Le slogan « Du fleuve jusqu’à la mer » est antisémite, dit l’envoyée française pour les droits de l’Homme
S'exprimant auprès du Times of Israel depuis Jaffa quelques jours après l'attentat de Sydney, Isabelle Lonvis-Rome dit que s'en prendre à "l'existence" d'Israël est intolérable
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Certains slogans qui sont régulièrement entendus à l’occasion des manifestations anti-israéliennes et pro-palestiniennes à travers le monde sont antisémites, affirme l’ambassadrice française des droits de l’Homme, qui est spécialement chargée de la mémoire de la Shoah, quelques jours après un attentat meurtrier à Sydney, en Australie, où une fête organisée en bord de mer pour Hanoukka s’est transformée en bain de sang. Deux hommes armés ont ainsi tué à bout portant quinze personnes, une attaque qui a également fait des dizaines de blessés.
« ‘Du fleuve jusqu’à la mer’… Nous considérons qu’un tel slogan a des visées antisémites », dit Isabelle Lonvis-Rome au Times of Israel lors d’un entretien qu’elle nous accorde à Jaffa. « C’est clair ».
Lonvis-Rome, dont les attributions comprennent la lutte contre l’antisémitisme, est venue en Israël pour représenter la France à la séance plénière de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste à Yad Vashem, présidée par Israël, qui a eu lieu à Jérusalem.
L’antisémitisme a grimpé en flèche dans le monde entier, y compris en France, depuis que le Hamas a lancé sa guerre contre Israël, le 7 octobre 2023.
Les actes antisémites en France ont presque été multipliés par quatre en 2024 avec 1 570 incidents enregistrés – des incidents qui représentent 62% de tous les crimes de haine à caractère religieux dans le pays, selon le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).
Parmi ces incidents, 65 % ont compris des agressions violentes qui ont pris pour cible des personnes et plus de 10 % ont consisté en des agressions physiques. Cette recrudescence de la haine antijuive a créé un nouveau malaise pour les membres de la communauté qui ressentent un besoin de plus en plus pressant de cacher leur identité, par exemple en retirant les mezuzot des portes de leurs habitations ou en changeant leurs noms sur internet, selon le rapport.
L’antisémitisme en France vise de manière croissante les plus jeunes. Le ministère de l’Éducation nationale a ainsi signalé une augmentation de 420 % des actes antisémites dans les écoles au cours de l’année scolaire 2023-2024. Des enquêtes d’opinion ont révélé que 64 % de la population française estimait que les Juifs ont des raisons de craindre de vivre en France, a noté le rapport.
La recrudescence de l’antisémitisme s’est accompagnée de fréquents rassemblements massifs dénonçant Israël – des mouvements de protestation qui ont souvent été accompagnés de slogans comme « Mondialisez l’Intifada » et « Du fleuve jusqu’à la mer, la Palestine sera libre ».
« Ce qui est certain, c’est qu’attaquer l’existence même de l’État d’Israël est antisémite », fait remarquer Lonvis-Rome.
« Quand on parle d’antisionisme, je préfère dire très clairement qu’il est interdit d’attaquer l’existence de l’État d’Israël ».
Elle affirme qu’il faut également redoubler d’efforts dans la lutte contre l’antisémitisme sur internet, ce dernier étant susceptible de mener à des agressions physiques contre des Juifs.
« Les réseaux sociaux jouent un rôle très important dans cette dynamique et les discours antisémites sont, à mon sens, très inquiétants », dit Lonvis-Rome. « Nous devons lutter contre les discours antisémites, car je pense qu’ils constituent l’étape préalable aux violences antijuives ».
Dans le cadre de ses fonctions précédentes – elle a notamment été ministre, en France, de l’Égalité des chances, de la Diversité et de l’Intégration – Lonvis-Rome a été à la tête de l’élaboration du dernier plan national quadriennal français de lutte contre l’antisémitisme et le racisme.
Dans le cadre des fonctions qu’elle occupe actuellement, elle dit régulièrement rencontrer des agences de défense des droits de l’homme internationales. Un certain nombre d’entre elles ont été accusées par Israël de partialité à l’égard de l’État juif.
Lonvis-Rome explique ne pas être d’accord : « Personnellement, je ne vois pas ce problème. Je pense que… la lutte contre l’antisémitisme doit être dissociée de la politique ».
Lors de sa première visite en Israël, Lonvis-Rome s’est rendue en Cisjordanie, dans la zone C, où elle s’est entretenue avec des militants des droits civiques qui combattent la législation qui prévoit d’appliquer la peine de mort aux terroristes. Elle a aussi échangé avec les membres de groupes comme BTselem, qui accusent Israël de « génocide » à Gaza.
Elle est également allée sur le site où s’était déroulé le festival de musique électronique Nova, à proximité de la frontière avec Gaza, où le Hamas avait assassiné 378 personnes et kidnappé des dizaines d’autres personnes lors du pogrom du 7-Octobre.
« C’est aussi une manière d’être proche du peuple juif, de dire que la France le soutient et qu’elle mène une politique très spécifique dans le cadre de la lutte contre l’antisémitisme », indique-t-elle en évoquant cette visite.
Elle insiste sur le fait que le combat contre la haine antijuive « doit être inconditionnel et universel ».
En même temps, elle souligne que « ce n’est pas mon rôle de lutter contre l’antisémitisme au Moyen-Orient ».
Les sondages montrent de façon systématique que l’antisémitisme est plus élevé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord que partout ailleurs dans le monde. Une enquête de l’Anti-Defamation League (ADL) dont les résultats ont été diffusés au début de l’année a révélé que plus de 75 % des habitants de la région MENA avaient des attitudes antisémites – c’était notamment le cas de 97 % des Palestiniens et des Koweïtiens.
« La lutte contre l’antisémitisme doit être appréhendée en-dehors du domaine de la politique mais dans le contexte du Moyen-Orient, il est vraiment difficile de dissocier l’antisémitisme de la géopolitique », explique-t-elle.
« C’est une tâche difficile, en particulier pour la France qui se trouve en dehors du Moyen-Orient. C’est plus difficile pour nous qui sommes à l’extérieur ».
Zev Stub a contribué à cet article.
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