Rechercher
Interview

L’ex-envoyé spécial pour le climat met le cap sur l’Afrique pour vanter les écotechnologies israéliennes

Nommé ambassadeur au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie, au Malawi et aux Seychelles, Gideon Behar est convaincu que l'innovation israélienne peut changer le monde

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

En tenue de circonstance, vêtu d'une chemise africaine, l'ambassadeur Gideon Behar déguste les produits de son jardin. (Crédit : Ambassade d'Israël en Afrique du Sud)
En tenue de circonstance, vêtu d'une chemise africaine, l'ambassadeur Gideon Behar déguste les produits de son jardin. (Crédit : Ambassade d'Israël en Afrique du Sud)

Peu de personnalités du monde de l’environnement et du climat en Israël sont aussi énergiques, omniprésentes, diplomates et positives que Gideon Behar. Il achève actuellement un mandat de plus de cinq ans en tant qu’envoyé spécial du pays pour le dérèglement climatique et la durabilité, sous l’égide du ministère des Affaires étrangères.

Behar n’a pas seulement rendu le ministère plus écologique, en installant notamment des panneaux solaires et une ruche sur le toit, ou en interdisant les gobelets et couverts jetables, il a parcouru tout le pays pour donner des conférences sur le dérèglement climatique aux membres du gouvernement, aux conseils locaux et à tous ceux qui voulaient l’entendre.

Il a également joué un rôle clé dans l’établissement de relations régionales sur les questions environnementales et a renforcé la présence d’Israël à la plus importante conférence internationale sur le climat, la COP des Nations unies, en présentant les technologies climatiques israéliennes comme un modèle susceptible de contribuer à sauver la planète.

Le 14 août, il s’est envolé pour Nairobi afin de prendre ses fonctions d’ambassadeur pour le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Malawi et les Seychelles.

Lui succède au poste d’envoyé pour le climat Raphael (Rafi) Singer, actuel chef du département Économie et Commerce de l’ambassade d’Israël à Rome.

Ajoutant le swahili aux sept langues qu’il parle déjà (dont le wolof, parlé au Sénégal, où il a été ambassadeur de 2006 à 2011), Behar affirme que ce nouveau poste lui permettra de combiner deux de ses grandes passions : le continent africain et l’environnement.

De gauche à droite : Gideon Behar, Perumal Arumugam de la CCNUCC, Victor Weiss, codirecteur du Center for Climate Rehabilitation, et Shelly Dvir, directrice adjointe de Business Roundtable Israel, lors de la première conférence israélienne sur la séquestration du carbone, à Shefayim, le 30 juin 2022. (Crédit : Ministère des Affaires étrangères)

Le dernier rendez-vous de Behar au ministère des Affaires étrangères était une interview accordée au Times of Israel.

Cette interview a été remaniée et condensée dans un souci de clarté et de concision.

The Times of Israel : Je vous ai déjà interviewé à plusieurs reprises, mais je ne vous ai jamais demandé ce qui vous a conduit à vous intéresser au climat.

Gideon Behar : J’aime la nature depuis mon enfance. Je ramassais les déchets lors des sorties scolaires et je cultivais des légumes devant mon immeuble.

L’ambassadeur Gideon Behar chez lui, au milieu de ses légumes. (Crédit : Autorisation)

En tant qu’ambassadeur au Sénégal, j’ai dirigé un projet majeur d’irrigation goutte à goutte avec MASHAV (Agence israélienne pour la coopération internationale au développement) afin de réduire la dépendance aux précipitations. J’ai pu constater à quel point la désertification et la perte de biodiversité étaient des phénomènes importants.

Lorsque j’ai eu 50 ans, je me suis demandé ce que je voulais faire de ma vie et je suis arrivé à la conclusion que je voulais m’investir dans la lutte contre le dérèglement climatique, dans la ville où je vis, en Israël, mais aussi dans le monde entier. J’ai proposé le poste d’envoyé spécial pour le climat, et le ministère des Affaires étrangères a accepté. Je n’étais pas le premier : Yaakov Hadas avait occupé ce poste pendant deux ans. Je l’ai développé lorsque j’ai pris mes fonctions, en décembre 2019. J’avais déjà une connaissance approfondie du dérèglement climatique et des mesures à prendre.

Sur quoi vous êtes-vous concentré en tant qu’envoyé pour le climat ?

J’ai consacré beaucoup de temps à expliquer au gouvernement, aux municipalités et aux citoyens ce qu’est le dérèglement climatique, dans quelle mesure il nous menace et ce que nous devons faire pour y faire face. J’ai beaucoup travaillé avec le ministère de l’Éducation et donné des dizaines de conférences à des enseignants et des élèves.

Israël a été créé dans des conditions difficiles, dans un désert où l’eau est rare, et pourtant, il a réussi

J’ai également demandé comment Israël pouvait contribuer à la lutte contre le dérèglement climatique. La réponse a été la suivante : par le biais de solutions pratiques et évolutives.

Israël a été créé dans des conditions difficiles, dans un désert où l’eau est rare, et pourtant, il a réussi. Le monde a grandement besoin de l’expérience d’Israël. On a tendance à oublier qu’Israël a été pionnier dans les panneaux solaires pour les chauffe-eau. Aujourd’hui, nous comptons de nombreuses start-ups et entreprises qui œuvrent dans les domaines de l’énergie solaire, de l’efficacité énergétique et du stockage de l’énergie.

