Mené au score, le flag football israélien tente un coup de poker pour le coup d’envoi des JO
Avec des ressources limitées et une hostilité croissante envers Israël dans le sport due à la guerre, les équipes s'entraînent sans relâche pour se qualifier aux JO de 2028
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Alors que le flag football fera son entrée aux Jeux Olympiques de 2028, les équipes nationales israéliennes ont les yeux rivés sur le match inaugural, qui se jouera sur la plus grande scène mondiale.
Mais les États-Unis, pays hôte, étant à ce titre qualifiés d’office dans les compétitions masculine et féminine et ces deux catégories n’accueillant que six pays, il ne reste que cinq places pour le reste du monde. Les Bleus et Blancs devront donc relever un véritable défi pour accéder aux Jeux olympiques.
À ce jour, l’équipe masculine israélienne est 8e mondiale et l’équipe féminine, 17e.
« Nous visons 2028. Notre tâche, pour le moment, est donc de tout mettre en œuvre pour nos équipes, masculines et féminines », a déclaré Steve Leibowitz, cofondateur et président de l’American Football in Israel (AFI).
Pour Leibowitz, participer aux Jeux olympiques serait un aboutissement ultime, après plus de quatre décennies passées à promouvoir ce sport en Israël. En 1988, Leibowitz a cofondé l’American Touch Football in Israel. Ce qui a débuté comme un projet local s’est, depuis, transformé en AFI, un programme national de flag football avec plusieurs ligues de football américain et de flag pour hommes et femmes, plus de 2 000 joueurs, ainsi que des dizaines d’entraîneurs certifiés et d’arbitres formés.
Le flag football est, comme son nom l’indique, une version rapide et sans contact du football américain dans laquelle, au lieu de plaquages, les joueurs s’arrachent mutuellement des drapeaux qu’ils portent à la ceinture. Le football américain, même s’il reste relativement peu connu en Israël où les sports les plus populaires sont le football et le basket-ball, est pratiqué par 20 millions de personnes dans 76 pays.
Les équipes nationales israéliennes devront donc affronter quelques sérieux concurrents dans leur course aux Olympiades.
Actuellement, les équipes nationales masculine et féminine se préparent pour la compétition Euro Flag, qui se déroulera à Paris fin septembre. Un classement parmi les cinq premières équipes européennes augmenterait les chances d’Israël pour les Championnats du monde l’an prochain, et, à terme, pour les Jeux Olympiques.
« Chaque occasion qui se présente est une chance pour nous de continuer à accumuler des points et d’améliorer notre classement. C’est ce dont nous avons besoin pour nous qualifier pour les Jeux olympiques de 2028 », a expliqué Jordana Weinberg, 35 ans, joueuse défensive et capitaine de l’équipe nationale féminine.
En plus d’une qualification pour les Jeux olympiques, un défi auquel toutes les équipes du monde sont confrontées, les joueurs israéliens doivent relever un autre défi : l’instabilité politique et la montée mondiale d’un sentiment anti-Israël.
« Le sport est censé transcender la politique, et être un espace de représentation du meilleur du monde et de la société », a indiqué Weinberg, une entraîneuse personnelle née à Dallas, au Texas, qui vit à Tel Aviv lorsqu’elle ne représente pas Israël sur le terrain.
La politisation du sport remonte cependant à la Grèce antique, et les équipes israéliennes en ressentent depuis longtemps les effets : exclusions, boycotts et controverses liées à l’hymne national durant les compétitions internationales.
En août 2024, l’équipe junior israélienne de frisbee a été exclue d’une compétition à Gand, en Belgique, pour des raisons liées à la sécurité de toutes les équipes participantes. En avril dernier à Tallinn, en Estonie, l’équipe suisse d’escrime, qui avait remporté la deuxième place, a tourné le dos aux Israéliens médaillés d’or pendant l’hymne national de l’État juif. L’équipe de rugby israélienne LGBTQ, composée d’Arabes et de Juifs, a été interdite de participer à la Coupe internationale de rugby gay à Oslo au début de l’été, l’équipe norvégienne ayant refusé de jouer contre des joueurs qui, selon elle, avaient servi comme réservistes à Gaza.
