Un raid israélien mené contre un site militaire syrien près de Damas
Si ce raid est confirmé, il s'agirait de la première opération du genre près de la capitale depuis l'arrivée au pouvoir d'Ahmed al-Sharaa, en décembre 2024

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les troupes israéliennes ont mené une opération commando sur un site syrien déjà bombardé ces quarante-huit dernières heures, ont rapporté les médias d’État syriens. Cette opération majeure aurait mobilisé des hélicoptères, des avions de chasse et des dizaines de soldats.
Israël a d’abord frappé le site situé à l’extérieur de Damas mardi, tuant plusieurs soldats syriens, selon le ministère des Affaires étrangères du pays. Il a été bombardé à nouveau mercredi, a indiqué la télévision d’État syrienne.
Un responsable du ministère syrien de la Défense a déclaré à l’AFP sous couvert d’anonymat que le site était une ancienne base militaire syrienne située à Tal Maneh, près d’al-Kiswah.
À la suite de la deuxième attaque, mercredi, les médias d’État ont indiqué que des soldats israéliens avaient été acheminés par avion dans la région pour mener une opération « dont les détails ne sont pas encore connus, alors que des vols de reconnaissance intensifs se poursuivent ».
Selon deux sources de l’armée syrienne, une unité de Tsahal a effectué un atterrissage aéroporté sur une colline stratégique située au sud-ouest de Damas. L’armée a effectué une opération de deux heures avant de quitter le secteur.
Ils ont expliqué que les troupes avaient atterri près de Jabal al-Mani, qui était autrefois une importante base de défense antiaérienne exploitée par l’Iran. Cette base avait été détruite par Israël après la chute du régime du dictateur syrien Bashar el-Assad.
Un certain nombre de soldats de la nouvelle armée syrienne sont positionnés sur la base, ont précisé les sources.
Selon une source syrienne qui s’est entretenue avec Al-Jazeera, le raid a mobilisé quatre hélicoptères et deux avions de combat, ainsi que des dizaines de soldats.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne et s’appuyant sur un réseau de sources sur le terrain, le site abritait des armes utilisées par le groupe terroriste libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, un allié majeur d’Assad.
L’OSDH a précisé que cette opération terrestre était la première du genre depuis la chute d’Assad, écarté du pouvoir par une coalition rebelle menée par le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ex-branche d’Al-Qaïda en Syrie, en décembre.
Cette intensification des activités militaires israéliennes en Syrie intervient alors que les deux pays sont engagés dans des pourparlers « avancés » sous l’égide des États-Unis. Ces négociations visent à apaiser les tensions dans le sud de la Syrie et à conclure un accord de sécurité qui pourrait ouvrir la voie à des négociations politiques plus larges.
Selon les médias israéliens – une information rapportée en début de semaine – Damas et Jérusalem seraient sur le point de parvenir à un accord, qui serait basé sur les lignes de désengagement convenues par les deux parties en 1974, soit un an après la Guerre de Kippour.
Jeudi matin, après les informations faisant état du raid de mercredi soir, le ministre de la Défense, Israel Katz, a écrit sur le réseau social X que les forces israéliennes « mènent jour et nuit des opérations sur tous les fronts pour assurer la sécurité d’Israël ».
Il n’a pas précisé à quoi il faisait référence, mais cette déclaration a été faite quelques minutes après que les médias syriens ont rapporté le raid commando.
Interrogé à ce sujet, un porte-parole de l’armée israélienne a déclaré : « Nous ne commentons pas les informations provenant de l’étranger. »
Les frappes israéliennes de mardi auraient visé des soldats syriens qui, lors d’une patrouille, auraient découvert des « dispositifs de surveillance et d’écoute » appartenant à Israël.
Mercredi, le gouvernement syrien a condamné les récentes attaques israéliennes sur son territoire, sans faire de commentaire spécifique sur le raid terrestre israélien signalé.
Il a également condamné « l’incursion » de soldats de l’armée israélienne à Qouneitra, lundi, ainsi que leurs campagnes d’arrestations à l’encontre de civils et leur « annonce de la poursuite de leur présence illégale au sommet du mont Hermon et dans la zone tampon ».
« Ces pratiques agressives constituent une violation flagrante de la Charte des Nations unies, du droit international et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, et constituent une menace directe pour la paix et la sécurité dans la région », a ajouté Damas.
« Fake news »
Dans le même temps, le bureau du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a démenti jeudi la véracité d’un reportage de la chaîne publique Kan, qui laissait entendre qu’Israël aurait sérieusement envisagé de céder la région du mont Dov en échange de l’abandon par la Syrie de ses revendications sur le plateau du Golan, lors de pourparlers sur la sécurité avec Damas, il y a quelques semaines. Il a qualifié cette information de « fake news ».
« L’affirmation selon laquelle Israël aurait envisagé de céder le mont Dov est une infox absolue », a affirmé le bureau du Premier ministre en réponse à ce reportage.
Selon Kan, Israël aurait envisagé de céder la région contestée du mont Dov, également connue sous le nom de « Fermes de Chebaa » – une position stratégique reprise avec le plateau du Golan lors de la Guerre des Six Jours en 1967 – en échange de la suspension par Damas de ses revendications de souveraineté sur le Golan.
Le reportage indiquait que ses responsables avaient étudié la « faisabilité politique » d’une telle initiative, qui nécessiterait l’approbation de 80 membres de la Knesset, lors de pourparlers qui avaient été suspendus à la suite des violences intercommunautaires qui avaient éclaté le mois dernier dans la province de Soueïda, à majorité druze, dans le sud de la Syrie.
Selon le reportage, le président syrien, Ahmad al-Sharaa, a également fait savoir cette semaine aux journalistes arabes que Damas ne pourrait pas adhérer aux Accords d’Abraham tant que le Golan resterait sous contrôle israélien.
Par ailleurs, Sharaa a confirmé que son gouvernement était en pourparlers « avancés » avec Israël en vue de conclure un accord de sécurité basé sur les lignes de désengagement négociées par l’ONU en 1974, qui ont créé une zone de cessez-le-feu entre les parties syrienne et israélienne du plateau du Golan.
L’armée israélienne est déployée sur neuf postes dans le sud de la Syrie depuis la chute du régime Assad, fin décembre 2024, principalement dans une zone tampon patrouillée par l’ONU à la frontière entre les deux pays.
Tsahal mène des opérations dans des zones situées jusqu’à 15 kilomètres à l’intérieur du territoire syrien, notamment à Beit Jinn, afin de saisir les armes qui, selon Israël, pourraient constituer une menace pour le pays si elles tombaient entre les mains de forces hostiles.
Alors que les pourparlers entre Israël et la Syrie se poursuivent sous l’égide des États-Unis, Katz a promis mardi que les soldats de l’armée israélienne resteraient en Syrie pour défendre le nord du pays, affirmant que la nécessité pour Israël de maintenir une présence dans cette région était « une leçon essentielle tirée des événements du 7 octobre [2023] ».







