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L’ONU juge « arbitraire » la détention par Israël d’un médecin du Hamas

Selon un groupe de travail, la détention de Hussam Abu Safiya, colonel dans le groupe terroriste et directeur d'un hôpital de Gaza, constitue une violation des droits de l'Homme ; il demande la libération immédiate de l'individu, dont l'état de santé se dégrade

De gauche à droite : Hussam Abu Safiya, directeur de l'hôpital Kamal Adwan, sur une capture d'écran non datée tirée d'une vidéo de Democracy Now publiée sur YouTube le 14 janvier 2025 (capture d'écran de Democracy Now/YouTube) ; une photo de 2016 récemment remise au goût du jour montre Abu Safiya portant un uniforme du Hamas aux côtés d'autres officiers supérieurs du groupe terroriste. (Crédit: Services médicaux – Bande de Gaza)
De gauche à droite : Hussam Abu Safiya, directeur de l'hôpital Kamal Adwan, sur une capture d'écran non datée tirée d'une vidéo de Democracy Now publiée sur YouTube le 14 janvier 2025 (capture d'écran de Democracy Now/YouTube) ; une photo de 2016 récemment remise au goût du jour montre Abu Safiya portant un uniforme du Hamas aux côtés d'autres officiers supérieurs du groupe terroriste. (Crédit: Services médicaux – Bande de Gaza)

Lundi, un organe des Nations unies dédié aux droits de l’homme a qualifié d’arbitraire la détention par Israël du docteur Hussam Abu Safiya, originaire de Gaza et colonel au sein du groupe terroriste palestinien du Hamas, et il a exigé sa libération immédiate, alors que plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme et son avocat ont alerté sur l’existence d’un risque imminent pour sa vie.

Dans ses conclusions, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a déclaré que les actions d’Israël étaient contraires à plusieurs articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme ainsi qu’au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

« La solution appropriée serait de libérer immédiatement Abu Safiya, et de lui accorder un droit exécutoire à une indemnisation et à d’autres réparations », a-t-il ajouté.

Le groupe a également soulevé des questionnements plus généraux : selon lui, cette affaire, l’une des nombreuses qui lui ont été soumises, « pourrait être un signe d’une pratique généralisée ou systématique de détention arbitraire dans le pays ».

L’administration pénitentiaire israélienne et la mission diplomatique israélienne à Genève n’ont pas encore donné suite à une demande de commentaires. Contacté au sujet de cette affaire en juillet dernier, Israël n’a pas répondu au groupe de travail.

Le MENA Rights Group, à l’origine de la plainte, a indiqué que ce pédiatre de 52 ans, directeur de l’hôpital Kamal Adwan de Gaza, était incarcéré depuis le mois de décembre 2024. Selon l’organisation, il a été soumis à des périodes répétées d’isolement, à de longs interrogatoires, ainsi qu’à des coups de matraque et à des décharges électriques.

Hussam Abu Safiya, directeur de l’hôpital Kamal Adwan, devant l’hôpital fin décembre 2024. (Crédit : Capture d’écran Facebook ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Abu Safiya a été arrêté par les forces israéliennes en décembre 2024, pendant la guerre contre le Hamas à Gaza. Il compte parmi les détenus gazaouis les plus en vue. Il est actuellement détenu à l’isolement, et des organisations de défense des droits de l’Homme ont appelé à sa libération.

Abu Safiya occupe le grade de colonel au sein des services médicaux militaires du Hamas, selon les informations fournies par ces derniers et relayées par les médias palestiniens. Une photo datant de 2016, sur laquelle il apparaît vêtu d’un uniforme du Hamas et assis aux côtés de hauts responsables du groupe terroriste, a été diffusée après son arrestation.

Dans la journée de lundi, l’avocat d’Abu Safiya, Nasser Odeh, a fait savoir, par l’intermédiaire d’une association de défense des prisonniers, que la santé de son client était gravement menacée et qu’il subissait des abus quotidiens.

Une vidéo de lui, filmée lors d’une audience devant la Cour suprême le mois dernier, le montrait visiblement amaigri.

« Si le Dr Abu Safiya perd la vie dans cette cellule, il s’agira d’un meurtre ; tous ceux qui avaient le pouvoir d’empêcher cela, mais qui n’ont rien fait, en seront complices », a affirmé Steve Cutts, directeur général de l’organisation caritative Medical Aid for Palestinians.