Plus récemment, après la victoire de l’équipe féminine de water-polo contre la Suède durant les qualifications pour le Championnat d’Europe en Slovaquie, les organisateurs ont prétendu ne pas avoir trouvé l’enregistrement de l’hymne national israélien, obligeant l’équipe à le chanter elle-même.
« La politique s’immisce inévitablement dans le sport », a déploré Leibowitz, ajoutant que « cette implication est liée au fait de brandir notre drapeau ».
Les équipes israéliennes de flag football n’ont pas, à ce jour, directement été victimes d’antisémitisme durant les compétitions. Mais les tensions sont réelles et palpables. Lors d’une compétition organisée à Walldorf, en Allemagne, les joueuses de l’équipe nationale ont ressenti un véritable malaise.
« Se tenir là, devant tous ces drapeaux, et constater l’espace vide quand ils ont retiré celui d’Israël, c’était vraiment difficile », a raconté Weinberg, qui a rejoint l’équipe nationale en 2021.
Outre les tensions liées aux compétitions, l’entraînement durant la guerre a constitué une difficulté supplémentaire pour les joueurs israéliens. En juin dernier, les deux équipes devaient s’entraîner à Los Angeles avec d’autres sélections nationales. Mais la guerre de 12 jours entre Israël et l’Iran a éclaté, et les vols ont été annulés, l’espace aérien du pays ayant été fermé.
« Cela aurait pu être une opportunité fantastique pour notre équipe, nos joueuses, qui sont au tout début de leur expérience. Une occasion unique d’enrichir leur bagage et d’apprendre davantage », a expliqué Elissa Sagoskin, entraîneuse en chef de l’équipe nationale féminine.
Football en bleu et blanc
La route vers les Jeux Olympiques a été longue. Il aura fallu près de 40 ans. Elle n’a pas débuté sous les projecteurs d’un stade et les acclamations de la foule, mais avec un groupe d’immigrants américains et un peu de chutzpah, d’audace.
C’est en 1988, alors que Leibowitz travaillait au Bureau de presse du gouvernement, qui partageait ses locaux avec une grande partie de la presse étrangère, que le Service de radio et de télévision de l’armée (AFRTS), un service de diffusion destiné aux soldats américains stationnés à l’étranger, a installé une antenne parabolique sur le toit.
Leibowitz, qui était un fervent fan de la NFL mais rencontrait quelques difficultés pour suivre les matchs en Israël, a vu là une occasion à saisir.
« Danny Gewirtz, un de mes amis, et moi-même avons décidé de pirater le signal, et de louer un bureau dans le bâtiment », a-t-il confié.
C’est de ce petit groupe qui faisait payer un droit d’entrée pour regarder des matchs qu’est née l’idée d’une ligue.
« Personne en Israël ne savait comment attacher une sangle à un casque, ni comment mettre des épaulières », s’est souvenu Leibowitz en riant. Avec l’aide du futur président israélien, Reuven Rivlin, qui, avant d’être parlementaire, avait occupé différents postes de direction au sein du club de football du Beitar Jerusalem, le groupe a trouvé un terrain à Jérusalem.
Leibowitz a donc endossé le rôle de l’architecte. Robert Kraft, propriétaire des New England Patriots, a pour sa part été le mécène qui a permis de transformer ce rêve en réalité. La famille Kraft s’est d’abord jointe par hasard au projet. Un joueur qui travaillait comme concierge à l’hôtel King David a repéré Kraft, et lui a dit qu’il y avait du football en Israël, raconte Leibowitz. Kraft lui a alors répondu : « Demandez au responsable de me contacter. » De cette simple invitation est né le partenariat qui a changé l’avenir de ce sport en Israël.
En 2000, le premier terrain officiel, construit grâce à un don de Kraft, a été inauguré à Jérusalem, à côté du parc Gan Sacher.
À la même époque, un groupe d’hommes à Tel Aviv et Haïfa, qui tentaient de jouer au football américain, a commencé à faire parler de lui.
« Ils jouaient sans équipement. Ils n’avaient pas de casques, pas de protections, pas de cervelle », a déclaré Leibowitz lors d’une récente interview donnée au Kraft Field de Jérusalem, désormais rénové, qui accueillera les matchs de l’AFI à partir de cet automne.
