Gaza: De nouvelles cartes fournies aux ONGs montrent un élargissement de la zone contrôlée par Tsahal
Ces cartes comportent une ligne orange délimitant une zone d'accès restreint qui couvre environ 11 % du territoire de la bande de Gaza -ce qui place les deux tiers du territoire gazaoui sous l'autorité d'Israël
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De nouvelles cartes de la bande de Gaza, qui ont été discrètement publiées par Israël il y a un peu plus d’un mois, placent des milliers de Palestiniens qui avaient été contraints de quitter leurs habitations à l’intérieur d’une zone d’accès restreint élargie dont les limites, selon l’armée, sont encore susceptibles d’évoluer.
La zone d’accès restreint – qui est délimitée sur les cartes par une ligne orange – représente environ 11 % du territoire de Gaza au-delà de la « Ligne jaune » qui délimite la partie de Gaza occupée par les soldats israéliens depuis le cessez-le-feu qui a été conclu au mois d’octobre. Ces zones isolent au total près des deux tiers du territoire de Gaza.
Tsahal a transmis ces cartes aux organisations humanitaires à Gaza à la mi-mars, ont indiqué deux sources proches de ces groupes, sans les rendre publiques pour autant.
Selon Israël, le périmètre situé entre la ligne orange et la Ligne jaune du cessez-le-feu – derrière laquelle les soldats se sont retirés conformément à un accord qui a été conclu au mois d’octobre dernier – correspond à une zone d’accès restreint qui est destinée à faciliter l’acheminement de l’aide, où les organisations humanitaires doivent coordonner leurs déplacements avec l’armée. L’État juif a affirmé que les civils n’étaient pas affectés.
L’élargissement de cette zone a entraîné la crainte chez les Palestiniens déplacés qui vivent dans le secteur. Il a également attisé les inquiétudes quant à la possibilité qu’Israël puisse envisager de conserver cette zone de manière permanente.
Évoquant les territoires qu’ils ont saisis à Gaza, en Syrie et au Liban, les responsables israéliens ont expliqué qu’il s’agissait de « zones tampons » susceptibles de prévenir d’éventuelles attaques terroristes dans le sillage du pogrom qui avait été commis dans le sud d’Israël par le Hamas, le 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre à Gaza.
« A Gaza, plus de la moitié du territoire de la bande » est sous contrôle israélien, avait expliqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans une déclaration vidéo diffusée le 31 mars. « C’est nous qui attaquons, c’est nous qui prenons l’initiative et c’est nous qui prenons nos ennemis par surprise ».
The "yellow line" is closing in on Gaza from all directions, with orange marking its updated location. It's creating a shrinking prison where tanks and daily gunfire make life deadly even behind this boundary pic.twitter.com/MLZKR6vmkx
— Free Palestine ???????? (@FreePalestineHQ) April 5, 2026
« Les gens ne savent pas où ils en sont »
L’élargissement du contrôle israélien au-delà de la ligne qui avait été convenue dans le cessez-le-feu négocié par les États-Unis, qui avait été conclu au mois d’octobre, jette un doute supplémentaire sur le plan du président Donald Trump pour Gaza, un plan qui est bloqué depuis des mois en raison de la guerre avec l’Iran et des désaccords sur la question du désarmement du Hamas.
Il agrandit également la zone dans laquelle l’armée israélienne affirme pouvoir mener des opérations et s’en prendre à des cibles hostiles, sans la marquer sur le terrain. La ligne de cessez-le-feu du mois d’octobre était marquée par des blocs de béton peints en jaune. Israël a déjà déplacé ces blocs en les installant plus profondément dans le territoire placé sous le contrôle du Hamas, a fait savoir Reuters.
Dans ses premières déclarations publiques au sujet de cette zone élargie, le COGAT, l’instance du ministère de la Défense qui contrôle l’accès à Gaza, a expliqué avoir défini des périmètres adjacents à la Ligne jaune dans lesquels les organisations internationales, y compris les groupes humanitaires, sont tenues de coordonner leurs déplacements avec l’armée.
« Les limites de ces zones (la ligne orange) – dans lesquelles une coordination est requise – sont déterminées et mises à jour conformément à l’évaluation de la situation opérationnelle, dans le but de permettre les activités humanitaires tout en garantissant la sécurité du personnel dans un environnement opérationnel complexe », a dit le COGAT.
Alors qu’il lui était demandé à quelle fréquence il mettait à jour et distribuait aux groupes d’aide humanitaire des cartes indiquant l’emplacement de la ligne orange, le COGAT a refusé de commenter. Il a aussi refusé de préciser et s’il avait communiqué cet emplacement aux civils palestiniens.
