L’Arabie saoudite aurait secrètement frappé l’Iran pendant la guerre – sources
Ces frappes auraient été une "riposte" aux attaques iraniennes contre le royaume ; les Émirats arabes unis, qui ont eux aussi frappé en Iran avant et après le cessez-le-feu, auraient coordonné au moins une attaque avec Israël
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L’Arabie saoudite aurait lancé de nombreuses frappes non divulguées contre le régime iranien en représailles aux attaques menées sur son territoire pendant la guerre, ont déclaré deux responsables occidentaux informés du dossier et deux responsables iraniens.
Ces frappes saoudiennes, jusqu’alors inconnues, marquent la première fois où l’on apprend que le royaume a mené une action militaire directe sur le sol iranien et témoignent de son audace croissante dans la défense de ses intérêts face à son principal rival régional.
Ces frappes, menées par l’armée de l’air saoudienne, auraient eu lieu fin mars, ont indiqué les deux responsables occidentaux. L’un d’eux s’est contenté de préciser qu’il s’agissait de « frappes de représailles en réponse aux attaques subies par l’Arabie saoudite ».
Reuters n’a pas pu confirmer quelles étaient les cibles spécifiques.
Interrogé sur le sujet, un haut responsable du ministère saoudien des Affaires étrangères n’a pas répondu directement à la question de savoir si des frappes avaient été menées.
Le ministère iranien des Affaires étrangères n’a pas répondu à une demande de commentaires.
L’Arabie saoudite, qui entretient des liens militaires étroits avec les États-Unis, s’est traditionnellement appuyée sur l’armée américaine pour assurer sa protection. Toutefois, cette guerre de dix semaines a rendu le royaume vulnérable à des attaques ayant transpercé le parapluie militaire américain.
Depuis le début de la guerre, l’Iran a frappé les six États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à l’aide de missiles et de drones, attaquant non seulement des bases militaires américaines, mais aussi des sites civils, des aéroports et des infrastructures pétrolières, et a fermé le détroit d’Ormuz, perturbant ainsi le commerce mondial.
États du Golfe
C’est ainsi le deuxième pays du Golfe à se joindre aux États-Unis et à Israël dans leur guerre contre la République islamique d’Iran, après qu’il a été rapporté que les Émirats arabes unis avaient également mené secrètement plusieurs frappes militaires contre l’Iran.
S’appuyant sur des « sources proches du dossier », Bloomberg a rapporté mardi que les Émirats arabes unis avaient mené des frappes avant et après le cessez-le-feu du 8 avril.
L’une de ces frappes, en réponse à l’attaque iranienne du 5 avril contre le site pétrochimique émirati de Borouge, aurait été « coordonnée » avec Israël, a indiqué Bloomberg.
Selon une source, les deux pays auraient coopéré lors de l’attaque israélienne contre le complexe pétrochimique iranien de South Pars, le lendemain.
Tout au long de la guerre, la coopération entre les deux pays a notamment porté sur le partage de renseignements, la détection et l’interception de missiles et de drones iraniens, ainsi que la sélection de cibles iraniennes, ont déclaré les sources.
Pendant la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, Téhéran a lancé des attaques soutenues contre les Émirats arabes unis, tirant quelque 550 missiles balistiques et de croisière et plus de 2 200 drones, selon le ministère émirati de la Défense. Les Émirats arabes unis sont ainsi devenus le pays le plus visé de la région, Israël compris.
Les Émirats arabes unis n’ont reconnu aucune frappe offensive, mais ont souligné à plusieurs reprises leur droit de se défendre.
Le Wall Street Journal a rapporté en début de semaine que les Émirats arabes unis avaient mené une attaque contre l’île de Lavan, en Iran.
Selon des responsables américains, Israël a envoyé une batterie du Dôme de fer et des soldats chargés de la faire fonctionner aux Émirats arabes unis. L’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a confirmé cette information.
Les Émirats arabes unis ont signalé que des attaques, probablement iraniennes, avaient repris sur leur territoire au cours de la semaine dernière, alors que Téhéran semblait intensifier ses frappes dans la région, malgré un cessez-le-feu fragile.
La diplomatie en temps de guerre
L’Arabie saoudite, quant à elle, s’est efforcée d’empêcher l’escalade du conflit et est restée en contact régulier avec l’Iran, notamment par l’intermédiaire de son ambassadeur à Téhéran. Ce dernier n’a pas répondu à une demande de commentaires.
Le haut responsable du ministère saoudien des Affaires étrangères n’a pas répondu directement à la question de savoir si un accord de désescalade avait été conclu avec l’Iran, mais a déclaré : « Nous réaffirmons la position constante de l’Arabie saoudite en faveur de la désescalade, de la retenue et de la réduction des tensions, dans le but d’assurer la stabilité, la sécurité et la prospérité de la région et de ses populations. »
Les responsables iraniens et occidentaux ont indiqué que l’Arabie saoudite avait informé l’Iran de ces frappes, ce qui a donné lieu à d’intenses efforts diplomatiques, à des menaces saoudiennes de nouvelles représailles et à un accord entre les deux pays pour désamorcer la situation.