L’AFI a ensuite profité des visites en Israël d’entraîneurs de football américain travaillant avec des équipes de lycéens pour les inviter dans le cadre de stages.
« Il s’agissait de chrétiens, pro-Israël et enthousiastes, de vrais hommes de foot », précise Leibowitz. « Ils pouvaient le faire. Alors ils l’ont fait. »
Leibowitz raconte avoir de nouveau approché Kraft pour obtenir des fonds pour le fonctionnement de la ligue.
Mais cette fois-ci, selon Leibowitz, Kraft a rétorqué : « Je ne sponsoriserai pas ce projet. Occupez-vous en pendant un an. »
Une saison plus tard, fort de photos et de progrès à montrer, Leibowitz a convaincu Kraft de réinvestir dans le projet. Le soutien de Kraft a alors permis d’obtenir un nouveau terrain, améliorant les infrastructures disponibles.
Fiers du maillot bleu et blanc
Pour les joueurs, porter le maillot de l’équipe d’Israël est un mode expression de leur identité juive et israélienne très significatif.
« Je pense que la fierté et la passion avec lesquelles nous représentons notre pays ont toujours été reconnues et appréciées », explique Sagoskin, qui a rejoint l’équipe nationale en tant que joueuse en 2006, deux ans après la création de la formation féminine. Aujourd’hui, elle est entraîneuse et travaille comme coach personnel.
En Israël, ajoute-t-elle, la quête de l’excellence sportive n’est pas toujours facile. Les infrastructures du flag football dans le pays ne sont pas à la hauteur de celles des géants européens ou nord-américains, plaçant de fait Israël à la place d’outsider.
« Le développement [de notre sport] ici (…) n’a pas atteint le même niveau que dans le reste du monde », fait remarquer Sagoskin, soulignant que même si des ligues nationales comme la Women’s American Football in Israel (WAFI) et la Jerusalem Men’s League existent, il s’agit principalement d’amateurs bien en dessous du niveau de professionnalisme observé dans d’autres pays.
Malgré tout, les équipes masculines et féminines ont récolté de nombreux succès au fil des ans.
La sélection masculine a décroché l’or en Allemagne en 2013, l’argent à Copenhague en 2017 et le bronze à l’occasion du Championnat d’Europe organisée en Irlande en 2023.
En 2005, l’équipe féminine a remporté la médaille d’or à l’occasion de son tout premier tournoi international. En 2009, elle a obtenu le bronze aux Championnats d’Europe à Belfast, puis encore le bronze en 2013, en Allemagne.
Le rêve de Leibowitz était d’importer le football américain en Israël. Aujourd’hui, une qualification d’Israël en flag football pour les Jeux Olympiques de 2028 serait « un événement écrit, enregistré et conservé comme mon héritage, quelque chose dont je serais fier ».
Pour les équipes israéliennes, chaque tournoi international compte.
Les équipes féminine et masculine sont toutes deux en lice pour une place aux Jeux olympiques. Mais, selon Leibowitz, « les hommes ont davantage de chances. Les femmes ont peu de temps pour progresser. Ce sera difficile à rattraper. »
« Même si elles sont excellentes, nous ne pourrons pas gagner au niveau international si nous disposons uniquement des joueuses religieuses d’Efrat [qui ne jouent pas pendant Shabbat]. Nous avons donc recruté plusieurs talentueuses athlètes féminines issues d’autres sports », ajoute-t-il.
Mais tout espoir est permis.
« Le point positif, c’est que nous sommes sur la bonne voie », se réjouit Sagoskin, dont l’équipe est composée d’athlètes issus de plusieurs disciplines sportives, notamment le basket-ball, le football, le rugby et le CrossFit.
« Nous sommes un petit pays, avec des ressources limitées et une faible exposition à ce sport en particulier », constate-t-elle. « Mais quand on allume la flamme du ‘est-ce que c’est possible ?’, ce pays qui est le nôtre répond toujours oui. »
Cet article a été rédigé dans le cadre du séminaire « L’art du journalisme » organisé par la faculté de communication de l’université Reichman.
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