Retarder la mise en place d’un gouvernement à Gaza favorise la résurgence du Hamas – diplomates
Constituer un comité technocratique s'avère difficile, chaque partie ayant son propre agenda, mais l'absence d'alternative permet au Hamas de combler le vide laissé par Tsahal
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Alors que les États-Unis et les pays médiateurs du Moyen-Orient s’attellent à la mise en place d’un comité de technocrates palestiniens en charge de la gestion de Gaza après la guerre, le retrait de Tsahal de l’intérieur de l’enclave a permis au Hamas de réaffirmer son contrôle sur la bande de Gaza.
Ce sont l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, Jared Kushner et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair qui mènent les efforts au nom de l’administration Trump. L’ancien dirigeant britannique sillonne la région, afin de rencontrer les différents acteurs concernés.
Chacun semble vouloir donner son avis quant à la liste des technocrates palestiniens qui siégeront au comité de transition chargé d’administrer les affaires courantes à Gaza.
Le comité palestinien sera placé sous la supervision d’un Conseil de la paix, présidé par le président américain Donald Trump – mais dont les autres membres n’ont pas encore été définitivement désignés.
En début de semaine, le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty a fait savoir que les ministres palestiniens avaient en réalité été choisis et approuvés. Une information toutefois réfutée par une source proche du dossier, selon laquelle le haut diplomate égyptien avait fait ces déclarations dans le cadre d’une initiative visant à finaliser la liste des candidats favoris de son pays, Le Caire cherchant à tirer un avantage financier du processus de reconstruction.
L’élaboration de ces listes est une tâche extrêmement délicate. Elle nécessite en effet l’accord de nombreux gouvernements de la région — de l’Égypte à Israël et aux États-Unis, de l’Arabie saoudite aux Émirats arabes unis, et du Qatar à la Turquie —, chacun cherchant à faire avancer un programme légèrement différent dans la bande de Gaza d’après-guerre, a expliqué mercredi au Times of Israel une source impliquée dans l’initiative.
Le Conseil de la paix devrait être composé de six à huit dirigeants mondiaux. Le comité technocratique devrait quant à lui compter entre 12 et 16 ministres palestiniens de facto, selon la source proche des négociations.
Kushner et Witkoff, qui dirigent le comité de recherche pour ces deux panels, ont également des liens financiers personnels avec plusieurs des nations du Golfe appelées à investir dans la reconstruction de Gaza.
Les médiateurs ont, de surcroît, besoin du soutien de l’Autorité palestinienne, qui souhaite être associée au nouveau gouvernement palestinien de transition.
Blair a rencontré la semaine dernière Hussein al-Sheikh, le vice-président de l’Autorité palestinienne, afin de lui assurer que le Conseil de la paix entendait laisser au comité technocratique palestinien la latitude nécessaire pour gérer Gaza de manière indépendante, et que « ce seront des Palestiniens [qui] géreront la vie quotidienne des Palestiniens », d’après une source informée des conclusions de la rencontre.
Mais les États-Unis et les autres pays médiateurs — l’Égypte, le Qatar et la Turquie — devront également disposer d’au moins un accord tacite du Hamas, rival de l’Autorité palestinienne. Le groupe terroriste reste en effet la force palestinienne la plus dominante à Gaza, et possède toutes les capacités requises pour jouer un rôle de perturbateur.
Si le Hamas a accepté de renoncer au contrôle de la bande de Gaza, l’accord de cessez-le-feu signé la semaine dernière à Charm el-Cheikh ne mentionnait pas la question du désarmement. Et le groupe terroriste a fait savoir ne pas être prêt à rendre ses armes.
Le Hamas utilise donc ces armes pour s’en prendre aux clans rivaux dans la bande de Gaza, exécutant sommairement plusieurs dizaines de Palestiniens qu’il accuse de collaboration avec Israël.
Trump a récemment déclaré avoir « donné son autorisation, pour une certaine durée » à ces tueries, affirmant que le Hamas ciblait des « gangs extrêmement dangereux ». Mais, par la suite, le commandant des forces américaines au Moyen-Orient a appelé le Hamas à mettre immédiatement fin à ses attaques contre « des civils palestiniens innocents ».
