« Crise du erouv » : le renvoi de Moché Lewin ne passe pas au sein du judaïsme français
Les dirigeants des Consistoires régionaux ont publié un communiqué (« Pas en notre nom »), d’une rare virulence pour marquer leur désaccord profond avec la direction parisienne
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L’affaire n’en finit pas de secouer le judaïsme français qui affiche sa discorde au grand jour. L’onde de choc consécutive au licenciement du Grand Rabbin Moché Lewin par le Consistoire de Paris, en dépit des tentatives d’explications de son président David Amar dans une interview pour ActuJ, dépasse désormais largement les frontières de l’Île-de-France…
Dans un contexte de tensions croissantes entre les différentes instances représentatives, les dirigeants des Consistoires régionaux ont de leur côté publié un communiqué (« Pas en notre nom »), d’une rare virulence pour marquer leur désaccord profond avec la direction parisienne.
Fortement critiquée sur les réseaux sociaux et par une partie importante de la communauté juive, ainsi que par le grand rabbin de France lui-même, Haïm Korsia, la décision de licencier Moché Lewin pour « insubordination » ne passe pas…
David Amar tente de s’expliquer
Cependant, David Amar, le président du Consistoire de Paris, récemment élu sans liste concurrente, tente bien cette semaine de dénoncer ce qu’il appelle « des contre-vérités qui l’ont poussé à répondre aux questions » d’ActuJ afin d’éclairer la position du Consistoire de Paris.
Il justifie le licenciement de Moché Lewin, salarié du consistoire de Paris, par ce qu’il décrit comme un manquement grave aux règles hiérarchiques et religieuses de l’institution.
Après avoir rappelé que les rabbins franciliens sont des salariés du Consistoire de Paris et qu’ils sont soumis de ce fait à l’autorité hiérarchique du grand rabbin de Paris ainsi qu’à l’autorité religieuse du Beth Din de Paris, David Amar estime que le grand rabbin Lewin a rompu ce lien de confiance en agissant de manière unilatérale.
S’agissant du erouv du Raincy et autour, David Amar affirme que la création d’un erouv est un acte religieux complexe qui relève de la seule compétence exclusive du Beth Din et reproche à Moché Lewin d’avoir mené ce projet avec un « rabbin extérieur », sans en informer sa hiérarchie, mettant ainsi l’institution devant le « fait accompli ».
David Amar soutient que le Consistoire et le Beth Din ont cherché pendant plusieurs mois une « issue apaisée » et ont tenté de dialoguer, affirmant que le licenciement de Moché Lewin n’avait été décidé qu’après le « refus persistant » de l’intéressé de se conformer à la position de son employeur et des autorités religieuses.
Aux accusations d’extrémisme qui lui sont opposées, notamment par des dizaines de prises de position sur les réseaux sociaux et par une pétition sur le Net qui connaît un joli succès, il répond que l’objectif est uniquement de garantir aux fidèles un cadre religieux « clair, stable et digne de confiance », s’appuyant sur des décisions rabbiniques reconnues. Il souligne que plusieurs Dayanim (juges rabbiniques) de régions ont qualifié la démarche de Moché Lewin de « faute d’une extrême gravité ».
Enfin, il déplore que ce différend interne, qu’il considère comme une affaire disciplinaire et hiérarchique, ait été porté sur la place publique, provoquant des divisions inutiles au sein de la communauté.
« … Pendant plusieurs mois, explique-t-il dans l’interview pour ActuJ, nous avons justement essayé de traiter ce sujet avec discrétion et responsabilité afin d’éviter des tensions ou des divisions inutiles au sein de la communauté. Au fond, il s’agit d’un différend entre une institution, son Beth Din, et l’un de ses rabbins salariés sur le respect d’un cadre religieux et hiérarchique. Ce type de situation devrait pouvoir être traité sans entraîner une exposition publique qui conduit chacune et chacun à devoir prendre parti. »
Les consistoires régionaux ne l’entendent pas ainsi
Dans un contexte de tensions croissantes entre les différentes instances représentatives, les dirigeants des Consistoires régionaux ont publié un communiqué d’une rare virulence marquant leur désaccord profond avec la direction parisienne.
Sous le titre explicite « PAS EN NOTRE NOM », les présidents et présidentes de la quasi-totalité des régions de France, incluant Marseille, Strasbourg, Lyon, Lille ou encore Toulouse, ont cosigné une pétition fustigeant les agissements du Consistoire de la capitale française.
Ils dénoncent ce qu’ils qualifient de « licenciement brutal » du Grand Rabbin Lewin et s’inquiètent de la dégradation de l’image de leur institution bicentenaire.
Pour ces élus régionaux, cette crise interne — illustrée également par la démission collective du conseil d’administration de la synagogue du Raincy — ne peut être perçue que comme une série de « règlements de comptes » nuisibles à l’unité du judaïsme français.
Ils affirment haut et fort leur refus d’être assimilés à des décisions qu’ils jugent non conformes à leurs valeurs et à leurs statuts, rappelant l’importance d’agir dans la sérénité et le respect de tous les fidèles.
Un conflit signifiant
Ce conflit illustre un fossé qui paraît grandissant. Tandis que David Amar affirme que sa démarche est soutenue par des personnalités religieuses d’envergure, y compris des Dayanim de régions qui auraient qualifié l’initiative du Grand Rabbin Lewin de « faute d’une extrême gravité », les signataires de la pétition régionale voient dans cette gestion une source de division inédite.
Et tandis que le Consistoire de Paris, par la voix de son Président, appelle à traiter cette affaire comme un simple différend disciplinaire interne, les régions, par leur mobilisation massive, transforment l’événement en un débat de fond sur l’identité et la gouvernance du judaïsme français, refusant de laisser l’image de l’institution être ainsi « dégradée » sur la place publique.
la Communauté du Times of Israël !







