Sderot : Le festival du film iranien célèbre la culture perse
Le festival Nowruz proposera des films lauréats de prix à l'international et des concerts donnés par des musiciens lors d'un événement qui durera deux jours, les 24 et 25 novembre
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Alors que les tensions entre Israël et l’Iran restent vives après la guerre de 12 jours qui a opposé les deux pays au mois de juin dernier, une Israélienne d’origine persane a voulu lancer un message d’unité en organisant le premier festival du film iranien au sein de l’État juif.
Intitulé « Nowruz » – d’après le Nouvel An persan – le festival se tiendra les 24 et 25 novembre à la Cinémathèque de Sderot. Il examinera la manière dont la culture est susceptible de rapprocher les peuples et les nations.
Même si le festival n’aura pas lieu pendant le Nouvel An juif ni pendant le Nouvel An persan (Nowruz est célébré au moment de l’équinoxe de printemps au mois de mars, et le Nouvel An juif, Rosh HaShana, est fêté au début de l’automne), l’organisatrice du festival, Dana Sameah, considère cet événement comme un nouveau départ pour les liens culturels.
« Nous tendons la main aux Iraniens – et c’est en particulier le cas depuis une localité comme Sderot qui est en train de vivre son propre processus de guérison ; c’est un message qui ne pourrait pas être envoyé depuis Tel Aviv », s’exclame Sameah. « Ce festival montre que nous voyons la détresse du peuple iranien et que nous embrassons cette culture ».
Plusieurs événements seront diffusés en direct sur la page Facebook du festival – ce qui permettra en théorie aux internautes iraniens de les regarder et de réagir en temps réel, même si le gouvernement de la république islamique a bloqué l’accès à 70 % d’Internet, y compris Facebook.
Quand Sameah a commencé à organiser le programme du festival et qu’elle l’a publié sur les réseaux sociaux, les médias d’opposition de la diaspora iranienne ont eu vent de l’événement et ils ont informé Sameah qu’ils prévoyaient de le passer en revue.
« Cela m’a vraiment émue », explique Sameah, qui dit passer « beaucoup de temps » à suivre les réseaux sociaux persans. « Nous voulons que les Iraniens soient au courant. »
La guerre de douze jours entre Israël et l’Iran, qui a été suivie d’un cessez-le-feu soudain négocié par les États-Unis, a entraîné de l’inquiétude chez de nombreux Iraniens, qui s’interrogent sur ce que leur régime théocratique pourrait faire à l’avenir.
Sameah souhaite que le public iranien sache que malgré leurs inquiétudes désespérées quant à l’avenir du pays et face à la possibilité d’une nouvelle vague de conflits, il y a clairement des Israéliens qui aiment la culture et le cinéma iraniens.
« Si un seul internaute iranien se connecte au réseau et qu’il constate que nous parlons de lui avec amour, alors nous aurons accompli quelque chose de vraiment significatif », indique Sameah.
Née à Beer Sheva de parents immigrés iraniens qui étaient arrivés en 1978 et qui s’étaient rencontrés au centre d’accueil de la ville, Sameah éprouve un amour profond et complexe à l’égard de l’Iran, même si elle n’y a jamais mis les pieds.
« Nous étions plus iraniens à la maison et plus israéliens à l’extérieur », note Sameah.
« Pendant des années, j’ai rêvé de créer un pont entre la culture israélienne et la culture iranienne », ajoute-t-elle.
Sameah, 42 ans, est porte-parole au sein du Conseil régional de Bnei Shimon, dans le nord du Néguev. Elle a toujours embrassé ses racines persanes : elle a appris à lire et à écrire le farsi après avoir parlé la langue à la maison, et elle a obtenu une licence en études sur le Moyen-Orient.
« J’ai constaté que la culture de rue iranienne était très similaire à la nôtre en Israël », explique Sameah. « Et j’ai vu les différences entre les gouvernements et les peuples ».
Sameah a décidé d’organiser un festival au printemps dernier – avec l’intention de le mettre en place à Sderot, une ville du sud d’Israël qui compte 33 000 habitants. Elle est située à moins d’un kilomètre de la frontière qui sépare l’État juif de la bande de Gaza et elle avait été prise d’assaut par les terroristes du Hamas lors du pogrom du 7 octobre 2023.
Au cours de l’attaque sanglante du 7-Octobre – les hommes armés avaient massacré plus de 1 200 personnes et ils avaient enlevé 251 personnes, qui avaient été prises en otage dans la bande – environ 60 terroristes étaient entrés à Sderot en camionnette ou à pied par les Routes 232 et 34, qui sont les deux principales autoroutes menant à la ville. Ils avaient pris le contrôle du boulevard Begin, l’artère majeure de Sderot, avant d’encercler le commissariat de police. Au total, 72 habitants de Sderot avaient été tués ce jour-là.
« Le festival se déroule à Sderot parce que les Israéliens doivent pouvoir se rendre à l’Ouest du Neguev pour apporter leur soutien au secteur après le 7 octobre », explique Sameah. « La situation est plus calme maintenant, mais quand j’allais assister à des réunions à Sderot, j’entendais tous ces bruits de la guerre en arrière-plan – et imaginer que les choses allaient s’améliorer m’a aidé à garder espoir ».
Le maire de Sderot, Alon Davidi, également d’origine persane, a adoré l’idée et il a mis Sameah en contact avec la cinémathèque locale de Sderot, qui dispose d’archives cinématographiques et qui a offert un accès aux œuvres susceptibles d’être projetées dans le cadre de l’événement.
Le festival se concentre sur les films produits en Iran ou qui mettent en avant la culture iranienne. Sameah affirme que le grand écran est le moyen le plus simple pour permettre aux cinéphiles et à la population en général de découvrir leurs homologues iraniens.
Il y aura également des concerts de musique iranienne, avec notamment l’Ensemble Itay Armon, qui mélange musique persane traditionnelle et sons plus contemporains.
« Lolita à Téhéran », d’Eran Riklis, sera le long-métrage qui ouvrira le festival, avec ensuite un concert de musique persane donné par Hezi Fanian.
Lors de la deuxième journée du festival, des conférences, des projections supplémentaires et des concerts, avec, entre autres, un concert gratuit qui sera offert par Dor Dloya, qui joue du kamancheh, et un concert de musique persane psychédélique donné par Liraz Charhi.
Le festival se terminera par la projection du film « Le Client » réalisé par l’iranien Asghar Farhadi et qui s’est distingué aux Oscars.
Au cours du festival, la chanteuse israélienne Rita recevra un prix spécial qui récompensera l’ensemble de sa carrière, en reconnaissance de son travail de longue date en faveur de la promotion de la culture iranienne en Israël et dans le monde entier. Le professeur David Menashri, expert sur les questions de l’Iran, de la religion et de l’État, sera lui aussi honoré.
« Je reçois encore beaucoup de messages de personnes en Israël qui sont super enthousiastes, qui m’appellent de partout, et je sens leur excitation à l’idée qu’un événement comme celui-là ait enfin lieu », dit Sameah, qui raconte qu’une femme a même proposé de préparer et de distribuer des biscuits persans faits maison lors du festival.
la Communauté du Times of Israël !