Ali Vaez, directeur du projet Iran à l’International Crisis Group, a déclaré que les frappes de représailles saoudiennes contre l’Iran, suivies d’un accord de désescalade, « démontreraient une reconnaissance pragmatique, de part et d’autre, du fait qu’une escalade incontrôlée entraîne des coûts inacceptables ».
Une telle succession d’événements démontrerait « non pas de la confiance, mais un intérêt commun à imposer des limites à la confrontation avant qu’elle ne dégénère en un conflit régional plus large ».
Cette désescalade informelle a pris effet la semaine précédant l’accord de cessez-le-feu conclu le 7 avril entre Washington et Téhéran concernant leur conflit plus large. La Maison Blanche n’a pas répondu à une demande de commentaire.
L’un des responsables iraniens a confirmé que Téhéran et Ryad s’étaient mis d’accord pour désescalader, affirmant que cette initiative visait à « mettre fin aux hostilités, préserver les intérêts mutuels et empêcher l’escalade des tensions ».
En désaccord depuis longtemps, l’Iran et l’Arabie saoudite, les deux principales puissances musulmanes chiites et sunnites du Moyen-Orient, ont soutenu des groupes opposés dans les conflits à travers la région.
Une médiation chinoise en 2023 a permis la reprise des relations entre les deux pays, notamment grâce à un cessez-le-feu entre le groupe terroriste chiite yéménite des Houthis, soutenu par la République islamique, au Yémen, et l’Arabie saoudite, qui tient depuis lors.
La mer Rouge restant ouverte à la navigation, l’Arabie saoudite a pu continuer à exporter du pétrole tout au long du conflit, contrairement à la plupart des États du Golfe, et a ainsi réussi à rester relativement à l’écart.
Éviter la « fournaise de la destruction »
Dans une tribune publiée ce week-end dans le journal saoudien Arab News, l’ancien chef des services de renseignement saoudiens, le prince Turki al-Faisal, a résumé la position du royaume en écrivant : « Lorsque l’Iran et d’autres ont tenté d’entraîner le royaume dans la fournaise de la destruction, nos dirigeants ont choisi d’endurer les souffrances causées par un voisin afin de protéger la vie et les biens de nos citoyens. »
Les frappes de l’Arabie saoudite ont fait suite à des semaines de tensions croissantes.
Lors d’une conférence de presse à Ryad le 19 mars, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhan, a déclaré que le royaume « se réservait le droit de mener des actions militaires si cela s’avérait nécessaire ».
Trois jours plus tard, l’Arabie saoudite a déclaré persona non grata l’attaché militaire iranien et quatre membres du personnel de l’ambassade.
Fin mars, les contacts diplomatiques et la menace de l’Arabie saoudite d’adopter une approche plus belliqueuse, à l’instar des Émirats arabes unis, ont conduit à un accord visant à désescalader la situation, selon des sources occidentales.
Selon un décompte de Reuters basé sur les communiqués du ministère saoudien de la Défense, le nombre d’attaques de drones et de missiles contre l’Arabie saoudite, qui s’élevait à plus de 105 entre le 25 et le 31 mars, est tombé à un peu plus de 25 entre le 1ᵉʳ et le 6 avril.
Selon des sources occidentales, les projectiles tirés sur l’Arabie saoudite dans les jours précédant le cessez-le-feu élargi provenaient d’Irak plutôt que d’Iran, ce qui indiquerait que Téhéran avait réduit ses frappes directes, tandis que les groupes alliés continuaient d’opérer.
Le 12 avril, l’Arabie saoudite a convoqué l’ambassadeur d’Irak pour protester contre les attaques lancées depuis le territoire irakien.
Les échanges entre l’Arabie saoudite et l’Iran se sont poursuivis, malgré l’apparition de tensions au début du cessez-le-feu global entre l’Iran et les États-Unis. Le ministère saoudien de la Défense a en effet signalé que 31 drones et 16 missiles avaient été tirés sur le royaume les 7 et 8 avril.
Cette recrudescence a incité Ryad à envisager des représailles contre l’Iran et l’Irak, tandis que le Pakistan a déployé des avions de chasse pour rassurer le royaume et a appelé à la retenue, alors que les négociations s’intensifiaient.
Israël a lancé sa campagne contre l’Iran, aux côtés des États-Unis, le 28 février afin de réduire les capacités militaires du régime iranien, d’éloigner les menaces posées par l’Iran – notamment ses programmes nucléaires et de missiles balistiques – et de « créer les conditions » permettant au peuple iranien de renverser le régime, ont déclaré les responsables militaires et autres dirigeants israéliens.
Le cessez-le-feu déclaré par le président Donald Trump en avril est intervenu alors que les principaux objectifs déclarés de la guerre contre la République islamique d’Iran n’avaient pas été atteints.
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