Rescapée du 11-Septembre et du 7-Octobre, une Israélienne fait aujourd’hui face aux missiles iraniens à Dubaï
Originaire de Chicago, Deborah Benson-Ben Aderet est coincée aux Émirats arabes unis alors que ses deux filles affrontent la guerre dans leur maison du sud d'Israël
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Cela ne viendrait à l’idée de personne de traiter Deborah Benson-Ben Aderet de paranoïaque parce qu’elle se dit poursuivie par le terrorisme. Car cette native de Chicago a non seulement survécu à l’attaque meurtrière du Hamas à la frontière de Gaza, le 7 octobre 2023, mais elle se trouvait à New York lors des attentats du 11 septembre 2001 et à Chicago le 4 juillet 2022, jour de la fusillade de masse au Highland Park de la ville.
Aujourd’hui, elle se trouve bloquée à Dubaï avec son mari, Yossi, dans un hôtel situé à quelques bâtiments d’une station balnéaire incendiée samedi par l’explosion d’un projectile iranien. Ses deux filles sont « en sécurité », sous la garde de ses parents, dans l’abri anti-aérien de la maison qu’ils louent dans le sud d’Israël.
« Nous sommes arrivés à Dubaï jeudi et devions rentrer lundi, » explique au Times of Israel par message WhatsApp Benson-Ben Aderet. « Nous savions que nous prenions le risque de nous retrouver coincés », dit-elle. « Mais quand on est Israélien et qu’on vit à la frontière de Gaza, on sait bien que tout peut arriver et qu’il faut vivre malgré tout. »
C’est dans le but de célébrer son dixième anniversaire de mariage que le couple s’est envolé pour cette destination touristique émiratie jeudi dernier. Cela faisait deux ans et demi que le couple préparait ce voyage, après l’annulation du voyage en Italie qu’ils auraient dû faire en octobre 2023. Au lieu de célébrer leurs dix ans de mariage, ils ont été évacués, avec leurs filles, alors âgées de six et huit ans, de leur maison du kibboutz Zikim après le 7 octobre 2023.
Samedi soir, ce sont des éclats de missile iranien qui ont frappé l’hôtel Fairmont de Palm Jumeirah, à 400 mètres de leur logement.
« Nous nous trouvions dans le centre commercial du quartier lorsque nous avons entendu une forte explosion », se souvient Benson-Ben Aderet. « Les employés des magasins étaient en panique mais pas nous. Près de 80 % des habitants de Dubaï sont des étrangers. Ils étaient en panique et il y avait des personnes en larmes. Nous avons tenté de les calmer en leur disant que nous étions israéliens, que ce sont des choses qui arrivent et qui passent. »
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Elle a décrit comment le personnel de sécurité du centre commercial de Dubaï, ne sachant pas comment procéder, a fermé tous les magasins et restaurants. « Ils n’ont pas d’abris à Dubaï. »
Elle ajoute : « Ce matin, quand nous sommes descendus prendre le petit-déjeuner, ils ne nous ont pas laissés sortir. Nous sommes allés voir le responsable de la sécurité pour lui expliquer que le fait d’obliger tout le monde à s’entasser dans un espace fermé entouré de baies vitrées de 4 à 9 mètres de haut n’était pas la meilleure idée en cas d’explosion. Il nous a dit que la piscine et la terrasse étaient fermées, mais que nous pouvions y aller à nos risques et périls. Mon mari et moi avons été les premiers à aller nous baigner ce matin, ce qui nous a valu de nous disputer avec le gardien éthiopien qui refusait de comprendre qu’on nous y avait autorisés. »
« Et depuis, la piscine ne désemplit pas »,ajoute-t-elle. « Ils ont abandonné et laissé les gens faire ce qu’ils veulent. Il y a un autre couple qui vient de Beer Sheva : ça nous a bien fait rire. »
Séparée de ses enfants
Il n’y a en revanche rien de drôle à être coincé à Dubaï.
En effet, pendant ce temps, ses filles et parents, venus en Israël pour s’occuper d’elles, font face à une attaque de missiles, retranchés dans l’abri anti-aérien de la maison qu’ils louent au Moshav Bitzaron, non loin de Gan Yavne, dans le sud d’Israël.
