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L’AP condamne les exécutions du Hamas, des « crimes odieux » ; Trump minimise la répression

Abbas appelle au "rétablissement de la loi" à Gaza, un groupe de défense des droits de l'homme de l'AP exige la fin des "exécutions extrajudiciaires et arbitraires" ; le président US dit que le Hamas "a tué des membres de gangs"

Une vidéo montre des Palestiniens accusés de collaboration avec Israël, les yeux bandés, quelques instants avant leur exécution par des hommes armés du Hamas dans une rue de Gaza, le 13 octobre 2025. (Crédit : Réseaux sociaux/X ; utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d'auteur)

L’Autorité palestinienne a condamné mardi soir les récentes exécutions sommaires de Palestiniens par le Hamas à Gaza, les qualifiant de « crimes odieux ». Elle a appelé au retour d’une gouvernance palestinienne « légitime », en mesure de mettre un terme au chaos qui agite l’enclave côtière alors même qu’un cessez-le-feu avec Israël est en vigueur.

Et tandis que l’Autorité palestinienne a fermement dénoncé ces exécutions, le président américain Donald Trump a pour sa part semblé minimiser les opérations de répression menées par le groupe terroriste, déclarant que ces meurtres « ne l’ont pas dérangé ». Dimanche, à son retour aux États-Unis après une visite en Israël et en Égypte, il a annoncé aux journalistes qu’il avait approuvé le fait que le Hamas joue temporairement un rôle de maintien de l’ordre à Gaza.

Lundi soir, le Hamas a publié une vidéo montrant ses hommes armés exécutant en pleine rue, en public, huit hommes aux yeux bandés, ligotés et agenouillés. Le groupe terroriste a fait savoir que ses hommes « mettaient en oeuvre les peines de mort prononcées contre un certain nombre de collaborateurs et de hors-la-loi à Gaza-City ».

Ces images choquantes, dans lesquelles on voit des hommes armés tuant des victimes à bout portant, au milieu d’une rue animée, devant une foule de spectateurs, ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux.

Le bureau du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a condamné ces exécutions sommaires, qu’il a qualifiées de « crimes odieux » sans aucune justification, reflétant la volonté du Hamas de gouverner par la force et la terreur.

Il a également appelé à un arrêt immédiat de ces exactions. « Le rétablissement de la loi et des institutions légitimes du peuple palestinien à Gaza est l’unique moyen qui permettra de mettre fin à cet état de chaos et de rétablir la confiance nationale », a-t-il souligné.

Un terroriste masqué de la branche armée du Hamas montant la garde à côté d’enfants dans le sud de Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 13 octobre 2025. (Crédit : Bashar Taleb/AFP)

Ces meurtres ont également été condamnés par un groupe palestinien de défense des droits humains.

La commission indépendante pour les droits de l’homme (Independent Commission for Human Rights – ICHR), un organisme créé en 1993 par l’Autorité palestinienne, a publié un communiqué exigeant « la fin des exécutions extrajudiciaires et arbitraires dans la bande de Gaza ».

« La vague d’exécutions extrajudiciaires et de tirs délibérés dans les jambes qui a suivi le cessez-le-feu dans la bande de Gaza ne peut être justifiée, en aucun cas », a déclaré le groupe. « Il s’agit d’un crime juridique et moral qui doit être immédiatement condamné, et dont les responsables doivent désormais répondre. »

Un homme appartenant à la branche armée du Hamas monte la garde alors que des véhicules de la Croix-Rouge, qui transporteraient les cercueils contenant les corps de quatre otages décédés, quittent un entrepôt pour Israël, à Gaza, le 14 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Yousef Al Zanoun)

Trump : les exécutions « ne m’ont pas dérangé »

Contrairement à la condamnation généralisée des dirigeants palestiniens, le président américain Trump a pour sa part fait savoir que ces vidéos ne le dérangeaient pas.

« Ils ont éliminé deux gangs très dangereux (…) et ils ont tué plusieurs membres de ces gangs », a indiqué Trump aux journalistes mardi soir.

« Pour être honnête, cela ne m’a pas vraiment dérangé. Ce n’est pas grave. Il s’agit de deux gangs très dangereux. Ce n’est pas différent de ce que l’on voit dans d’autres pays, comme le Venezuela, [qui ont] envoyé leurs gangs [aux États-Unis] », a-t-il ajouté.

Le président américain Donald Trump participe à une cérémonie de remise de la Medal of Freedom à la mémoire de Charlie Kirk, militant de droite américain décédé, dans la Roseraie de la Maison Blanche, à Washington, DC, le 14 octobre 2025. (Crédit : ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP)

Au début de la semaine, Trump a précisé qu’il acceptait que le Hamas puisse réaffirmer son contrôle sur certaines parties de Gaza, laissant entendre qu’il avait donné à l’organisation un feu vert temporaire pour contrôler l’enclave côtière avant que ne soit formé un gouvernement d’après-guerre, qui remplacerait alors le groupe terroriste.

