Procès de l’assassinat de Samuel Paty: Sefrioui se pose en simple militant, livré à la « vindicte »
À 66 ans, il est rejugé en appel avec un père d'élève, Brahim Chnina, 54 ans, qui avait déclenché la cabale en ligne par des messages et une vidéo : il avait rapîdement bénéficié du soutien du sexagénaire
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Le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, jugé en appel pour son rôle dans la campagne de haine qui a précédé l’assassinat du professeur Samuel Paty le 16 octobre 2020, a clamé jeudi son innocence, se dépeignant en militant livré à la « vindicte » par les autorités françaises.
« Ma condamnation du terrorisme n’a jamais été ambiguë », affirme devant la cour d’assises spéciale d’appel de Paris Abdelhakim Sefrioui. Qui explique avoir agi dans la continuité de son engagement politique ancien, sur la question du voile à l’école, la défense des musulmans ou encore en soutien des Palestiniens avec son Collectif Cheikh Yassine, du nom du fondateur du Hamas.
À 66 ans, il est rejugé pour avoir été l’artisan de la cabale en ligne aux côtés de Brahim Chnina, 54 ans, le père d’élève qui le 7 octobre avait identifié le professeur dans des messages et une vidéo vindicatifs.
Le déferlement haineux s’était poursuivi jusqu’au 16, quand Samuel Paty avait été décapité par Abdoullakh Anzorov près du collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression. Abattu par la police qu’il menaçait, ce Tchétchène de 18 ans avait pris connaissance sur les réseaux sociaux de la campagne contre Samuel Paty.
En première instance, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, qui ne connaissaient pas Anzorov, avaient été condamnés à 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour ce qui avait été décrit comme une « fatwa numérique », feu vert donné aux candidats au jihad dans un contexte explosif: Al Qaïda avait menacé la France après la republication par Charlie Hebdo des caricatures à l’occasion du procès des attentats de janvier 2015, et une attaque jihadiste venait d’être commise devant les anciens locaux de l’hebdomadaire.
L’engrenage fatal a commencé par le mensonge de la fille de Brahim Chnina, qui avait affirmé que son professeur avait demandé aux élèves musulmans de quitter la classe au moment de présenter des caricatures. Elle n’assistait pas au cours. Mais Brahim Chnina ne vérifie pas et laisse libre cours à sa colère sur les réseaux sociaux.
« Tribunal à Moscou »
Selon Abdelhakim Sefrioui, ce qu’il pense alors être une « stigmatisation » des musulmans le conduit à contacter Brahim Chnina en invoquant une qualité de représentant du Conseil des imams de France, à le rejoindre le lendemain devant le collège, à prendre part à une réunion houleuse avec la principale. Et à décider de poursuivre la campagne en y mettant « une pression maximum ».
Dans son esprit, il n’est alors nullement question des caricatures, assure l’accusé qui relève n’avoir jamais organisé « une seule » manifestation sur le blasphème. L’avocate générale exhume toutefois un discours prononcé moins de deux mois après l’attaque contre Charlie Hebdo, dans lequel Abdelhakim Sefrioui aurait évoqué l' »humiliation du prophète ». « Est-ce que par hasard », cette « humiliation » serait une référence aux caricatures, demande la magistrate.
Abdelhakim Sefrioui est convaincu de devoir sa présence aux assises à Emmanuel Macron qui l’aurait déclaré « coupable dès le premier jour ». Avec la complicité des médias, il l’aurait livré « à la vindicte populaire avec (son) sceau et (sa) légitimité » de président. Quant aux enquêteurs, ils auraient bâti « un échafaudage insensé digne d’être présenté devant un tribunal à Moscou ».
Il pointe aussi du doigt la responsabilité de l’Etat, dont « un représentant devrait être dans le box », pour ne pas avoir protégé le professeur malgré les menaces. Et prend ostensiblement ses distances avec Brahim Chnina: « Moi, je n’ai pas choisi de mettre le nom du prof » dans le domaine public.
L’accusé concède que son militantisme peut s’accompagner d' »un discours virulent », que le militantisme peut conduire à la « caricature ». Mais son action ne relève pas « d’une campagne de haine »: c’est celle « d’un militant qui utilise des moyens de militant ».
Abdelhakim Sefrioui affirme avoir entendu « l’immensité de la douleur » des parents de Samuel Paty, une douleur « qui crie et appelle justice voire vengeance ». Mais « la justice ne peut répondre aux cris de vengeance. »
En ouverture d’interrogatoire, il s’était adressé aux proches du professeur: « C’est sincèrement que je leur présente mes excuses. » Avant de se reprendre immédiatement: « Euh… mes condoléances ».
Condamnés à seize années de réclusion, deux proches d’Anzorov sont également rejugés pour complicité d’assassinat.
Verdict attendu le 28 février.
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