Le Qatar ne signera pas de chèque pour reconstruire « ce que d’autres ont détruit » à Gaza
Dans une interview avec Tucker Carlson, Mohammed Abdulrahman Al Thani a estimé que certaines personnes faisaient "beaucoup d'efforts pour saboter la relation entre le Qatar et les États-Unis"
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DOHA — Dimanche, le Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, a laissé entendre que son pays ne paierait pas pour la reconstruction de Gaza, malgré les rumeurs qui affirment le contraire
« Ce n’est pas nous qui allons faire le chèque pour reconstruire ce que d’autres ont détruit », a déclaré Al Thani lors d’une interview sur scène au Forum de Doha, une conférence diplomatique annuelle.
Il a indiqué que le Qatar limiterait ses financements à l’aide humanitaire et qu’il continuerait à aider le peuple palestinien en faisant le maximum pour soulager ses souffrances.
« Notre argent servira à aider le peuple palestinien uniquement si nous voyons que l’aide qui leur parvient est insuffisante », a déclaré Al Thani, sans plus de précisions.
Si le Qatar décide de ne pas financer les reconstructions à Gaza, on ignore qui pourrait le faire, car Doha avait jusqu’alors donné le sentiment d’y poser moins de conditions que d’autres pays riches du Golfe – comme les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite, lesquels se refusent à financer quoi que ce soit en dehors d’un projet clair vers l’établissement d’un État palestinien, ce qu’Israël refuse catégoriquement.
Le mois dernier, l’ONU a laissé entendre qu’il faudrait près de 70 milliards de dollars pour reconstruire Gaza, dont des quartiers entiers ont été rasés et 75 % des bâtiments endommagés ou détruits.
En avril dernier, l’UE s’est engagée à verser 1,6 milliard d’euros pour la reconstruction de Gaza, et la semaine passée, le président chinois Xi Jinping a promis 100 millions de dollars, mais on ignore à ce stade qui règlera le gros de l’addition.
À la fin de l’interview d’Al Thani menée par Tucker Carlson, le commentateur conservateur américain et théoricien du complot a annoncé qu’il allait acheter une maison au Qatar, tout en réfutant avoir reçu de l’argent du riche émirat gazier du Golfe, comme l’affirment, selon lui, certains détracteurs.
« J’ai été critiqué comme ayant été un instrument du Qatar (…) je n’ai jamais rien pris de votre pays et je n’en ai pas l’intention. En revanche, demain, je vais acheter un bien au Qatar, » a déclaré l’ex-présentateur star de Fox News.
« Je fais ça parce que j’aime la ville. Je la trouve belle, mais aussi pour affirmer que je suis un Américain, un homme libre et que je serai n’importe où où je veux être », a ajouté M. Carlson lors d’une conférence à Doha.
Le Qatar abrite la plus grande base aérienne américaine du Moyen-Orient, qui accueille notamment le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).
Le petit émirat riche en gaz est classé par Washington comme allié majeur hors OTAN, et a courtisé le président américain Donald Trump avec assiduité, allant jusqu’à lui offrir un avion de luxe lors de sa visite dans le Golfe en juin.
De nombreuses personnes « déploient de gros efforts pour saboter la relation entre le Qatar et les Etats-Unis et tenter de diaboliser toute personne qui viendra dans ce pays », a réagi le Premier ministre qatari après l’annonce de M. Carlson.
M. Thani a mis en avant les efforts déployés par son pays auprès des Etats-Unis pour « s’assurer que cette relation soit protégée et qu’elle reste mutuellement bénéfique ».
« Nous payons toutes ces sommes pour le lobbying uniquement afin de protéger et de préserver cette relation », a-t-il déclaré.
Pays médiateur dans la guerre à Gaza, le Qatar accueille le bureau politique des terroristes du Hamas depuis 2012, avec la bénédiction des Etats-Unis.
Doha a fait l’objet d’accusations de la part de responsables politiques américains et israéliens pour cet accueil, mais a toujours fermement nié apporter un quelconque soutien au mouvement islamiste palestinien.
Début septembre, une frappe israélienne sans précédent, dont Donald Trump avait dit être « très mécontent » a visé une réunion de négociateurs du Hamas dans la capitale qatarie, faisant six morts.
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