La crise humanitaire à Gaza divise les dirigeants pro-Israël de New York
Le maire Eric Adams critique Andrew Cuomo pour ses propos sur Israël ; les allégations de famine dans l’enclave suscitent de rares critiques de démocrates favorables à l'État juif
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK – Le maire de New York, Eric Adams, a critiqué mercredi son rival à la mairie, l’ancien gouverneur Andrew Cuomo, pour ses récentes déclarations sur Israël, alors que les informations sur la crise humanitaire à Gaza fissurent le soutien à l’État hébreu au sein des démocrates pro-israéliens.
Adams et Cuomo, fervents partisans d’Israël, ont tous deux cherché à mobiliser l’électorat juif dans le cadre de leur campagne. Ils partagent une base modérée similaire et se présentent face à Zohran Mamdani, candidat démocrate donné largement favori, connu pour ses critiques virulentes contre Israël, dans la course aux municipales de novembre.
Dans une interview diffusée mardi par Bloomberg News, Cuomo a demandé, « Est-ce que je soutiens ce que fait le gouvernement israélien à Gaza ? Non. Est-ce que je soutiens le fait qu’Israël empêche l’aide humanitaire ? Non. »
« Est-ce que cela justifie des actes antisémites à New York contre des Juifs ? Bien sûr que non. Mais aujourd’hui, la ligne est plus ténue dans le débat. »
Cette déclaration marque un revirement pour Cuomo, qui s’est fermement rangé du côté d’Israël depuis le début de la guerre.
Déjà fervent partisan d’Israël lorsqu’il était gouverneur, Cuomo est revenu sur ses déclarations dans un entretien au New York Times. Il y affirme qu’il ne faisait qu’exprimer « ce que certaines personnes ressentent. Certaines personnes pensent qu’Israël n’agit pas de manière appropriée. C’est leur opinion. »
Cuomo a également accusé Mamdani d’être « pro-Hamas ». Si ce dernier n’a jamais exprimé explicitement un tel soutien, Cuomo justifie cette affirmation par l’appui apporté par Mamdani, dans une chanson rap, aux « Holy Land Five », membres d’une organisation caritative musulmane condamnée pour financement du Hamas.
Mamdani a riposté sur X mercredi, critiquant Cuomo, affirmant que ce dernier « n’a pas su maintenir plus de quelques heures sa première reconnaissance, timide, de la réalité – à savoir que le gouvernement israélien, avec le soutien total de l’administration Trump, affame le peuple de Gaza – avant de se rétracter ».
Cuomo continue toutefois de militer activement pour la libération des otages. Il apparaît régulièrement en public arborant le ruban jaune, symbole de solidarité avec les captifs.
Adams a été interrogé sur les propos de Cuomo lors d’une annonce budgétaire à la mairie mercredi.
« Il semble revenir sur beaucoup de choses. Chacun doit rester fidèle à lui-même, et moi je le suis. Je ne veux pas voir des innocents mourir ici, ni à Gaza, ni en Israël », a dit Adams au sujet de Cuomo
WATCH: @NYCMayor responds to Andrew Cuomo walking back his support for #Israel pic.twitter.com/nTslGMmd6L
— Kayla Mamelak Altus (@KaylaMamelak) August 6, 2025
« Ce que je sais, c’est que le Hamas doit être détruit, que tous les otages doivent rentrer chez eux et que nous devons faire tout notre possible pour que des enfants innocents ne meurent dans aucun pays, y compris au Moyen-Orient. »
D’autres dirigeants new-yorkais traditionnellement pro-Israël ont également durci le ton ces derniers jours face aux informations sur la famine à Gaza, notamment la gouverneure Kathy Hochul et la procureure générale Letitia James. New York abrite la plus grande communauté juive en dehors d’Israël.
Jeudi, Hochul a émis une rare critique à l’encontre d’Israël, déclarant dans un communiqué que la situation à Gaza était « bouleversante ».
