Des procureurs polonais enquêtent sur un député ayant nié l’existence des chambres à gaz d’Auschwitz
Le directeur du musée du camp déposera une plainte distincte contre Grzegorz Braun, un ancien candidat à la présidence d'extrême-droite, qui a aussi réitéré l'accusation de meurtre rituel et perturbé la commémoration d'un pogrom
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VARSOVIE, Pologne – Les procureurs polonais ont ouvert une enquête préliminaire après qu’un député d’extrême droite a nié l’existence des chambres à gaz du camp d’extermination d’Auschwitz, évoquant des « mensonges ».
Grzegorz Braun, membre du Parlement européen, a déjà été accusé d’antisémitisme. En 2023, il avait éteint les bougies de Hanukkah au Parlement avec un extincteur.
Il s’était présenté à l’élection présidentielle au début de l’année, remportant plus de 6 % des voix au premier tour.
Jeudi, au micro de la radio polonaise Wnet, Braun a déclaré que « les meurtres rituels sont un fait, mais des choses comme Auschwitz et les chambres à gaz ne sont hélas qu’un mensonge », a rapporté l’agence de presse PAP. Le journaliste a ensuite mis fin à l’interview.
Le trope antisémite du meurtre rituel remonte à l’Europe du Moyen-Âge. Il se réfère à la croyance de certains chrétiens selon laquelle les Juifs assassinaient des chrétiens pour utiliser leur sang à des fins rituelles. Selon les historiens, cette croyance n’a aucun fondement dans la loi religieuse juive ni dans les faits historiques, et reflète plutôt l’hostilité envers les Juifs dans l’Europe chrétienne.
Un porte-parole du bureau du procureur du district de Varsovie, Piotr Antoni Skiba, a annoncé que les procureurs avaient ouvert une enquête préliminaire sur le négationnisme de Braun face aux crimes nazis.
Le directeur du musée d’Auschwitz, Piotr Cywinski, a fait savoir qu’il déposerait une plainte distincte auprès des procureurs. Il a affirmé que « nier l’existence des chambres à gaz n’est pas seulement une manifestation d’antisémitisme et une idéologie de haine ; en Pologne, c’est également un crime. »
Quelque 1,1 million de personnes ont été assassinées au camp d’Auschwitz, dans le sud de la Pologne, pendant la Seconde Guerre mondiale. La plupart étaient des Juifs, assassinés à l’échelle industrielle dans des chambres à gaz. Mais parmi les victimes figuraient aussi des Polonais, des Roms, des prisonniers de guerre soviétiques et des homosexuels.
Pour le Premier ministre polonais Donald Tusk, les propos de Braun ont été « honteux ». « Nous devons prendre toutes les mesures nécessaires pour que personne dans le monde n’associe la Pologne à de telles personnes, à de tels visages et à de telles actions », a-t-il martelé.
Jeudi, Braun se trouvait dans la ville de Jedwabne, dans le nord-est du pays, à l’occasion de la commémoration d’un pogrom de 1941 au cours duquel des centaines de Juifs avaient été brûlés vifs par leurs voisins polonais.
Il tentait, avec d’autres personnes, de bloquer le départ de voitures transportant les participants d’une cérémonie de commémoration, parmi lesquels le grand rabbin de Pologne, a rapporté l’agence PAP.
L’intervention de la police avait finalement permis aux véhicules de partir.
Yad Vashem, le mémorial israélien de la Shoah a condamné jeudi comme une « profanation de la vérité historique » l’installation de nouvelles plaques près du monument polonais en hommage aux Juifs de Jedwabne assassinés en temps de guerre par leurs voisins polonais.
Ces plaques remettent en question les conclusions officielles, affirmant que « le crime a été commis par une unité de pacification allemande » et non par les Polonais de la région.
La journée de jeudi marquait le 84e anniversaire du pogrom, durant lequel des paysans polonais du village de Jedwabne, dans le nord-est du pays, ont enfermé leurs voisins juifs par centaines dans une grange et les ont brûlés vifs.
Des femmes et des enfants se trouvaient parmi les victimes.
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