Nous excellons dans le domaine de l’eau. Parmi nos grandes inventions, citons l’irrigation goutte à goutte et l’osmose inverse, utilisée pour le dessalement. Israël est le seul pays au monde à avoir mis en place une économie circulaire de l’eau. Les villes utilisent de l’eau dessalée, qui est ensuite traitée et purifiée ; puis 90 % de cette eau est réutilisée dans l’agriculture. C’est un modèle pour le monde entier. Israël est un exemple vivant d’innovation climatique et de survie dans des conditions difficiles, de plus en plus courantes de par le monde.

Nous voyons également de quelle manière Israël encourage la R&D dans des domaines tels que l’agrivoltaïque (production d’électricité par des panneaux solaires tout en favorisant la croissance des cultures) et la technologie de l’hydrogène.

L’ambassadeur Gideon Behar, en compagnie d’agriculteurs sénégalais formés par MASHAV à l’utilisation de l’irrigation goutte à goutte, en 2017. (Crédit : Autorisation)

Vous avez également été actif au niveau régional, notamment dans le cadre de l’Initiative pour le dérèglement climatique en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient, menée par Chypre. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La résilience climatique régionale est d’une importance capitale. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont confrontés aux pires sécheresses de leur histoire. Je pense que 2024 et 2025 marqueront un tournant historique, avec des événements extrêmes tels que des vagues de chaleur et des inondations comme jamais auparavant. La seule façon de renforcer la résilience est la coopération régionale.

En 2011, la guerre civile syrienne a éclaté, en grande partie à cause d’une sécheresse prolongée. Cette année, la situation est encore pire. Nous savons que le dérèglement climatique est un multiplicateur de risques, qui accroît les dangers dans les États dont les gouvernements centralisés sont faibles, comme au Moyen-Orient. Nous risquons d’assister à des déplacements de populations et à une instabilité accrue.

L’envoyé spécial d’Israël pour le dérèglement climatique, l’ambassadeur Gideon Behar, lors de la toute première conférence régionale des Nations unies sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 28 mars 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Comment la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza a-t-elle affecté les relations régionales ? Par exemple, un plan négocié par les États-Unis pour construire des champs solaires en Jordanie afin d’alimenter Israël en électricité, ainsi que des stations de dessalement en Israël pour fournir davantage d’eau à la Jordanie, est actuellement gelé.

Je ne peux pas parler des discussions qui se déroulent en privé. Je peux toutefois dire qu’elles sont moins nombreuses. Mais nous en comprenons la nécessité et l’importance. La vision [d’Israël] est de faire du dérèglement climatique et des questions environnementales des ponts pour instaurer la paix régionale.

De nombreux rapports défavorables, émanant notamment du bureau du contrôleur de l’État et de l’OCDE, ont été publiés au sujet de l’incapacité d’Israël à réduire ses émissions responsables du réchauffement climatique. Quels sont les principaux succès et échecs du pays dans ce domaine ?

Il est important de ne pas oublier que des avancées remarquables ont été accomplies en Israël dans des domaines tels que l’eau, les énergies renouvelables et la reforestation. Le fait que nous disposions d’eau courante alors que nos voisins en manquent cruellement prouve que nous avons accompli quelque chose de positif. Nous consommons des produits locaux et ne souffrons d’aucune pénurie alimentaire. Nous avons l’électricité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de nos voisins. De nombreux pays dans le monde ont beaucoup à apprendre d’Israël dans ces domaines.

Cependant, nous devons être plus ambitieux en matière d’atténuation (réduction des émissions) et d’adaptation au dérèglement climatique.

De gauche à droite : l’ambassadeur Gideon Behar, envoyé spécial du ministère des Affaires étrangères pour le climat, la chanteuse et activiste Ahinoam Nini, le professeur Maoz Fine, expert en coraux à l’Institut interuniversitaire des sciences marines d’Eilat, dans le sud d’Israël, et l’ambassadrice d’Israël en Égypte, Amira Oron, au pavillon israélien de la COP27, à Charm el-Cheikh, en Égypte. (Crédit : Gideon Behar)

N’oubliez pas que le dérèglement climatique est dynamique et évolue de manière imprévisible. Chaque fois que vous pensez avoir tout prévu, un autre événement survient, comme des tempêtes de sable plus fréquentes.

Vous avez représenté Israël lors de plusieurs conférences annuelles de la COP de l’ONU sur le climat et supervisé les premiers pavillons israéliens lors de ces événements. De nombreux détracteurs affirment que ces assemblées ne sont que des paroles en l’air. Pensez-vous qu’elles ont encore un intérêt ?

Pour rester pertinentes, elles doivent être plus pragmatiques, prendre des décisions plus claires et mettre la politique de côté. Travailler ensemble n’est ni simple ni intuitif, et il est regrettable que les émissions mondiales ne cessent d’augmenter. Mais sans coopération internationale, il sera impossible de résoudre les problèmes climatiques.

Quels sont vos objectifs en Afrique ?

Une grande partie de mon travail sera consacrée au développement international, en collaboration avec MASHAV. Je travaillerai également avec les nombreuses organisations de la société civile israélienne qui œuvrent en Afrique depuis la dernière décennie, et j’essaierai de leur ouvrir des portes.

Mes deux passions sont l’Afrique et l’environnement. J’ai beaucoup de chance de pouvoir les combiner.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.