Au moins trois Palestiniens travaillant pour des organisations humanitaires étrangères — deux pour l’UNICEF et un pour l’Organisation mondiale de la santé — ont perdu la vie dans des frappes israéliennes survenues dans le secteur situé entre les deux lignes depuis la mi-mars.
Dans les deux cas, Tsahal a fait savoir que les soldats avaient repéré des menaces aux abords de la Ligne jaune et qu’ils avaient ouvert le feu en conséquence.
Sollicitées, l’UNICEF et l’OMS n’ont pas répondu à une demande de commentaires qui visait à savoir si les deux organisations coordonnaient les déplacements de leurs employés avec Israël.
Rani Ashour, qui vit dans un camp pour personnes déplacées à proximité de Gaza-City, entre les deux lignes, a expliqué que les résidents manquaient d’eau et d’autres formes d’aide, les organisations humanitaires craignant d’y envoyer du personnel.
« Les gens ne savent plus où ils en sont, la ligne (orange) est là aujourd’hui, vous allez vous endormir, vous allez vous réveiller et vous constaterez qu’elle vous a dépassés », a-t-il dit.
Depuis le cessez-le-feu, les services de secours locaux ont affirmé que les tirs israéliens ont entraîné la mort de plus de 800 Palestiniens à Gaza – un grand nombre d’entre eux ont été tués dans la zone proche de la ligne jaune, qui est parsemée de camps de déplacés et de personnes vivant dans des bâtiments bombardés. Les chiffres palestiniens, qui n’ont pas été vérifiés, ne font pas la distinction entre civils et terroristes.
Quatre soldats israéliens ont été tués au cours de la même période.
Une nouvelle carte semble montrer des lignes qui changent
Les deux sources humanitaires, qui travaillent toutes les deux sur le terrain, à Gaza, ont raconté que l’armée avait initialement envoyé aux organisations une carte qui montrait une zone élargie au-delà de la Ligne jaune après le cessez-le-feu du mois d’octobre. Cette carte a été diffusée par des organisations comme l’UNICEF, mais jamais par Tsahal.
Les militaires ont transmis aux organisations une version réactualisée de la carte à la mi-mars, ont noté ces sources, qui ont montré cette dernière à Reuters, refusant toutefois qu’elle soit directement publiée.
La nouvelle carte indique où se trouve la Ligne jaune et délimite la zone élargie par une ligne orange.
Reuters a transmis ces images à des chercheurs palestiniens qui ont superposé les deux lignes sur une carte. Les deux sources humanitaires ont indiqué que la Ligne jaune avait été avancée, englobant dorénavant la zone élargie d’origine, la ligne orange marquant les limites d’une zone d’accès restreint encore plus vaste.
Alors qu’il lui était demandé si la Ligne jaune avait été avancée, l’armée a indiqué que « la zone adjacente à la Ligne jaune est un environnement opérationnel sensible et dangereux » et que « des panneaux sont installés dans la zone; indiquant qu’il est interdit de s’en approcher ».
Ce qui laisse, dans les faits, le contrôle d’au moins 64% de la bande de Gaza entre les mains d’Israël, a dit Jad Isaac, le directeur général de l’Applied Research Institute-Jerusalem, un think-tank palestinien indépendant situé en Cisjordanie, la population de près de 2 millions de personnes étant presque entièrement confinée dans une bande de territoire placée sous l’autorité du Hamas, le long de la côte.
« Ils veulent regrouper le plus grand nombre possible de Palestiniens dans le plus petit secteur possible afin de les chasser, car ce qui reste de Gaza n’offre aucune viabilité ni aucune durabilité », a ajouté Isaac.
Des responsables israéliens, dont le ministre des Finances Bezalel Smotrich, un leader d’extrême droite de la coalition au pouvoir de Netanyahu, ont appelé les Palestiniens à quitter Gaza, renforçant ainsi les craintes nourries par les Arabes face à une éventuelle tentative d’Israël de chasser les Palestiniens de la terre où ils aspirent à fonder un futur État.
Derrière sa « Ligne jaune », Israël a expulsé les civils et rasé la plupart des bâtiments restants, tandis que les États-Unis et les Émirats arabes unis ont élaboré des plans de développement pour le territoire.
Amjad al-Shawa, directeur du Réseau des ONG palestiniennes à Gaza, a confié que cette ligne de contrôle supplémentaire avait semé la confusion et suscité des inquiétudes.
« Les habitants ne savent pas où commencent ni où finissent ces lignes. Un jour, la frontière se trouve à un endroit, et le lendemain, elle se déplace sans avertissement », a expliqué Shawa.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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