La diatribe d’un rabbin contre le chef « maudit » de Tsahal déclenche une tempête politique
Benjamin Netanyahu et Shas condamnent les propos injurieux du rabbin Aryeh Yazdi ; Naftali Bennett s’engage à mettre fin au financement public de "quiconque prêche contre le sionisme"
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Lundi, lors d’une manifestation contre la conscription qui était organisée à Bnei Brak par le parti ultra-orthodoxe séfarade Shas, un rabbin a maudit le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir. Le parti s’est par la suite distancié de ces propos, alors que les condamnations affluaient de tous les horizons politiques.
Ces propos ont suscité un tollé alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses partenaires haredim au sein de la coalition cherchent actuellement à consacrer dans la loi une exemption générale des ultra-orthodoxes du service militaire, et à faire adopter un projet de loi quasi-constitutionnel qui mettrait l’étude de la Torah sur un pied d’égalité avec le service militaire.
Lors de l’événement qui s’est déroulé lundi soir et qui a rassemblé des centaines d’ultra-orthodoxes qui manifestaient contre l’arrestation de réfractaires à la conscription, le rabbin Yosef Aryeh Yazdi a évoqué la peine de trente jours de prison qui avait été prononcée en mai à l’encontre d’un soldat de Tsahal que Zamir avait interpellé pour avoir porté un écusson non autorisé sur lequel était inscrit « Messie ».
« Ce maudit chef d’état-major de Tsahal – que son nom et sa mémoire soient effacés – l’a envoyé en prison pendant un mois. Pourquoi ? Parce qu’il aspirait au Messie », a déclaré Yazdi.
« Je suis d’accord avec le chef de Tsahal – que son nom soit effacé -, mais il a raison : toute cette armée veut éradiquer la Torah, éradiquer la foi, éradiquer le Messie », a ajouté le rabbin.
Yazdi a également déclaré : « Dans l’armée, on incite les gens à commettre les transgressions les plus graves de la Torah dans ce pays impur. Cette armée tout entière aspire à effacer le nom de Dieu. »
הרב משה יזדי בבני ברק בעצרת המחאה של מפלגת ש"ס נגד המעצרים בבני ברק: "הרמטכ"ל ימח שמו וזיכרו שולח חייל לכלא כי הוא שם פתק משיח, בצבא מחנכים לעבירות החמורות ביותר" pic.twitter.com/bP5Cwz0wIF
— יואלי ברים yoeli brim (@yoeli_brim) June 29, 2026
« Ne tombez pas dans ce piège. N’allez pas à l’armée», a-t-il poursuivi.
Selon les médias israéliens, les manifestants présents au rassemblement ont crié « traître » et d’autres injures à l’encontre du député Aryeh Deri, chef du parti Shas et allié de Netanyahu, qui s’est montré plus modéré que certains de ses homologues ashkénazes dans la tentative des partis haredim de consacrer les exemptions de service militaire.
Le rassemblement avait été préalablement approuvé par le Conseil des Sages de la Torah du parti Shas. Aux côtés de Yazdi, à la tête de la manifestation, se trouvaient les députés Shas Yoav Ben Tzur, Michael Malkieli, Moshe Abutbul et Yonatan Mishraki, ainsi que l’ancien Grand Rabbin séfarade d’Israël, Yitzhak Yosef, frère de l’actuel Grand Rabbin David Yosef, issu de la dynastie fondatrice de Shas.
Yitzhak Yosef a déclaré lors du rassemblement que les mesures prises par Israël à l’encontre des Haredim qui refusent de faire leur service militaire relevaient du racisme.
« 95 % des personnes placées en détention sont séfarades », a-t-il affirmé, selon le site d’information Kikar HaShabbat.
« Nous sommes un pays raciste. »
Shas et le Premier ministre prennent leurs distances après les affirmations de Bennett selon lesquelles Yazdi bénéficierait de financements publics
Les propos de Yazdi ont provoqué un tollé au sein de l’opposition mardi matin, puis suscité des condamnations de la part du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du parti Shas lui-même.
Le président Isaac Herzog a également dénoncé les « propos choquants » de Yazdi, déclarant : « Même en période de profond désaccord, il n’y a pas de place pour les injures, les insultes ou les propos désobligeants – et certainement pas à l’égard du commandant de Tsahal et de nos soldats, nos fils et nos filles. »
« Les responsables publics sont tenus d’adopter un discours responsable et respectueux », a ajouté Herzog.
