Inquiétude en Israël après la victoire de Mamdani quant à un changement d’attitude des US envers l’État juif
"Pour les Juifs, pour Israël, pour tout le monde, c'est très grave", dit une femme, reflétant le sentiment général ; pour un ministre, New York "a remis ses clés à un partisan du Hamas"
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L’élection de Zohran Mamdani au poste de maire de New York a jeté un froid en Israël. La population doit en effet accepter la victoire d’un homme politique porté par un message ouvertement pro-palestinien, fait rare dans la politique américaine.
Les Israéliens de tous bords politiques craignent que l’élection de Mamdani, survenue dans la ville qui compte la deuxième plus importante communauté juive au monde, ne présage un refroidissement des relations avec les États-Unis, l’allié le plus important d’Israël. Et le soutien dont a bénéficié Mamdani de la part de près d’un tiers des électeurs juifs n’a fait qu’ajouter à la douleur.
« C’est très grave », a déclaré Hana Jaeger, habitante de Jérusalem, commentant la nouvelle au lendemain de l’élection. « Pour les Juifs, pour Israël, pour tout le monde, c’est très grave. Que dire d’autre ? »
Si la campagne de Mamdani s’est concentrée sur de nombreuses questions économiques locales, notamment le manque de crèches et de logements abordables, en Israël, seule sa plateforme pro-palestinienne importe. Une plateforme qui, à ce jour, reste l’illustration la plus puissante d’un changement d’attitude, montrant un affaiblissement du soutien à Israël dans la population américaine, en particulier parmi les jeunes électeurs démocrates.
Ce changement semble avoir été accéléré par la colère provoquée par la brutalité de la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et les attentats terroristes dans le sud d’Israël.
Les responsables du gouvernement israélien ont exprimé leur indignation avec virulence. Ils ont qualifié Mamdani, qui est musulman, d’antisémite haïssant Israël. Selon les analystes, leurs réactions musclées témoignent de leur profonde inquiétude face à l’évolution du climat politique.
« Même là où le pouvoir juif, l’argent juif, l’influence culturelle et politique juive sont extrêmement concentrés, même dans cet endroit, un Américain peut être élu, avec une étiquette clairement anti-Israël à sa boutonnière », a ainsi indiqué Shmuel Rosner, analyste au Jewish People Policy Institute.
« Ce qu’il a fait a prouvé que s’opposer à Israël… peut être politiquement profitable, ou tout au moins que cela n’est pas préjudiciable », a-t-il expliqué.
Inquiet et offensé
Israël a toujours entretenu des liens particuliers avec la ville de New York. Destination prisée des touristes et des politiciens israéliens, la ville regorge de restaurants casher, et accueille un consulat israélien très impliqué dans les relations avec la communauté juive. On entend souvent parler hébreu dans les rues et dans le métro.
Mais tout au long de sa campagne, Mamdani, 34 ans, élu d’extrême gauche, a suscité l’inquiétude chez les Israéliens, en reniant ouvertement la position pro-Israël qui est traditionnellement celle des candidats à la mairie de New York.
S’il affirme soutenir le droit d’Israël à exister, Mamdani a toutefois refusé de le reconnaître comme un État juif, affirmant que tout État ou toute hiérarchie sociale qui favorise un groupe par rapport à d’autres est incompatible avec sa croyance en des droits humains universels.
Une déclaration que de nombreux Israéliens considèrent comme un affront au principe fondateur du pays, qui a été créé comme un refuge et une patrie pour les Juifs au lendemain de la Shoah. Cette vision a mis à l’épreuve les idéaux démocratiques d’Israël ; les citoyens arabes d’Israël affirment être fréquemment victimes de discrimination, et des millions de Palestiniens vivent sous contrôle israélien en Cisjordanie.
