Les apiculteurs de Gaza peinent à se relever après l’effondrement du secteur
Un spécialiste des métiers traditionnels estime que la production de miel est tombée à 10 % de son niveau d'avant-guerre, faute de matériel et d'accès aux vergers
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

GAZA-CITY/LE CAIRE (Reuters) – Debout sur le toit d’un immeuble endommagé par la guerre, dominant les ruines de Gaza-City, l’apiculteur Ibrahim al-Dabba soulève délicatement un cadre de ruche tandis que les abeilles bourdonnent autour de lui.
« Les abeilles ont besoin d’arbres. Aujourd’hui, nous les élevons au milieu des décombres », explique-t-il.
Pour les apiculteurs de Gaza, reconstruire leur activité après plus de deux ans de guerre va bien au-delà de juste produire du miel. Il s’agit aussi de préserver l’un des principaux pollinisateurs de la nature dans un territoire où les terres agricoles ont été ravagées et où l’accès aux vergers situés près de la frontière israélienne est désormais impossible.
Avant la guerre, les apiculteurs exploitaient près de 30 000 ruches, selon l’ingénieur agronome et apiculteur Rateb Sammour.
La production de miel était déjà en recul, passant d’environ 400 tonnes par an à près de la moitié de ce volume, le changement climatique ayant perturbé les cycles de floraison.
La guerre a toutefois porté un coup autrement plus sévère au secteur. Apiculteur et producteur de miel réputé de Gaza, Sammour estime qu’il ne reste plus qu’environ 700 ruches, les apiculteurs multipliant les essaims afin de préserver ce qu’il leur reste de cheptel.
Selon Sammour, la production de miel ne représente plus que 10 % de son niveau d’avant-guerre.
Dans une grande partie de Gaza, où des quartiers entiers restent réduits à l’état de ruines, les apiculteurs récupèrent tout ce qu’ils peuvent. Certains ont installé leurs ruches sur les toits, les terres agricoles étant détruites ou inaccessibles. D’autres complètent l’alimentation de leurs abeilles avec du sucre, faute de ressources florales suffisantes.
À la fin du mois d’avril, Israël contrôlait de fait environ 64 % de la bande de Gaza. La quasi-totalité des quelque deux millions d’habitants du territoire sont désormais concentrés dans une étroite bande côtière contrôlée par le groupe terroriste palestinien du Hamas, où la plupart vivent dans des bâtiments endommagés ou des abris de fortune, dans des conditions humanitaires désastreuses.
Les combats ont largement diminué depuis l’entrée en vigueur, en octobre 2025, d’un cessez-le-feu à Gaza, après deux années de guerre déclenchée par le pogrom perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023.
La reconstruction de l’enclave reste toutefois quasiment à l’arrêt et Israël poursuit ponctuellement des frappes aériennes contre des cibles du Hamas et du Jihad islamique dans la bande de Gaza.
Après le cessez-le-feu d’octobre dernier, Ibrahim al-Dabba, 49 ans, espérait reprendre un métier transmis de génération en génération. À son retour, il a pourtant découvert qu’il ne restait pratiquement plus rien.
« Nous n’avons retrouvé ni abeilles, ni matériel, ni cadres, bref rien qui nous permette de reprendre l’apiculture », raconte-t-il.
« On nous interdit même d’accéder aux terres agricoles », poursuit-il, expliquant que celles-ci se trouvent désormais à l’intérieur de la ligne jaune de démarcation militaire établie dans le cadre du cessez-le-feu.
Reconstituer son exploitation a eu un coût exorbitant, raconte encore Al-Dabba qui affirme avoir déboursé 10 000 shekels pour seulement trois ruches, sans compter le matériel nécessaire.
Dans le camp de Nuseirat, au centre de Gaza, l’apiculteur Fahd al-Dahdouh, 32 ans, consacre ses journées à réparer des ruches endommagées récupérées dans des exploitations agricoles dévastées.
« J’ai récupéré ces ruches, comme vous pouvez le voir. Je les ai rapportées puis remises en état », explique-t-il. « J’ai récupéré les couvercles, les corps de ruche et même les planchers. »
la Communauté du Times of Israël !