« Ils veulent régler les problèmes ; ils l’ont clairement exprimé, et nous leur avons donné notre accord pour une certaine durée », a-t-il répondu dimanche à un journaliste qui l’interrogeait sur les informations selon lesquelles le Hamas aurait abattu des rivaux et se serait constitué en force de police.

« Près de deux millions de personnes retournent aujourd’hui dans des bâtiments qui ont été démolis. Beaucoup de choses graves peuvent arriver. Nous voulons donc nous assurer que tout se passe bien. Je pense que tout ira bien. Mais qui peut en être vraiment certain ? », a déclaré Trump.

La milice d’Ashraf al-Mansi dans le nord de la bande de Gaza, le 4 octobre 2025. (Crédit : Capture d’écran : Facebook, clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Un chef de milice continue de défier le Hamas

Ashraf al-Mansi, un habitant de Gaza qui, ces dernières semaines, a dirigé une milice basée dans le nord de Gaza contre le Hamas, a nié mardi que ce dernier ait causé du tort à son groupe.

Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook personnelle, il a affirmé que les rumeurs selon lesquelles le Hamas aurait récemment tué ou arrêté des membres de sa milice étaient mensongères.

Al-Mansi a ajouté que sa milice avait réussi à prendre le contrôle de plusieurs zones dans le nord de Gaza, et s’efforçait d’étendre sa présence afin de permettre aux habitants de regagner leurs foyers en toute sécurité.

S’adressant directement au Hamas, il lui a lancé une mise en garde : si les membres du groupe terroriste s’approchaient des zones contrôlées par sa milice, alors ils seraient traités de la même manière que le Hamas traite les membres des milices.

Des Palestiniens déplacés passent devant des bâtiments détruits alors qu’ils rentrent chez eux dans la région d’al-Zahra, au nord du camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 14 octobre 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Répression massive

Si, six jours après son entrée en vigueur, le cessez-le-feu semble tenir, le Hamas a pour sa part renforcé son emprise sur une bande de Gaza en ruines, lançant une campagne de répression et abattant des dizaines de Palestiniens accusés de collusion avec Israël.

Dans le nord de l’enclave, alors que l’armée israélienne s’est retirée de Gaza-City, les hommes armés au visage masqué de la police du gouvernement du Hamas ont repris leurs patrouilles dans les rues.

Lorsque les bus transportant les détenus libérés des prisons israéliennes sont arrivés à Gaza lundi, ce sont les hommes armés des Brigades Ezzedine al-Qassam du Hamas qui ont assuré le contrôle des foules.

Par ailleurs, une unité de sécurité nouvellement mise en place par le Hamas a commencé à mener des opérations visant des clans et des gangs armés, parmi lesquels certains bénéficieraient du soutien d’Israël.

Une source palestinienne chargée de la sécurité à Gaza a en effet confié à l’AFP que les services de sécurité du Hamas avaient récemment créé une unité dont le nom signifie « Force de dissuasion », et que cette unité a entamé « des opérations sur le terrain, afin d’assurer la sécurité et la stabilité ».

Et d’ajouter : « Notre message est clair : il n’y aura pas de place pour les hors-la-loi, ni pour ceux qui menacent la sécurité des citoyens ».

Des membres des forces de sécurité internes fidèles au Hamas sont déployés dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, alors que les personnes déplacées retournent à Gaza-City, le 12 octobre 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

« Des affrontements violents ont éclaté, qui se poursuivent encore à l’heure actuelle, dans le cadre de la campagne d’élimination des collaborateurs », a fait savoir mardi Yahya, témoin des événements, qui a demandé à conserver l’anonymat par crainte de représailles.

Mohammed, un autre habitant de Gaza, a raconté à l’AFP : « Ce matin, des affrontements violents ont opposé pendant plusieurs heures les forces de sécurité du Hamas et les membres de la famille Hilles. »

Ces combats se sont déroulés à Shejaiya, à l’est de Gaza-City, près de la « ligne jaune », de l’autre côté de laquelle des unités israéliennes contrôlent encore environ la moitié de Gaza.

« Nous avons entendu de nombreux coups de feu, ainsi que des explosions. Les forces de sécurité ont arrêté certains d’entre eux. Nous soutenons cette action », a poursuivi Mohammed, qui a également souhaité que son nom ne soit pas divulgué.

Si beaucoup se sont dits effrayés par cette répression, certains Palestiniens ont pour leur part déclaré que la présence d’hommes armés était rassurante.

« Après la fin de la guerre, c’est quand nous avons vu la police se déployer dans les rues que nous avons commencé à nous sentir en sécurité », a précisé Abu Fadi Al-Banna, 34 ans, à Deir al-Balah, dans le centre de Gaza.

Mardi, le Hamas avait tué au moins 33 personnes depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu vendredi, ont rapporté des sources basées dans la bande de Gaza.

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