La menace des drones du Hezbollah est réelle mais exagérée, dit Tsahal au ToI
A Khiam, au sud du pays, des officiers de la brigade Givati affirment que les attaques aux drones illustrent la "lâcheté" de l’ennemi - emmenant le journaliste que je suis dans un tunnel découvert sous un centre caritatif pour enfants
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KHIAM, Liban — Les drones du Hezbollah n’ont pas d’impact significatif sur les opérations menées par les soldats israéliens dans le sud du Liban, ont affirmé mercredi des officiers de Tsahal au Times of Israel. Nous nous trouvons sur le territoire libanais, à quelques kilomètres de la frontière avec Israël.
« La menace des drones est strictement tactique, elle n’est pas stratégique », précise un commandant de compagnie du bataillon Tzabar, qui dépend de la brigade Givati et qui se bat actuellement sous le commandement de la 769e brigade « Hiram ».
« Je fais exprès de le dire parce que j’ai moi-même de la famille, à la maison, qui s’inquiète peut-être de la menace des drones – une menace qui, je dois le dire, a été exagérée », ajoute l’officier.
L’armée est attentive, c’est évident, au danger que font planer les drones du Hezbollah. « Jackhammer » — c’est le code d’alerte qui est activé quand un drone hostile est détecté dans le secteur — s’est fait entendre à la radio pendant le trajet que nous avons parcouru en voiture entre Kiryat Shemona et Khiam, un village situé à cinq kilomètres de la frontière israélienne et dont les habitants sont majoritairement chiites.
Peu après notre arrivée, une autre alerte « Jackhammer » a retenti, et les journalistes israéliens venus prendre part à cette visite de Khiam – une visite organisée par Tsahal et qui se déroule sous son contrôle strict – ont immédiatement été appelés à se réfugier dans un bâtiment très endommagé pour se mettre à l’abri.
Le temps de cette visite seulement, expliquent les militaires, le Hezbollah aura lancé plusieurs drones qui auront explosé à proximité de soldats israéliens stationnés dans le sud-Liban plus généralement. Tsahal ajoute que deux drones présumés ont aussi été abattus par les systèmes de défense antiaérienne.
Le Hezbollah a enregistré quelques succès avec ses frappes aux drones, ces dernières semaines. Depuis le cessez-le-feu qui a été conclu le 16 avril, quatre soldats de l’armée israélienne et un civil ont été tués par ces engins aux capacités meurtrières, et des dizaines de personnes ont été blessées.
Jeudi, trois civils israéliens ont été blessés, dont deux grièvement, lors d’une attaque de drone du Hezbollah qui a pris pour cible les environs de Rosh Hanikra.
« Depuis le 7-Octobre, nous n’avons plus le droit de négliger aucune menace »
« La menace existe », s’exclame l’officier. « Depuis le 7-Octobre, nous n’avons plus le droit de négliger aucune menace. Nous ne prenons pas cela à la légère – pas une seconde. Mais il s’agit d’une menace tactique, pas d’une menace stratégique ».
« Les combats se poursuivent comme prévu », ajoute-t-il, « avec les ajustements nécessaires face à la menace des drones, avec pour objectif de protéger la vie de nos soldats et de les ramener chez eux sains et saufs et avec pour mission principale de protéger les habitants du nord ».
« On s’en sort », déclare un autre commandant de compagnie, qui ajoute que le fait que le Hezbollah s’appuie sur des drones lancés à des kilomètres de distance prouve « la lâcheté » de l’ennemi.
« Les drones sont le principal danger », renchérit le Capitaine I. « Je pense que c’est une bonne chose. Cela montre à quel point l’ennemi est éloigné de nous ».
Les soldats disposent des outils nécessaires pour faire face au péril, « vraiment », affirme le premier officier. « Nous avons de nombreux moyens à notre disposition — qu’ils soient technologiques ou plus anciens — et ils nous aident tous à faire face à la menace ».
Boucler la boucle
Si plus de la moitié des 24 000 habitants de Kiryat Shmona ont été déplacés face aux attaques aux drones et à la roquette du Hezbollah, les champs sont verdoyants et bien entretenus à la frontière.
Étonnamment, c’est aussi le cas pour les champs qui se trouvent du côté libanais.
Les maisons de Tel Hamamis, un vilage chrétien, sont intactes. Les vignobles du hameau – dont la présence est la signature évidente d’une zone chrétienne – ondulent en rangées bien ordonnées sur les collines, en contrebas.
Au fur et à mesure que les vignobles cèdent la place aux oliviers des musulmans chiites, les destructions font leur apparition. Les décombres de certaines maisons en pierre gisent en tas irréguliers. D’autres habitations se dressent de manière bancale, des trous béants dans les murs.
Les maisons aux toits rouges de Marjayoun, une ville à majorité chrétienne située de l’autre côté de la vallée, sont également toujours debout – une preuve supplémentaire de la différence de traitement qu’Israël réserve à ses alliés historiques au Liban par rapport à son ennemi chiite de quatre décennies.
Tsahal a condamné, dans la journée de lundi, deux soldats à une peine de prison. Ils avaient placé une cigarette dans la bouche d’une statue de la vierge Marie à Debel, un village chrétien du sud du Liban – une photo de l’incident avait été largement partagée en ligne la semaine dernière.
Un incident qui n’avait pas été sans précédent, puisque un soldat avait déjà brisé une statue de Jésus le mois dernier à Debel, et des militaires y avaient été filmés en train d’endommager des panneaux solaires à l’aide de pelleteuses qui appartenaient à Tsahal.
