passe-t-il @metpolice_uk ? »

La victime musulmane avait en fait fait l’objet d’une couverture médiatique : l’attention portée aux victimes juives avait relevé des intentions de l’agresseur présumé, des intentions qui étaient ouvertement antisémites.

Suite aux bons résultats qui avaient été remportés par Reform UK aux élections locales du 7 mai dernier, Harriman avait partagé une publication qui, selon les critiques, comparait le succès de ce parti aux événements ayant conduit à la Shoah. Cette publication avait poussé le député de Reform UK Robert Jenrick à répondre sur X : « Comparer les millions de personnes qui ont voté pour Reform jeudi aux nazis est répugnant. »

Le Centre n’a pas répondu à la demande d’information concernant le rôle que la polémique autour de l’antisémitisme a pu jouer dans sa démission.

Les services de Harriman ont renvoyé la JTA à un article de New World qui évoquait l’« indignation fabriquée de toute pièce » contre Harriman, dans la mesure où il avait d’ores et déjà pris la décision de démissionner avant les rumeurs d’antisémitisme. L’article notait également que Harriman avait condamné les attaques de Golders Green dans une publication sur les réseaux sociaux.

Le Southbank Centre et le London Eye, à Londres, le 14 mars 2024. (AP Photo/Alberto Pezzali)

Les services de Harriman ont par ailleurs envoyé un lien vers l’une des photos prises par Harriman, et ainsi légendée : « Nos frères et sœurs juifs sont de sortie avec nous en masse » avec des personnes portant des banderoles « Juifs anti-sionistes » et « Bloc juif pour la Palestine ».

Harriman a reçu le soutien de nombreux militants et artistes de tout premier plan, lesquels ont signé en mai dernier une pétition de The Good Law Project accusant les médias de droite de mener une campagne de dénigrement envers Harriman. Les signataires de cette pétition comptaient dans leurs rangs la militante Greta Thunberg, les acteurs Aimee Lou Wood, Mark Ruffalo et Susan Sarandon, le réalisateur Yorgos Lanthimos et le journaliste Mehdi Hassan.

À la suite de l’annonce de Harriman, la Campaign Against Antisemitism a salué sa décision en écrivant sur X : « La décision de démissionner prise par Harriman — selon lui depuis longtemps — est la bienvenue. Cette saga a révélé une certaine putréfaction à l’œuvre au sein du monde des arts. Nous espérons que son successeur sera plus digne que lui de ce poste. »

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