Les transporteurs israéliens veulent continuer à traverser l’espace aérien turc malgré sa fermeture
Selon un diplomate, seuls les avions transportant des responsables israéliens ou des armes vers Israël sont interdits dans l'espace aérien turc
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Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a annoncé « l’interruption totale » des échanges commerciaux entre Ankara et Israël et avoir fermé l’espace aérien turc aux avions de l’État juif. Les compagnies aériennes israéliennes ont, pour leur part, déclaré n’avoir reçu aucune nouvelle instruction.
Une source diplomatique turque a ensuite précisé que les propos de Fidan visaient uniquement les vols du gouvernement israélien et ceux transportant des armes à destination d’Israël, qui seraient interdits dans l’espace aérien turc.
« Les commentaires du ministre font référence aux vols transportant des responsables israéliens et à ceux acheminant des armes ou des munitions vers Israël. Ils ne concernent pas les vols commerciaux en transit », a indiqué la source.
Cette clarification fait suite aux déclarations faites par des responsables israéliens au Times of Israel, qui avaient estimé que Fidan se contentait d’exposer – avec quelques inexactitudes – les mesures déjà prises par la Turquie à l’encontred’ Israël dans le cadre de la guerre contre le Hamas à Gaza.
« Nous avons totalement interrompu nos échanges commerciaux avec Israël, nous avons fermé nos ports aux navires israéliens, et nous avons interdit aux navires turcs de se rendre dans les ports israéliens », a expliqué Fidan durant une session parlementaire extraordinaire consacrée aux attaques israéliennes contre la bande de Gaza.
« Nous ne permettons pas aux navires transportant des armes et des munitions à destination d’Israël de pénétrer dans nos ports, ni aux avions acheminant ces mêmes cargaisons à entrer dans notre espace aérien », a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.
Fidan a également fait part de l’intention de la Turquie d’effectuer des largages aériens d’aide humanitaire à Gaza. « Nos avions sont prêts. Dès que la Jordanie donnera son accord, nous pourrons décoller », a-t-il affirmé devant les députés.
Le gouvernement israélien n’a encore fait aucun commentaire sur ces propos de Fidan, prononcés au lendemain de la diffusion, par la chaîne saoudienne Al-Hadath, d’une information selon laquelle un raid israélien mené dans la nuit de mercredi à jeudi dans la région de Damas avait permis de démanteler des dispositifs de surveillance turcs pointés vers Israël.
En réponse au discours de Fidan, le Hamas a exhorté « la Turquie, les pays arabes et islamiques ainsi que les nations libres du monde, à intensifier les mesures punitives contre [Israël] » et à « rompre toutes les relations avec l’État juif et à œuvrer pour l’isoler, afin de le contraindre à mettre un terme au génocide et à la destruction de Gaza ».
Mais vendredi, malgré la déclaration de Fidan, les avions israéliens continuaient d’opérer dans l’espace aérien turc et n’avaient reçu aucune instruction contraire, selon la radio militaire.
« À la suite d’informations faisant état de la décision de la Turquie de fermer son espace aérien aux avions israéliens, Arkia a pris contact avec les autorités compétentes », a fait savoir la compagnie aérienne israélienne au Times of Israel. « À ce stade, la compagnie n’a reçu aucune instruction opérationnelle. »
Israir a également affirmé au Times of Israel que « l’espace aérien n’a pas été fermé ».
« Nos vols circulent comme prévu, sans aucun changement. Nous sommes en contact régulier avec l’Autorité de l’aviation civile », a précisé la compagnie aérienne.
La semaine dernière, l’agence Reuters avait rapporté les propos tenus par des sources issues du secteur du transport maritime, selon lesquels les autorités portuaires turques avaient commencé à demander, de manière informelle, aux agents du secteur de fournir des lettres attestant que les navires n’étaient pas liés à Israël et qu’ils ne transportaient pas de cargaisons militaires ou dangereuses à destination de ce pays.
Les navires battant pavillon turc seront interdits d’escale dans les ports israéliens, avait aussi précisé une de ces sources.
Pour Hay Eytan Cohen Yanarocak, expert de la Turquie au Centre Moshe Dayan d’études sur le Moyen-Orient et l’Afrique de l’université de Tel Aviv, ces derniers propos de Fidan sont crédibles et significatifs.
« La Turquie est en train d’adopter une stratégie de sanctions progressives à l’encontre d’Israël », a expliqué Yanarocak. « Quand Israël a annoncé son intention de prendre le contrôle de la ville de Gaza, Ankara a imposé des sanctions navales interdisant aux vaisseaux israéliens de faire escale dans les ports turcs. Et aujourd’hui, après avoir appris que l’armée israélienne avait lancé un raid hors du territoire visant des avant-postes de l’armée syrienne, dans des lieux où la Turquie disposait de dispositifs de renseignement d’où elle surveillait les activités des soldats israéliens, Ankara a pris une nouvelle décision, et a donc fermé son espace aérien aux avions israéliens. »
« Il s’agit d’une décision sans précédent. Il ne sera pas facile de revenir en arrière à l’avenir », a-t-il ajouté.
La Turquie est l’un des principaux soutiens du Hamas, ainsi que l’un des plus virulents critiques de la conduite d’Israël à Gaza.
L’an dernier, la Turquie avait annoncé mettre fin à toutes ses exportations et importations à destination et en provenance d’Israël. Certaines se seraient toutefois poursuivies en secret.
Le volume des échanges entre les deux pays avait atteint 6,8 milliards de dollars en 2023. La Turquie était alors le cinquième plus grand importateur de marchandises d’Israël. Israël et la Turquie avaient conclu des accords de libre-échange au milieu des années 1990, aujourd’hui en cours d’abrogation.
Istanbul était également et de longue date une destination prisée des touristes israéliens, beaucoup voyageant sur Turkish Airlines et choisissant l’aéroport Atatürk comme option moins onéreuse pour leurs vols de correspondance vers des destinations en Europe et ailleurs.
Avant le massacre perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre à Gaza, Turkish Airlines était la quatrième plus importante compagnie aérienne de l’aéroport israélien Ben Gurion. En avril, les transporteurs turcs ont abandonné leurs créneaux de vols à l’aéroport.
Sharon Wrobel et l’équipe du Times of Israel ont participé à cet article.
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