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Au Liban, les déplacés rentrent au compte-gouttes après un cessez-le-feu fragile

Dans le sud, des habitants brandissent des drapeaux du Hezbollah, rejettent tout dialogue avec Israël et affirment que la présence israélienne justifie une "résistance " active

Une famille déplacée roule dans une voiture arborant un drapeau du Hezbollah et un portrait de son chef assassiné, Hassan Nasrallah, alors qu’elle retourne dans son village à Qasmiyeh, près de Tyr, dans le sud du Liban, le 17 avril 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)
Une famille déplacée roule dans une voiture arborant un drapeau du Hezbollah et un portrait de son chef assassiné, Hassan Nasrallah, alors qu’elle retourne dans son village à Qasmiyeh, près de Tyr, dans le sud du Liban, le 17 avril 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Alors qu’un cessez-le-feu fragile entre Israël et le Liban semblait tenir vendredi matin, des habitants libanais déplacés ont commencé à rentrer chez eux au compte-gouttes pour tenter de découvrir si leurs maisons avaient été épargnées par les récents combats entre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah et Israël.

Dans le village de Jibsheet, au sud du pays, plusieurs habitants sont revenus pour retrouver des immeubles rasés et des rues jonchées de débris, entre blocs de béton, volets en aluminium tordus et fils électriques pendants.

« Je me sens libre d’être de retour », confie Zainab Fahas, 23 ans. « Mais regardez, ils ont tout détruit : la place, les maisons, les magasins, tout. »

Les dernières hostilités ont débuté par des frappes du Hezbollah contre Israël, menées en soutien à la République islamique d’Iran, après une attaque conjointe des États-Unis et d’Israël visant à dégrader les capacités nucléaires du régime iranien.

Dans la banlieue sud de Beyrouth, à Haret Hreik, Ahmad Lahham, 48 ans, brandit un drapeau jaune du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah au sommet d’un amoncellement de décombres qui était autrefois son immeuble ; le bâtiment abritait également une succursale de la branche financière du Hezbollah, Al-Qard Al-Hassan.

Selon lui, ce sont les pressions exercées par la République islamique d’Iran dans ses négociations avec les États-Unis qui ont permis d’aboutir au cessez-le-feu. Il condamne par ailleurs les pourparlers directs entre le Liban et Israël.

« Seuls les Iraniens nous ont soutenus, personne d’autre », dit-il avec force, qualifiant les dirigeants libanais de « dirigeants de la honte ».

Un homme inspecte les dégâts d’un immeuble détruit à Dahiyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 17 avril 2026, à la suite d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. (Crédit : Bilal Hussein/AP)

Non loin de là, Ali Hamza explique qu’il vient juste d’inspecter sa maison « et, Dieu merci, le bâtiment n’a pas été touché ».

Il ajoute néanmoins que « les gens ont peur de revenir s’installer ici, et il est impossible de vivre dans ces conditions, avec ces odeurs. Un retour complet est difficile pour le moment, malgré les désagréments liés au déplacement ».

À Qasmiyeh, dans le sud du Liban, des voitures traversent un passage de fortune sur le fleuve Litani, aménagé à la hâte après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de dix jours à minuit, heure locale. Israël a détruit tous les ponts sur le Litani pendant la guerre, y compris celui de Qasmiyeh jeudi.

Des personnes déplacées font la queue en voiture pour traverser un pont réparé alors qu’elles rentrent dans leurs villages à la suite d’un cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël, à Qasmiyeh, près de Tyr, dans le sud du Liban, le 17 avril 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Trois bulldozers, sous la supervision de l’armée libanaise, ont travaillé dès l’aube pour combler le cratère laissé par le bombardement.

Dès que le passage a été praticable, des motos puis des voitures ont commencé à traverser en file indienne, certaines klaxonnant en signe de joie et agitant des drapeaux jaunes du Hezbollah.

À 9 heures, l’autoroute reliant les villes de Sidon et de Tyr, dans le sud du pays, est embouteillée sur des kilomètres, avec des dizaines de milliers de véhicules se dirigeant vers le sud, souvent chargés de matelas, d’ustensiles de cuisine et de couvertures.

Des bulldozers de l’armée libanaise reconstruisent une partie d’un pont détruit lors d’une frappe aérienne israélienne à Qasmiyeh, près de Tyr, dans le sud du Liban, le 17 avril 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Ghufran Hamzeh, qui attend au pont de Qasmiyeh avec son fils, vient de Beyrouth.

« Quand nous avons fui, le trajet a duré 16 heures, et aujourd’hui c’est la même chose », déclare-t-elle. « Mais cela n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est que nous retournons dans notre village et sur nos terres. »

« Je ne sais pas si ma maison est détruite ou non », ajoute-t-elle. « Si elle l’est, cela ne change rien. Je planterai une tente devant et j’y resterai. »

Assise sur un morceau de métal tordu, sur un asphalte jonché de débris du pont bombardé, elle sourit tandis que les bulldozers s’affairent.

« Ils ont dit que la trêve durerait dix jours, mais si la situation le permet, nous resterons et nous ne quitterons plus jamais nos terres. »

Des habitants déplacés célèbrent leur retour dans leurs villages à la suite d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, à Zefta, dans le sud du Liban, le 17 avril 2026. (Crédit : Hassan Ammar/AP)

Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi le cessez-le-feu entre les gouvernements du Liban et d’Israël. Le gouvernement libanais est en profond désaccord avec le Hezbollah, au sujet de son entrée en guerre, et cherche depuis un an à obtenir son désarmement par des moyens pacifiques.

Dans la ville de Nabatieh, largement détruite, au sud du pays, certains habitants de retour déclarent, sur un ton de défi, qu’ils vont rester. D’autres estiment qu’il n’y a plus rien pour eux là-bas.

« Tout est détruit et c’est invivable. Invivable. Nous prenons nos affaires et nous repartons », s’exclame Fadel Badreddine, venu avec sa femme et son jeune fils. « Que Dieu nous apporte le soulagement et mette fin à tout cela de façon permanente, pas temporaire, afin que nous puissions retourner dans nos maisons et sur nos terres. »

Trump a indiqué que le Liban et Israël travailleraient à un accord à plus long terme et il a affirmé que le Liban avait accepté de « s’occuper du Hezbollah ».

Le Premier ministre Netanyahu a déclaré jeudi qu’il n’avait pas accepté la demande du Hezbollah de retirer les forces de Tsahal du sud du Liban et qu’il maintiendrait une vaste « zone de sécurité » jusqu’à la frontière avec la Syrie.

Le Hezbollah estime qu’un cessez-le-feu n’est valable que s’il empêche toute liberté d’action d’Israël au Liban. Dans un communiqué, le groupe a affirmé que la présence de troupes israéliennes sur le territoire libanais donnait au Liban et à son peuple le « droit de résister ».

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