L’administration pénitentiaire israélienne a déjà démenti les allégations selon lesquelles Abu Safiya et d’autres médecins auraient été maltraités en prison.

Par ailleurs, le mois dernier, la Cour suprême a rejeté l’appel d’Abu Safiya contre sa détention prolongée. Les juges ont statué que, conformément à la loi israélienne sur les combattants illégaux, l’incarcération du médecin pouvait se poursuivre, malgré l’absence de poursuites pénales à son encontre. Le texte et les motifs de cette décision n’ont pas encore été rendus publics.

L’armée israélienne avait précédemment indiqué qu’Abu Safiya était un haut responsable du Hamas. Elle ne l’a toutefois pas directement accusé d’avoir participé à des actes terroristes particuliers.

Des armes découvertes par les soldats à l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de la bande de Gaza, sur une photo diffusée par l’armée israélienne le 28 octobre 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Un autre responsable de l’hôpital Kamal Adwan, Ahmed Kahlot, qui avait été capturé par l’armée israélienne au début de la guerre, a révélé lors d’un interrogatoire que cet hôpital, affilié au MMS, avait été transformé en installation militaire sous le contrôle du Hamas, et qu’il avait été utilisé pour séquestrer un soldat enlevé.

Selon Kahlot, lui-même lieutenant-colonel du Hamas depuis 2010, quelque 16 membres du personnel de l’hôpital, dont des médecins, des infirmiers et des ambulanciers, sont également des membres actifs du Hamas et servent au sein des Brigades al-Qassam.

Plus de 240 membres du Hamas et du Jihad islamique ont été arrêtés par les soldats à Kamal Adwan lors d’une opération menée sur place en décembre 2024, a fait savoir l’armée.

En janvier 2025, l’armée israélienne a diffusé des images d’un interrogatoire d’un membre du Hamas arrêté par les soldats à Kamal Adwan, dans lesquelles il affirmait que le groupe terroriste utilisait l’hôpital comme quartier général.

D’après Anas Mohammad Faiz a-Sharif, des membres du Hamas transportaient des armes vers et depuis l’hôpital. La nuit, ils sortaient aussi de l’établissement pour mener des opérations de surveillance et des patrouilles.

On ignore si ces déclarations ont été faites sous la contrainte, et si elles reflétaient les positions des autres détenus.

La guerre a éclaté à la suite de l’invasion du sud d’Israël et du pogrom perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023.

Abu Safiya fait partie des au moins 14 médecins de Gaza qui sont détenus en Israël sans avoir été inculpés depuis plus d’un an.

Son cas est emblématique du « ciblage systématique par Israël des professionnels de santé palestiniens, qui a contribué à l’effondrement du système de santé de Gaza », a déclaré à Reuters Tanya Boulakovski, responsable de recherche au MENA Rights Group.

Des armes trouvées par les troupes de Tsahal à l’hôpital Kamal Adwan dans le nord de la bande de Gaza, sur une image publiée par Tsahal, le 28 octobre 2024. (Armée israélienne)

En 2023, Abu Safiya figurait parmi les médecins qui ont refusé d’abandonner les dizaines de nouveau-nés dont ils s’occupaient après que l’armée israélienne leur a ordonné de partir.

Les interprétations juridiques apportées par le groupe de travail des Nations unies ne sont pas contraignantes. Elles sont parfois invoquées comme éléments de preuve dans des affaires portées devant les tribunaux internationaux.

Israël détient actuellement plus de 1 300 Palestiniens en vertu de la loi sur les combattants illégaux, dans le cadre d’une pratique connue sous le nom de « détention administrative ».

Parmi ces prisonniers figurent des personnes qui ont été arrêtées par l’armée israélienne et les services de sécurité dans la bande de Gaza lors d’opérations militaires, mais qui n’ont pas été inculpées d’un crime.

La « détention administrative » permet de maintenir des individus en détention sans inculpation pendant une période pouvant aller jusqu’à six mois, sous un contrôle judiciaire limité. La détention peut être renouvelée indéfiniment, permettant ainsi aux procureurs militaires d’empêcher les suspects d’avoir accès aux éléments de preuve retenus contre eux.

Cet outil est généralement utilisé lorsque les autorités disposent de renseignements reliant un suspect à un crime, mais ne souhaitent pas révéler la source de ces informations.

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