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Analyse

La catastrophe environnementale qui frappe l’Iran nuit aussi à son économie

Selon un expert du climat, un accord de paix avec les États-Unis pourrait aider Téhéran à mettre fin à sa crise intérieure et à relancer son économie - sous réserve qu’il privilégie les investissements verts aux dépenses militaires

Les membres d'une équipe de secours recherchent des personnes portées disparues à la suite d'inondations soudaines dans la province de Fars, au sud de l'Iran, une région touchée par la sécheresse, le 23 juillet 2022. (Crédit : Société du Croissant-Rouge iranien via AP / Archive)
Les membres d'une équipe de secours recherchent des personnes portées disparues à la suite d'inondations soudaines dans la province de Fars, au sud de l'Iran, une région touchée par la sécheresse, le 23 juillet 2022. (Crédit : Société du Croissant-Rouge iranien via AP / Archive)

The Conversation via Reuters — Depuis plusieurs décennies, l’Iran consacre d’importantes ressources financières, institutionnelles et politiques à ses ambitions militaires controversées et illégales. Le pays a investi massivement auprès de ses partenaires régionaux, ainsi que pour renforcer son influence géopolitique à travers le Moyen-Orient.

Jusqu’à présent, la République islamique n’a guère montré de signes d’une réorientation de ses ressources vers la résolution de ses problèmes environnementaux, pourtant toujours plus préoccupants.

Et ces problèmes sont considérables. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce sont près de 11 % des décès et 52 % des maladies dans le pays qui sont liés à des facteurs de risque environnementaux.

Le pompage excessif des nappes phréatiques a provoqué l’apparition de fissures, parfois même l’effondrement, de bâtiments et de routes. Téhéran figure souvent au palmarès des villes les plus polluées au monde.

En 2025, les médias locaux ont fait état de 350 décès dus à la mauvaise qualité de l’air en l’espace de 10 jours. À l’époque, les hôpitaux avaient signalé une augmentation du nombre de cas de complications respiratoires et cardiaques dans tout l’Iran.

Le lac d’Ourmia, qui était autrefois le plus grand lac salé du Moyen-Orient, s’est asséché, laissant derrière lui des nuages de poussière chargés de sel, capables de parcourir des centaines de kilomètres – et même de franchir les frontières du pays en moins de 12 heures.

Un éventuel accord de paix entre les États-Unis et les dirigeants iraniens pourrait procurer à Téhéran un atout financier considérable. Il permettrait de libérer les avoirs iraniens bloqués dans des banques étrangères, auxquels le pays n’avait auparavant pas accès du fait des sanctions américaines. Le gouvernement disposerait ainsi de milliards de dollars. De plus, l’Iran exporte aujourd’hui des millions de barils de pétrole brut, accumulés pendant le conflit.

La question est donc de savoir comment cet argent sera dépensé.

Selon de nombreux analystes, un vaste projet de reconstruction s’impose, afin de remettre en état les usines, le réseau routier et les autres infrastructures essentielles. S’il est jugé très peu probable que Téhéran accorde la priorité absolue aux investissements environnementaux, cette approche pourrait néanmoins présenter des avantages économiques considérables.

Des Iraniennes participent à une prière pour implorer la pluie au sanctuaire de Saleh, à Téhéran, le 14 novembre 2025, alors que le pays est confronté à de graves pénuries d’eau. (Crédit : AFP)

L’Iran prélève actuellement ses eaux souterraines à un rythme bien supérieur à celui de leur régénération naturelle. Les grands lacs et les zones humides s’assèchent donc. Ces pénuries d’eau mettent en péril l’agriculture, et contraignent certaines communautés rurales à abandonner leurs exploitations. Par ailleurs, des études indiquent que près de 56 000 kilomètres carrés, soit environ 3,5 % de la superficie du pays, sont touchés par un affaissement des sols, conséquence d’un pompage excessif des eaux souterraines.