« J’appelle Israël à coopérer avec les États-Unis et la communauté internationale pour garantir immédiatement un acheminement durable de l’aide humanitaire aux civils. Laisser des enfants innocents mourir de faim est tout simplement inadmissible », a affirmé Hochul.
Elle a rappelé son soutien à Israël depuis le pogrom perpétré par le Hamas en octobre 2023, ajoutant que « soutenir le peuple israélien implique aussi d’exiger du gouvernement israélien qu’il agisse de manière juste ».
Hochul, ex-lieutenante de Cuomo, est devenue gouverneure en 2021 après sa démission sur fond d’accusations de harcèlement sexuel, qu’il a niées. Elle se représente en 2026.
Candidat officiellement investi par le parti démocrate, Mamdani a multiplié les controverses avec ses propos anti-Israël, au cours des primaires. Il a notamment accusé Israël de génocide, défendu le slogan « Mondialisez l’Intifada », et refusé d’affirmer le droit d’Israël à exister en tant qu’État juif. Antisioniste assumé, il est un fervent partisan de la campagne BDS.
Mamdani a battu Cuomo aux primaires démocrates le mois dernier. Cuomo s’est ensuite inscrit comme candidat indépendant, ce qui signifie qu’il peut se présenter à nouveau aux élections générales de novembre. Adams se présente également sans étiquette.
En tant que candidat démocrate, Mamdani est largement favori dans cette ville acquise au camp démocrate.
Un récent sondage réalisé par le New York Solidarity Network, un groupe politique pro-Israël basé à New York, indique que Mamdani arrive en tête parmi les électeurs juifs, avec environ 37 % des intentions de vote, un score similaire à celui obtenu lors de la primaire, où Cuomo avait pourtant rallié la majorité de cet électorat.
Selon ce même sondage publié la semaine dernière, Adams obtiendrait 25 %, Cuomo 21 %, et le républicain Curtis Sliwa 14 %. La division du vote anti-Mamdani pourrait ainsi lui assurer la victoire, et ses opposants appellent à une réduction du nombre de candidats.
Près de la moitié des sondés considèrent que Mamdani est antisémite, et 58 % estiment que New York serait moins sûre pour les Juifs s’il devenait maire.
En tant que maire, Adams a multiplié les initiatives en faveur de la communauté juive ces derniers mois, avec notamment l’adoption de la définition de l’IHRA de l’antisémitisme et la création d’un groupe de travail visant à lutter contre la discrimination anti-juive. Mercredi, il devait tenir la réunion inaugurale d’un conseil d’affaires New York-Israël, accueillant des hommes d’affaires israéliens à l’hôtel de ville.
La ville a connu une recrudescence d’actes antisémites au début de la guerre à Gaza, plaçant la question au cœur du débat public, mais les derniers mois ont été marqués par une baisse des incidents.
Mercredi, le New York Solidarity Network a publié une lettre ouverte appelant les candidats à s’engager en faveur de la communauté juive. Le texte dénonçait l’antisémitisme persistant dans la ville et « l’incapacité de certains dirigeants à réagir clairement lorsque les Juifs new-yorkais sont pris pour cible ».
« Nier le droit du peuple juif à l’autodétermination dans sa patrie ancestrale, excuser les attaques contre les Juifs, ou s’aligner sur des mouvements qui glorifient la violence, érode la confiance et la sécurité », peut-on y lire.
La lettre demande aux candidats de condamner l’antisémitisme, de protéger la vie juive à New York, de s’engager avec l’ensemble de la communauté (y compris les sionistes, les orthodoxes et les Israélo-Américains), de s’opposer au BDS et de reconnaître Israël comme un État juif et démocratique.
Lundi, des centaines de manifestants menés par des groupes juifs de gauche se sont rassemblés à Manhattan pour demander la fin de la guerre à Gaza.
la Communauté du Times of Israël !







