Des pays de l’UE remettent en cause leur participation au centre de coordination de Gaza
Les diplomates évoquent une base "sans direction", "une catastrophe", sans alternative et ils contredisent Washington, à la tête de l'instance, sur le volume de l’aide parvenant dans l'enclave
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Plusieurs pays européens envisagent de ne plus mettre de personnel à disposition du centre de coordination dirigé par l’armée américaine pour Gaza, ce dernier n’étant pas parvenu à sensiblement renforcer les flux d’aide vers l’enclave dévastée par la guerre ou à provoquer des changements politiques, ont expliqué des diplomates.
Le Centre de coordination civilo-militaire a été créé en octobre dernier dans le sud d’Israël, en application du plan Trump qui était destiné à mettre fin à la guerre. Parmi ses attributions, surveiller le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, faciliter l’entrée de l’aide humanitaire et mettre en oeuvre des politiques d’après-guerre pour le territoire palestinien.
Des dizaines de pays, dont l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Égypte et les Émirats arabes unis, y ont envoyé des personnels, à commencer par des planificateurs militaires et des responsables du renseignement, de façon à peser sur les discussions liées à l’avenir de Gaza.
Mais huit diplomates étrangers ont déclaré à Reuters que depuis les vacances de Noël et du Nouvel An, les personnels de certains pays européens n’étaient pas revenus au CMCC, à Kiryat Gat, à 36 kilomètres de la frontière de Gaza. Plusieurs pays ont en effet remis en cause le rôle de ce centre, qualifié par un diplomate occidental de « dépourvu de direction ».
« Tout le monde pense que c’est un désastre, mais il n’y a pas d’alternative », a ajouté un autre diplomate occidental.
Cette remise en cause des Européens, qui n’avait pas été signalée jusque là, est le dernier signe de malaise entre Washington et ses alliés depuis que Trump mène une politique étrangère peu orthodoxe, que ce soit à Gaza, au Groenland ou au Venezuela.
Certains pays européens envisagent même de revoir à la baisse leur présence au CMCC voire de s’en retirer complètement, ont soufflé les diplomates, sans préciser de quels pays ils parlaient.
La Maison-Blanche et le Département d’État américain n’ont pas répondu à des demandes de commentaire sur la question.
Le « Conseil de paix »
Dirigé par un général américain, le CMCC se compose de militaires américains et israéliens. Sa création s’est avérée être l’un des élément clés de la première phase du plan de cessez-le-feu de Trump – un plan qui a été fragilisé par les violations présumées de l’accord par le Hamas avec, entre autres, des tentatives d’approche, par les terroristes palestiniens, des soldats stationnés du côté israélien de la Ligne Jaune à Gaza, entraînant des ripostes aériennes israéliennes.
Trump a mis en oeuvre la phase suivante de son plan, avec la mise en place d’un « Conseil de paix » qui est chargé de superviser les mesures prises à Gaza, ce qui laisse planer le doute sur le rôle du CMCC à l’avenir en matière politique ou de distribution de l’aide humanitaire.
Les diplomates ont dit ignorer dans quelle mesure la CMCC travaillera avec les organes du Conseil de paix axés sur Gaza – à commencer par son comité de technocrates palestiniens.
La semaine dernière, Washington a annoncé que le plan Trump était passé dans sa deuxième phase, avec la démilitarisation et la reconstruction de l’enclave, sans un mot sur de nouveaux retraits militaires israéliens. Un retrait partiel, au mois d’octobre dernier, a laissé 53 % de Gaza aux mains d’Israël.
En novembre dernier, Reuters avait rapporté que les partenaires des Américains craignaient que Gaza ne soit divisée, à un moment où les négociations en vue de la conclusion du plan Trump après le cessez-le-feu étaient au point mort.
L’annonce de l’entrée dans la deuxième phase n’a pas précisé les conditions de déploiement de la force multinationale de stabilisation de l’enclave.
Le poste-frontière de Rafah, entre l’Égypte et Gaza, n’a pas encore rouvert, alors même que cela faisait partie des conditions de la première phase du plan, entrée en vigueur en octobre dernier.
Israël a expliqué qu’il ne fallait pas rouvrir Rafah dans les deux sens avant le complet désarmement du Hamas et le rapatriement du corps du dernier otage israélien, le sergent-chef Ran Gvili – ce qui aurait dû être fait au titre de la première phase.
Selon les diplomates, l’aide humanitaire à Gaza a peu augmenté depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, ce qui contredit les affirmations faites par la Maison-Blanche, qui semble ignorer l’itinérance de la population et le phénomène de malnutrition.
De nombreux camions entrant à Gaza transportent en réalité des marchandises commerciales, expliquent les diplomates, et Israël reste en charge de la politique d’aide de Gaza, et ce alors que le CMCC dirigé par les États-Unis est supposé améliorer l’approvisionnement humanitaire au sein de l’enclave.
Israël interdit ou restreint l’entrée des approvisionnements à Gaza au motif qu’ils sont « à double usage » ou qu’ils pourraient être réaffectés à des fins militaires. Selon les diplomates, jusqu’à présent, Israël n’a fait aucune concession sur les biens à double usage, par exemple les poteaux métalliques des tentes qui sont utilisées par les populations déplacés.
Israël justifie sa politique d’accès à Gaza
Selon un responsable du COGAT, l’agence gouvernementale israélienne chargée de coordonner l’action civile à Gaza, 45 % des camions entrés à Gaza depuis le cessez-le-feu d’octobre dernier ont été des véhicules commerciaux transportant de la nourriture et d’autres biens de consommation courante.
L’instance a ajouté que les camions d’aide humanitaire étaient prioritaires et que les chargements commerciaux venaient la compléter. Lorsque des camions humanitaires se présentent, ils sont autorisés à entrer à Gaza, a-t-il poursuivi.
Le responsable du COGAT a admis qu’Israël continuait de refuser l’entrée des biens à double usage tout en précisant que des alternatives sont à l’étude, comme par exemple des poteaux pour tentes en bois.
Au-delà de la question de l’aide humanitaire, les huit diplomates ont signalé que les personnels du CMCC avaient rédigé plusieurs « livres blancs » sur Gaza, sur divers sujets, dont la reconstruction et la gouvernance, dont on ignore s’ils seront un jour mis en œuvre.
Il est peu probable que les pays quittent officiellement le CMCC, d’une part de crainte de s’attirer la colère de Trump et d’autre part dans le but de s’impliquer davantage si le centre devait prendre de l’importance à l’avenir, ont laissé entendre les diplomates. Sans compter la crainte de quitter le CMCC et de laisser de facto à Israël une plus grande influence sur l’après-guerre à Gaza, ont-ils souligné. Il n’y a pas de Palestiniens au CMCC et la présence d’Européens est de nature à mettre davantage l’accent sur les intérêts palestiniens.
Le plan de paix en 20 points de Trump ne donne ni calendrier ni mécanisme de mise en œuvre, et depuis le début du cessez-le-feu, en octobre dernier, plus de 460 Palestiniens auraient été tués lors de combats – un bilan impossible à vérifier et qui ne fait pas le distinguo entre civils et hommes armés.
Trois soldats de Tsahal ont été tués pendant cette période.
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