La pollution atmosphérique entraîne quant à elle des coûts considérables en matière de santé publique et de productivité. Elle contribue à des milliers de décès prématurés chaque année. Elle réduit également la productivité du travail, en raison des maladies et de l’absentéisme qu’elle provoque. Des tempêtes de poussière et de poussière salée continuent de frapper de nombreuses régions du pays. Elles endommagent les cultures et les sols, augmentent le nombre de cas de maladies respiratoires, perturbent la vie quotidienne et rendent plus difficiles encore les conditions de vie dans des régions déjà vulnérables.

Un potentiel de gains considérables

Lorsqu’un État détruit ses ressources naturelles élémentaires, il ne subit pas simplement un déclin écologique. En effet, les systèmes naturels (eau, sols, écosystèmes) constituent les fondements de tout pays. Sans eux, une nation compromet gravement sa production économique à long terme : les exploitations agricoles disparaissent, les réseaux routiers et ferroviaires se fissurent et s’effondrent, et la population peine à survivre.

Un accord avec les États-Unis, avec ses « dividendes de la paix », offrirait donc à Téhéran une occasion rare de réévaluer sa stratégie et une chance de résoudre ses problèmes environnementaux à long terme. Une approche différente pourrait créer de la valeur à long terme, assurer la stabilité économique et, potentiellement, améliorer la santé publique.

Un programme national d’investissement et de reconstruction sérieux doit se concentrer sur la réparation des réseaux d’eau urbains défectueux, ainsi que sur la restauration des zones humides et des forêts, qui régulent l’eau et réduisent les tempêtes de poussière. Il pourrait également moderniser les infrastructures vieillissantes dans les domaines de l’eau et de l’énergie, et repenser l’aménagement des villes, afin qu’elles soient mieux préparées à faire face à la sécheresse, aux canicules et à la pollution atmosphérique.

Un filet d’eau s’écoule dans le fleuve Kan, en grande partie à sec, à l’ouest de Téhéran, le 9 novembre 2025, alors que l’Iran est confronté à de graves pénuries d’eau (Crédit : Atta Kenare / AFP)

Un tel programme permettrait également de créer des emplois et de mobiliser une main-d’œuvre hautement qualifiée dans les secteurs de l’ingénierie, des sciences, de l’industrie et des technologies. Il contribuerait à réparer les dégâts causés depuis plusieurs décennies aux écosystèmes dont dépend l’économie iranienne.

Quels seraient les axes à développer ?

La restauration des aquifères épuisés, la réhabilitation des terres dégradées et la modernisation des systèmes d’approvisionnement en eau et en énergie permettraient d’accroître la capacité de l’économie à produire des biens et des services, tout en réduisant les coûts à long terme liés à la dégradation de l’environnement.

L’Iran devrait considérer la restauration environnementale comme sa stratégie de croissance à long terme la plus importante. Un programme national d’investissement pourrait s’articuler autour de réseaux d’irrigation modernes, du recyclage et de la réutilisation des eaux usées. Associés aux énergies renouvelables et à la restauration des écosystèmes, ces axes représenteraient un formidable moteur économique.

Une utilisation plus efficace de l’eau améliorerait aussi la sécurité alimentaire. Les investissements dans les infrastructures continueraient à générer des retombées économiques bien après que le capital initial ait été dépensé.

Il est par ailleurs essentiel de réglementer le prélèvement des eaux souterraines et de promouvoir la diversification économique en s’éloignant des cultures à forte consommation d’eau. L’amélioration de l’irrigation et la réutilisation des eaux usées, assorties d’une tarification de l’eau tenant compte de la rareté de cette ressource, seraient également bénéfiques.

Cette approche pourrait non seulement apporter une précieuse sécurité au peuple iranien, mais aussi stimuler considérablement l’économie. Ces avantages financiers pourraient convaincre un gouvernement qui a trop longtemps fermé les yeux sur les problèmes environnementaux.

Nima Shokri, co-directeur exécutif de l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’Université des Nations Unies et de l’Université technique de Hambourg, a contribué à cet article.

The Conversation est une collaboration entre des universitaires et des journalistes qui publie des articles sur la science, la santé, la politique, l’environnement et bien d’autres sujets.

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