« Dans toutes les guerres, il y a des incidents isolés », insiste le premier officier. « Nos soldats ont le sens de l’éthique et ils comprennent ce que nous faisons ici. Ces incidents ne sont pas généralisés ».
« Je sais que rien de similaire n’arrive dans mon bataillon », poursuit-il. « Nous ne pillons pas. Nous n’utilisons pas les objets que nous trouvons ici, sur le terrain ».
« J’ai entendu parler de ces incidents. Nous les condamnons », commente le capitaine L. Il ajoute que son bataillon organise régulièrement des briefings et des discussions pour garantir que les ordres et la loi seront dûment respectés.
Les officiers du bataillon Tzabar répètent au Times of Israel que la prise de Khiam, au mois de mars dernier, a permis de « boucler la boucle ».
En 2015, le Hezbollah, qui s’était installé au sein de cette localité, avait tiré un missile antichar en direction de soldats de l’armée israélienne qui étaient déployés sur le mont Dov. Le major Yochai Kalangel et le sergent-chef Dor Chaim Nini, qui appartenaient tous les deux au bataillon, avaient été tués.
Des tunnels dissimulés sous des vêtements d’enfants
Au début de la campagne lancée contre l’Iran par Israël et les États-Unis, le bataillon Tzabar avait été déployé juste de l’autre côté de la frontière.
Le Hezbollah avait commencé à tirer des roquettes et des missiles en direction d’Israël le 2 mars – et Israël avait riposté en avançant vers le nord, reprenant le territoire qu’il avait détenu jusqu’au cessez-le-feu conclu au mois de novembre 2024, et continuant ensuite sa progression jusqu’au fleuve Litani.
Moins de dix heures après avoir reçu ses ordres au cours de la première semaine de mars, l’une des compagnies du Tzabar s’était déjà saisie de la tristement célèbre prison de Khiam.
Lors de raids ultérieurs qui avaient été lancés plus au nord de la localité, le bataillon avait remarqué qu’il ne cessait d’apercevoir des hommes armés du Hezbollah autour de certains bâtiments qui étaient situés sur l’artère de circulation principale de la ville, racontent les officiers de l’armée israélienne.
Ils en avaient conclu que le Hezbollah protégeait un site militaire et ils avaient décidé de s’emparer du périmètre. Les soldats de l’armée israélienne avaient tué six terroristes du Hezbollah et ils avaient fouillé un bâtiment où une association caritative islamique distribuait des vêtements pour les enfants.
Ils avaient alors découvert que le Hezbollah avait transformé les lieux en complexe de combat. Ses hommes armés avaient percé des ouvertures dans les murs, ce qui leur permettait de se déplacer à l’abri des regards entre les différents bâtiments.
Les soldats avaient trouvé une radio, des lance-roquettes RPG et des fusils Kalachnikov.
Plus important encore, ils avaient découvert un réseau de tunnels construit à 25 mètres sous terre.
Le Times of Israel est entré dans ce tunnel – un souterrain bien plus élaboré que ceux du Hamas à Gaza. Une échelle métallique descend vers un escalier en colimaçon, qui mène à un petit palier. Ensuite, un autre escalier en colimaçon permet d’accéder au tunnel principal.
Les tunnels de Gaza, pour leur part, sont bas et sablonneux, surmontés d’arcs en béton.
Ici, c’est différent : Il y a une relativement belle hauteur de plafond dans ce tunnel creusé dans la roche du Hezbollah et il est soutenu par des charpentes métalliques solides. Des couloirs s’étendent sur des dizaines de mètres, avec des groupes électrogènes et des systèmes d’alimentation en eau qui ont été placés dans des petites pièces latérales. Sur des étagères, le long du couloir, les terroristes ont rangé leurs tapis de prière, leurs vêtements et même des pots de Nutella.
Le tunnel situé sous l’association caritative permettait aux hommes armés du Hezbollah d’échapper aux obus israéliens tout en se déplaçant sans être repérés entre les postes de tir et les bâtiments.
Les soldats disent avoir dorénavant compris ce que le Hezbollah cherchait à protéger à Khiam.
Une ville vidée de ses habitants
Le bataillon Tzabar a continué à avancer vers le nord après les combats qui ont eu lieu dans le centre de Khiam.
Avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu au Liban, le mois dernier, le bataillon a lancé un raid dans le village de Dibbine, tuant plus de 20 terroristes.
Dibbine est situé à près de 12 kilomètres au nord de la frontière israélienne.
Le Hezbollah ne tente plus d’affronter Israël en face à face, note le capitaine L.
« Nous ne sentons pas la présence de l’ennemi », fait-il remarquer. »Il a été totalement anéanti dans cette région ».
Il en va de même pour Khiam. Tous les bâtiments, à perte de vue, ont été détruits ou endommagés – et la ville, qui comptait autrefois près de 30 000 habitants, est désormais totalement vide.
Et elle pourrait bien le rester encore longtemps.
« Je ne vois pas comment nous pourrions partir et comment les habitants pourraient revenir », dit le premier officier. « Depuis le 7 octobre, on a compris que ça ne fonctionne pas : partout où ils ont l’occasion de revenir, ils reconstruisent des infrastructures et ils menacent les habitants du nord d’Israël ».
« Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de quitter la région tant qu’il n’y aura pas de solution qui permettra de faire totalement disparaître la menace », affirme-t-il.
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