L’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, actuellement le principal candidat en lice pour détrôner Netanyahu lors des prochaines élections législatives, a déclaré que « les incitations effrénées… en présence – honteuse – des partenaires de coalition de Netanyahu, franchit de manière imprudente les lignes rouges » en ouvrant la chasse aux soldats et aux commandants de Tsahal.
« Ce coup bas est la conséquence directe de la culture de haine et de division dans laquelle Netanyahu a plongé le pays depuis des années afin de se maintenir au pouvoir », a ajouté Eisenkot.
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, qui a récemment dépassé Eisenkot dans les sondages en tant que principal rival de Netanyahu, a affirmé que Yazdi bénéficiait d’un financement public et il s’est engagé à y mettre fin pour « quiconque prêche contre le sionisme et l’État d’Israël ».
« La règle est simple : quiconque prêche contre le sionisme et contre l’État d’Israël ne recevra pas un seul shekel de l’État. Quiconque choisit de ne pas travailler ne reçoit pas d’argent. Quiconque choisit de ne pas servir ne reçoit pas d’argent », a déclaré Bennett.
« C’est tout. C’est le nouveau pacte entre l’État et ses citoyens. »
Bennett a cité la base de données en ligne du gouvernement répertoriant les fondations, qui montre que la fondation Torah VeChaïm (« Torah et Vie »), à laquelle Yazdi est affilié, a reçu pendant des années – y compris lorsque Bennett était Premier ministre entre 2021 et 2022 – un financement public s’élevant à 650 000 shekels, soit près des deux cinquièmes de ses revenus.
Cette fondation a été créée pour soutenir le « Kollel Avrehim » éponyme, c’est-à-dire une maison d’étude de la Torah destinée aux érudits mariés qui avait été fondée dans les années 1970 par le regretté grand dignitaire de Shas, le rabbin Shimon Baadani, originaire du Yémen, à une époque où les centres d’étude de la Torah de Bnei Brak étaient presque exclusivement dirigés par des Ashkénazes.
Yazdi, un disciple proche de Baadani, dirige le kollel Beit Abba, situé dans le même complexe que le kollel Torah VeChaïm, dont Baadani est président d’honneur et où il donnait régulièrement des conférences. Toutefois, le Times of Israel n’a pas pu confirmer que Beit Abba bénéficiait directement de financements publics.
Suite aux déclarations d’Eisenkot et de Bennett, Netanyahu a, lui aussi, condamné les « propos honteux » de Yazdi.
« Même lorsqu’il y a des désaccords entre nous, il n’y a absolument aucune place pour une incitation grave à la haine contre Tsahal et ses commandants, qui nous protègent tous », a déclaré le Premier ministre.
Le ministre de la Défense, Israel Katz, a également condamné les « propos gravement incendiaires » de Yazdi à l’encontre de Zamir.
« Même en cas de désaccords publics, il est interdit de franchir les lignes rouges de l’incitation à la haine et des atteintes à l’encontre de ceux qui assument la lourde responsabilité de la sécurité du pays », a déclaré Katz.
Shas a finalement publié son propre communiqué dans lequel il a condamné « les propos extrémistes tenus hier soir à l’encontre du chef de Tsahal lors du rassemblement de protestation organisé à Bnei Brak en l’honneur de la Torah ».
Ces propos « ne reflètent pas les opinions de nos rabbins ni celles du Conseil des Sages de la Torah, et ils sont contraires à la ligne du mouvement Shas », a déclaré le parti.
La controverse autour de la question de l’enrôlement des Haredim s’est fortement intensifiée ces derniers mois, Tsahal souffrant d’une pénurie d’effectifs dans le contexte du conflit régional qui a débuté à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
En juin 2024, la Cour suprême a jugé que l’exemption dont bénéficient les Haredim depuis des décennies était dépourvue de fondement juridique, poussant ainsi le gouvernement à œuvrer à l’adoption d’une loi consacrant cette exemption.
Alors que des centaines de milliers de réservistes effectuent actuellement plusieurs centaines de jours de service militaire chaque année, cette initiative législative constitue un handicap politique pour Netanyahu à l’approche des prochaines élections, qui doivent se tenir au plus tard le 27 octobre.
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