« A un moment t, tout va bien », résume-t-elle-elle. « Elles rigolent et s’amusent dans le mamad. Mais dans la minute qui suit, il y a une frappe. Elles sont inquiètes pour nous et craignent que nous ne revenions pas. »
Les écoles étant fermées dimanche et lundi à cause de la guerre, ses filles manqueront les festivités de Pourim et elle se demande quand elle pourra rentrer.
« Nous avons lu qu’El Al ne reprenait pas les vols mardi soir. Nous n’arrivons pas à obtenir de réponses de leur part. Nous espérons revenir à temps pour l’anniversaire de notre fille, mercredi. »
Les alertes constantes sont difficiles à vivre pour ses parents, qui ont eux aussi connu leur lot de crises en Israël. Il a fallu leur rappeler comment fermer la fenêtre du mamad.
« Mais ils étaient là, avec nous, le 7 octobre 2023, et avant, quand le Hamas nous tirait ses roquettes : ce n’est pas comme s’ils étaient en territoire inconnu. »
Des dizaines d’années sous la menace
Benson-Ben Aderet s’est installée en Israël en 2011 et y a rencontré son mari israélien, Yossi, qui est scientifique.
En 2014, ils sont partis vivre à Ashkelon, d’où il est originaire. Cette ville du sud d’Israël se situe à 13 kilomètres au nord de la frontière avec Gaza, et cette année-là, le couple a connu l’Opération Bordure protectrice contre le Hamas à Gaza.
Comme Yossi travaillait alors à Sderot, dans le sud (son travail a depuis été transféré à Rehovot), ils se sont fait construire la « maison de leurs rêves » au kibboutz Zikim, à deux kilomètres au nord de la clôture frontalière de Gaza. Ils s’y sont installés en 2016.
Comme le raconte Benson-Ben Aderet sur ses comptes Instagram et Facebook, où elle est devenue une ardente militante pro-Israël (elle était enseignante jusqu’au 7 octobre 2023), ils y ont vécu des tirs de roquettes, des attaques au moyen de ballons incendiaires qui ont mis le feu à des champs entiers et des incinérations de pneus le long de la frontière de Gaza.
Rescapés du pogrom du Hamas (l’escouade de défense civile du kibboutz Zikim est parvenue à repousser les terroristes, qui n’ont pas pu entrer dans la communauté), ils ont été évacués dans un hôtel de Jérusalem.
« C’était la troisième fois qu’on était évacués », dit-elle, « Avant, ça ne faisait pas la une des journaux. »
Deux semaines plus tard, avec le soutien total de son mari, Benson-Ben Aderet partait pour les États-Unis avec les filles, pour ne revenir qu’en août dernier et s’installer dans la maison louée au Moshav Bitzaron.
« En tant que maman, je pense d’abord à mes filles », dit-elle. « Cela me fait mal au coeur de me dire qu’elles ont passé 80 % de leur vie sous la menace du terrorisme islamique radical ou du coronavirus. Même quand nous avons quitté Zikim pour Bitzaron et que les filles ont compris que nous n’avions plus cinq à huit secondes pour atteindre le mamad, mais 45 secondes, ma fille aînée a choisi de dormir dans le mamad. »
Ils n’envisagent pas vraiment de revenir un jour dans leur maison de Zikim.
« En tant qu’Américaine, je me sens un peu coupable d’avoir choisi de vivre à la frontière de Gaza, et en Israël », ajoute-t-elle.
Interrogée sur la tentation de rentrer vivre aux États-Unis, elle explique avoir envisagé d’y passer quelques années pour l’éducation des filles, mais avoir mis l’idée « en stand-by » en raison des efforts faits par leur aînée pour s’habituer à sa nouvelle école en Israël.
« Le terrorisme nous suit où que nous allions », conclut Benson-Ben Aderet. « L’islam radical me suit, au quotidien comme dans mes projets de voyage, c’est épuisant… Et quand on croit que c’est enfin terminé, une nouvelle guerre éclate. »
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