Des rabbins soutenant un État palestinien hués lors d’un rassemblement pour les otages à Londres
Deux rabbins progressistes rejettent la violence, la terreur et les souffrances des civils comme moyen d'édifier un État et disent leur sympathie pour les victimes innocentes du conflit
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JTA — Dimanche, à Londres, lors d’un rassemblement organisé en soutien aux otages détenus à Gaza, deux rabbins ont été chassés de la scène sous les huées. Mais ces huées ne provenaient pas des contre-manifestants pro-palestiniens.
Les huées visant ces responsables du judaïsme progressiste, l’équivalent britannique du mouvement réformé, provenaient en effet d’autres membres du public qui s’opposaient à leurs propos, les deux rabbins appelant à la fin de la guerre à Gaza et exprimant leur soutien à l’idée d’un État palestinien.
La rabbin Charley Baginsky, micro à la main, venait de conclure son hommage aux victimes du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël et aux soldats tués lors de la guerre qui a suivi, lorsque les organisateurs du rassemblement, secouant la tête, l’ont rejointe sur scène, accompagnés du rabbin Josh Levy.
L’un d’eux a pris le micro des mains de Baginsky, sous les huées de la foule, la réduisant au silence alors qu’elle affirmait : « Chaque vie est précieuse », selon des images publiées par le journal britannique Jewish News.
Quelques instants auparavant, Baginsky et Levy avaient exprimé leur soutien à l’idée d’un État palestinien. Ils avaient pourtant approuvé le thème de ce rassemblement, à savoir dénoncer le projet du Premier ministre britannique Keir Starmer de reconnaître un État alors que le Hamas détient toujours 50 otages à Gaza, se joignant ainsi au grand rabbin Ephraim Mirvis.
« L’idée d’un État palestinien n’est pas le problème. Le peuple palestinien, tout comme le peuple juif, a droit à l’autodétermination », ont fait savoir Baginsky et Levy dans leur discours commun. « Ce que nous rejetons, c’est la méthodologie qui tente d’imposer cet avenir par la violence, la terreur et la souffrance des populations civiles. Un État ne peut être construit sur le sang d’innocents. La paix ne pourra pas naître d’un sol imprégné de terreur. »
En comparant le discours préparé et la vidéo de l’événement, on constate que Baginsky, déjà visée par les huées, a omis les mots « à Gaza » lorsqu’elle a fait par de son affliction devant le sort de « ces civils innocents à Gaza qui ont perdu la vie ».
Cet incident intervient dans un contexte marqué par la rupture pour de nombreux Juifs de la diaspora, l’unité qui régnait immédiatement après le 7 octobre ayant cédé la place à une division profonde sur la question du soutien à la poursuite de la guerre d’Israël à Gaza et, le cas échéant, de la conduite à adopter. (Si les Israéliens considèrent le slogan « Bring Them Home » – Ramenez-les à la maison -comme un appel anti-gouvernemental, pour la diaspora, ce même slogan représente plus souvent un soutien à Israël). La décision prise la semaine dernière par le gouvernement israélien d’intensifier la guerre – contre l’avis de l’armée, de la majorité des Israéliens ainsi que le reflètent les sondages, et des dirigeants mondiaux, dont Starmer – a accentué les divisions, qui suivent souvent les lignes confessionnelles.
La Marche nationale pour les otages, qui s’est terminée devant le siège du gouvernement à Downing Street, avait pour objectif de combler ce fossé. « TOUTE la communauté juive, aux côtés de ses alliés de tout le Royaume-Uni, s’unit pour une marche historique », a tweeté le British Board of Deputies avant le début de la marche. « Nous nous rassemblons, quelles que soient nos différences, dans un seul but : la défense des otages. »
Par la suite, le groupe, lui-même divisé sur la manière de réagir au sujet de la guerre, a dénoncé dans un communiqué ce qui était arrivé à Baginsky et Levy.
« Nous déplorons la façon dont une partie de la foule a aujourd’hui traité les rabbins co-directeurs généraux du judaïsme progressiste, et le fait qu’ils aient été sortis de la scène », a expliqué le Board of Deputies. « Ceux qui se livrent à ces agissements honteux devraient réfléchir au fait que si nous sommes incapables d’écouter et de parler à d’autres juifs avec respect, nous n’aurons aucune chance de convaincre le reste de la société. »
La police londonienne a déclaré avoir procédé à deux arrestations pour agression en lien avec des affrontements entre des participants à la marche pour les otages. Elle a également arrêté un homme qui ne participait pas à la marche pour « voies de fait simples et atteinte à l’ordre public aggravée par des motivations racistes ».
Baginsky et Levy ont dit avoir été bouleversés par leur expérience durant le rassemblement, ainsi que par les réactions immédiates.
« Rester là n’a pas été facile », ont-ils écrit dans une tribune publiée dimanche soir dans le Jewish News.
« Nous sommes profondément reconnaissants envers ceux qui nous ont contactés après coup, qu’ils soient d’accord avec nous ou non, parce que cela montre qu’ils se sont suffisamment souciés de nous pour nous écouter. Cela signifie beaucoup », ont-ils ajouté. « Le silence des autres est plus difficile à supporter. »
Le judaïsme Masorti, mouvement conservateur britannique et coorganisateur du rassemblement, a condamné « le comportement abusif » ayant conduit à l’expulsion de Baginsky et Levy, ainsi que « la maladresse » avec laquelle cette affaire a été gérée.
« Rien de ce qu’ils ont dit ne méritait un tel manque de respect. De plus, si nous voulons mobiliser toute les forces du monde juif dans toute sa diversité, nous ne devons pas encourager des divisions qui ne font qu’ajouter à la douleur et à l’angoisse que nous ressentons tous pour les otages, qui sont détenus dans des conditions choquantes et inhumaines », a fait savoir le mouvement dans un communiqué.
Les rabbins progressistes ont pour leur part affirmé que leur mésaventure de dimanche ne les dissuaderait pas de participer à d’autres événements communautaires.
« Nous ne quitterons pas les différents espaces intercommunautaires », ont-ils indique dans leur tribune. « Si nous restons à l’écart, d’autres façonneront l’avenir des Juifs sans nous, et c’est quelque chose que nous ne permettrons pas. »
la Communauté du Times of Israël !