Ces exécutions, ainsi que les patrouilles d’hommes armés en uniforme du Hamas dans toute la bande de Gaza depuis le cessez-le-feu, ont souligné le fait que le groupe est encore la force palestinienne dominante à Gaza, malgré les coups durs que lui a infligés Israël au cours des deux ans de guerre.
Les diplomates mettent en garde contre tout retard dans la formation du gouvernement d’après-guerre à Gaza
Un haut diplomate européen a confié au Times of Israel que la décision des États-Unis de donner la priorité à la libération des otages, en reportant la conclusion d’un accord sur la gestion de Gaza après la guerre, donne le temps au Hamas nécessaire pour regrouper ses forces.
Le diplomate européen a également précisé que cette décision de l’administration Trump était tout à fait compréhensible, compte tenu d’une part de l’urgence de libérer les otages et, d’autre part, de l’éventualité que la conclusion d’un accord concernant les nouveaux organes gouvernementaux et de sécurité qui remplaceront le Hamas à Gaza, en plus du désarmement du groupe terroriste, ne prenne davantage de temps.
C’est pour cette raison que Washington a décidé de scinder en deux parties le plan en 20 points de Trump visant à mettre un terme à la guerre à Gaza, parvenant ainsi à obtenir un accord entre Israël et le Hamas sur un cessez-le-feu, le retrait initial d’Israël, les dispositions relatives à l’aide humanitaire après la guerre et les conditions d’un échange d’otages et de prisonniers — l’ensemble de ces mesures formant la « 1ère phase ».
Mais les négociations sur la deuxième phase n’ont pas encore débuté, et le Hamas a rapidement comblé le vide laissé par l’armée israélienne, qui s’est retirée au-delà de la « ligne jaune » qui englobe un peu plus de 50 % de la bande de Gaza.
« Le Hamas est encore la force palestinienne dominante à Gaza. Il n’a même pas vraiment de concurrence, car aucune alternative n’a encore été présentée », a déploré le diplomate européen.
Si Israël cherche effectivement à remplacer le Hamas à Gaza, il a toutefois repoussé la tenue des négociations sur la deuxième phase de l’accord, disant vouloir attendre que les 19 corps des otages décédés encore manquants aient été restitués, a constaté un diplomate arabe.
Par ailleurs, un haut conseiller de Trump a fait savoir mercredi lors d’un point presse que la composition du comité technocratique palestinien ne figurait pas parmi les priorités de Washington.
« Nous prenons notre temps sur ce point », a expliqué ce haut conseiller lorsqu’on lui a demandé si les États-Unis avaient en tête des noms précis pour occuper des fonctions au sein de l’administration transitoire de Gaza.
« Les priorités sont d’abord de mettre en places des conditions adéquates, à savoir la désescalade du conflit, l’aide humanitaire, puis la démilitarisation », ainsi que la récupération des corps des otages encore retenus à Gaza, a-t-il ajouté.
« Nous avons un peu de temps pour [former le comité technocratique], mais de nombreuses personnes nous contactent », a poursuivi le haut conseiller de Trump, précisant que nombre de ces candidats palestiniens se trouvent dans la diaspora après avoir décidé de fuir le terrorisme du Hamas à Gaza et le régime « mafieux » de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.
On ignore si les critiques visant l’Autorité palestinienne sont le signe d’une éventuelle opposition de Washington à l’implication de Ramallah à Gaza. Le plan en 20 points de Trump prévoit en effet que le gouvernement technocratique cède le contrôle de la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne après que cette dernière aura mené à bien une réforme en profondeur – un processus qui, selon Abbas, est déjà bien engagé.
Le diplomate arabe a déploré l’approche plus « détendue » exprimée par le conseiller de Trump, insistant sur le fait que c’est la mise en place rapide du comité technocratique palestinien qui permettra de faire avancer le cessez-le-feu.
« On ne peut pas marginaliser le Hamas sans proposer d’alternative », a-t-il affirmé.
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