Mamdani a également décrit la guerre à Gaza comme un « génocide », une accusation que le gouvernement israélien nie avec véhémence. Il a promis d’arrêter le Premier ministre Benjamin Netanyahu si celui-ci mettait les pieds dans la ville (même s’il ne dispose en réalité pas du pouvoir de procéder à une telle arrestation), et a laissé entendre qu’il pourrait rompre les liens avec l’industrie et le monde universitaire israéliens en raison de la guerre dévastatrice à Gaza.
Des opinions qui lui ont valu d’être taxé d’antisémitisme par les principaux groupes juifs et par les soutiens d’Israël. Et pourtant, Mamdani s’est engagé à plusieurs reprises à lutter contre l’antisémitisme, développant de solides alliances avec des dirigeants juifs de centre-gauche.
Durant sa soirée électorale, mardi soir, Mamdani a déclaré : « Nous bâtirons une mairie qui se tiendra fermement aux côtés des New-Yorkais juifs, et qui ne faiblira pas dans sa lutte contre ce fléau qu’est l’antisémitisme. »
Mercredi matin, la célèbre station Radio Militaire a diffusé des témoignages et opinions condamnant la victoire de Mamdani, ou révélant des craintes à ce sujet. L’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a suggéré que le « sentiment de sécurité de la communauté juive » de New York pourrait se trouver compromis par la présence de Mamdani en tant que maire – parce qu’il contrôle les forces de police de la ville.
Le ministre israélien des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, membre du Likud, parti nationaliste de Netanyahu, a relayé sur les réseaux sociaux une série d’images anti-Mamdani, parmi lesquelles une photo retweetée des tours jumelles en flammes après les attentats du 11 septembre 2001, accompagnée de la légende « New York a déjà oublié ».
Chikli a en outre invité les Juifs de New York à venir s’installer en Israël. « La ville qui était autrefois un symbole de liberté mondiale a remis ses clés à un partisan du Hamas », a-t-il décrit dans un message publié sur les réseaux sociaux.
— עמיחי שיקלי – Amichai Chikli (@AmichaiChikli) November 5, 2025
Cette rhétorique extrême révèle une crainte profondément ancrée en Israël : celle que la politique américaine prenne une nouvelle direction.
« Pendant très longtemps, la politique intérieure américaine a été dominée par des politiciens pro-Israël et des opinions pro-Israël. C’est encore largement le cas aujourd’hui », a déclaré Mairav Zonszein, analyste senior à l’International Crisis Group. « La victoire de Mamdani montre que les Juifs américains, particulièrement la jeune génération, sont en train de changer, et que le monopole de la politique pro-Israël dans la politique intérieure américaine est en train de disparaître. »
Netanyahu reste discret, les Palestiniens se réjouissent
L’administration Trump, qui s’est montrée hostile à l’égard de Mamdani, a apporté un large soutien aux actions d’Israël à Gaza. Désormais, elle travaille en étroite collaboration avec l’État juif pour déterminer les prochaines étapes de la reconstruction de Gaza et du cessez-le-feu avec le Hamas.
Si Netanyahu n’a pas immédiatement commenté la victoire de Mamdani, son cabinet a toutefois tenté, mercredi, de rappeler aux Israéliens que les relations entre leur pays et les États-Unis restaient solides.
« Les liens qui unissent Israël et les États-Unis sont aujourd’hui plus forts que jamais », a fait savoir la porte-parole du gouvernement, Shosh Bedrosian, lors de son briefing quotidien.
Les résultats des élections ne « compromettent en rien les relations exceptionnelles que le Premier ministre entretient avec le président Trump », a-t-elle ajouté.
En Cisjordanie, parmi les Palestiniens, l’atmosphère était en revanche loin d’être pessimiste.
« L’élection de Mamdani est une vraie source d’inspiration », a affirmé le politicien palestinien Mustafa Barghouti. « Elle révèle le grand soulèvement contre l’injustice politique et sociale qui est à l’oeuvre parmi la jeune génération des États-Unis, y compris la jeune génération juive. »
« Elle montre également que la question palestinienne est devenue un enjeu électoral interne partout dans le monde, même aux États-Unis d’Amérique. »
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