« La Pologne est pour les Polonais, pas pour les Juifs », dit un élu polonais à Auschwitz
Grzegorz Braun, député d’extrême droite européen, dit que le plan polonais contre l’antisémitisme et pour la vie juive revient à "inviter Hannibal Lecter à emménager à côté"
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Un député polonais d’extrême droite a déclenché un scandale en affirmant que « la Pologne est pour les Polonais, pas pour les Juifs » alors qu’il se tenait devant le camp de concentration d’Auschwitz.
S’adressant samedi aux journalistes à propos du projet du gouvernement polonais visant à lutter contre l’antisémitisme et à promouvoir la vie juive dans le pays, Grzegorz Braun a déclaré qu’une telle initiative reviendrait à « inviter Hannibal Lecter à emménager à côté », comparant ainsi les Juifs au tueur en série fictif incarné par Anthony Hopkins dans le thriller Le Silence des agneaux.
Braun, membre du Parlement européen et chef du parti Confédération de la Couronne polonaise, connu pour ses déclarations antisémites outrancières, a affirmé que les Juifs cherchaient à obtenir des privilèges spéciaux en Pologne, reprenant des accusations mensongères historiques de la rhétorique antisémite.
« Les Juifs veulent être des surhommes en Pologne, bénéficier d’un statut privilégié, et la police polonaise danse à leur rythme », a-t-il déclaré. « Ils prennent plaisir à nous piétiner, nous, les Polonais. »
« La Pologne est pour les Polonais. Les autres nations ont leurs propres États, les Juifs ont le leur », a-t-il ajouté.
Il a tenu ces propos devant le camp d’extermination d’Auschwitz, où plus d’un million de Juifs ont été assassinés pendant la Shoah. Seuls quelque
10 000 Juifs vivent aujourd’hui en Pologne, une part infime de la population du pays, qui compte 38 millions d’habitants.
La Pologne s’apprête à approuver son premier plan quinquennal destiné à combattre l’antisémitisme et à promouvoir la vie juive, dans un contexte de montée des actes antisémites depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. Le plan devrait être validé d’ici décembre.
Selon Braun, cette initiative « distingue un groupe particulier… [pour] lui accorder des privilèges spéciaux… [et] revient à discriminer tous les citoyens polonais non juifs ».
Il a également menacé de « disperser le Conseil international d’Auschwitz aux quatre vents » si l’organisation, chargée de préserver les sites commémoratifs de la Shoah, tentait selon lui d’accroître son influence politique.
Les propos de Braun ont été rapidement condamnés. Le ministre polonais de la Justice, Waldemar Zurek, s’est engagé à ouvrir une enquête.
« Nous ne permettrons à personne d’exprimer de telles opinions en toute impunité », a-t-il déclaré. « C’est une honte pour les Polonais qu’un tel personnage, au 21ᵉ siècle, après ce qui s’est passé en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale, transforme cet endroit en un jeu politique odieux. »
Braun est déjà connu pour ses déclarations et ses gestes provocateurs visant Israël et le peuple juif. En janvier, il avait interrompu une minute de silence pour les victimes de la Shoah au Parlement européen en criant : « Prions pour les victimes du génocide juif à Gaza », en référence à la guerre contre le Hamas.
Grzegorz Braun supplements minute of silence for jews with "Let's pray for the victims of the Jewish genocide in Gaza"
He is escorted out of EU parliament afterwards pic.twitter.com/PyNlwenL78
— Polish Connection (@PoleConnection) January 29, 2025
En juillet, il avait affirmé sur une radio polonaise que les chambres à gaz du camp d’extermination d’Auschwitz étaient « des fabrications », tout en soutenant que les accusations antisémites médiévales de crimes rituels, pourtant réfutées depuis longtemps, seraient « réelles ».
En 2023, il avait été poursuivi pour avoir éteint une bougie de Hanoukka avec un extincteur au Parlement national.
La Pologne dispose de lois interdisant les discours haineux et la négation de la Shoah, mais le pays se débat depuis des années avec la question de son rôle pendant la Shoah et de la manière dont il doit être commémoré.
Une loi de 2018 a rendu passible de poursuites civiles toute accusation visant « la nation polonaise » pour des crimes que Varsovie souhaite imputer exclusivement à l’Allemagne nazie, qui a envahi la Pologne en 1939, en dépit de preuves substantielles de complicités polonaises.
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