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Sixième report de l’audience sur l’accès de la presse à Gaza par la Haute Cour

Alors que l’offensive s’intensifie, le gouvernement obtient des délais face à la demande d’accès indépendant à Gaza déposée par l’Association de la presse étrangère

Des membres de la presse attendent le convoi de la Croix-Rouge après que la presse ait été exclue de la cérémonie de remise de l'otage israélien détenu par le Hamas, dans la rue Salah al-Din, à l'est de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 12 mai 2025. Illustration (Crédit : Ali Hassan/Flash90)
Des membres de la presse attendent le convoi de la Croix-Rouge après que la presse ait été exclue de la cérémonie de remise de l'otage israélien détenu par le Hamas, dans la rue Salah al-Din, à l'est de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 12 mai 2025. Illustration (Crédit : Ali Hassan/Flash90)

La Haute Cour de justice a reporté dimanche l’audience prévue le 21 mai, relative à une requête visant à garantir l’accès indépendant de la presse étrangère à la bande de Gaza, sans fournir ni motif ni nouvelle date.

Ce report s’ajoute à une série de reports successifs dans l’examen de cette requête, introduite par l’Association de la presse étrangère (FPA), qui représente les journalistes internationaux exerçant en Israël, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Il intervient alors qu’Israël intensifie son offensive militaire dans l’enclave.

La FPA conteste l’interdiction quasi totale imposée par l’armée israélienne à l’entrée des journalistes étrangers dans la bande de Gaza depuis le pogrom du 7 octobre 2023, perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

En effet, depuis cette date, l’accès à la bande de Gaza est fermé aux civils. Seuls les journalistes qui s’y trouvaient déjà, pour la plupart des pigistes locaux, ou ceux accompagnés par l’armée israélienne sous étroite supervision, sont autorisés à y travailler.

Selon les détracteurs de ces restrictions, il est devenu pratiquement impossible de couvrir le conflit de manière indépendante, les journalistes à Gaza étant sous le contrôle du Hamas et ceux escortés par l’armée n’ayant accès qu’à des zones préalablement validées par l’armée, sans possibilité d’entrer en contact avec des civils gazaouis.

« Pour un conflit d’une telle ampleur et d’un tel intérêt international, les restrictions sans précédent imposées aux journalistes rendent le travail de reportage extrêmement difficile », a déclaré Tania Kraemer, présidente de la FPA, au Times of Israel. « En tant que journalistes, notre devoir est d’être sur le terrain, même lorsque cela comporte des risques. »

Sollicitée, l’armée israélienne a indiqué que, pour des raisons de sécurité, toute présence de journalistes dans la bande de Gaza doit se faire sous encadrement militaire. Elle précise que les journalistes israéliens comme étrangers peuvent soumettre une demande d’entrée, mais que les réponses peuvent être retardées selon l’évolution de la situation sécuritaire.

Fin mars, Tsahal faisait état de 308 visites de terrain organisées pour des journalistes israéliens sur l’ensemble des fronts – Gaza, Liban et Syrie – depuis le début de la guerre, généralement par groupes de deux à vingt reporters.

Des soldats israéliens escortent les médias dans un tunnel souterrain trouvé sous l’hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza, le 22 novembre 2023. (Crédit : Victor R. Caivano/AP)

En comparaison, seules 36 visites encadrées ont été autorisées pour des journalistes étrangers, presque toutes en groupes d’environ vingt personnes, essentiellement dans la bande de Gaza.

« Les opérations encadrées par l’armée ne remplacent en rien un accès indépendant à Gaza », a souligné Kraemer.

Elle ajoute que ces visites sont strictement contrôlées, limitées dans leur portée comme dans leur durée, et qu’elles n’offrent pas la possibilité d’interviewer des résidents palestiniens.

La FPA, qui représente environ 350 journalistes actifs en Israël et dans les Territoires palestiniens, est engagée depuis plusieurs mois dans une procédure judiciaire visant à garantir un accès indépendant à Gaza pour les journalistes étrangers.

En décembre 2023, elle avait saisi la Haute Cour pour demander l’ouverture d’un point de passage frontalier permettant l’entrée de journalistes non israéliens dans la bande de Gaza. Cette demande a été rejetée en janvier, la Cour invoquant en premier lieu la sécurité des soldats israéliens, et estimant par ailleurs qu’autoriser la presse étrangère représenterait une charge excessive pour les ressources militaires en temps de guerre.

Audience des recours déposés contre le licenciement du chef du Shin Bet, Ronen Bar, à la Haute Cour de justice, à Jérusalem, le 8 avril 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Tania Kraemer a néanmoins indiqué que la Haute Cour avait précisé que la FPA pourrait déposer un nouveau recours si les circonstances venaient à évoluer.

La FPA a introduit une nouvelle requête en septembre, alors qu’un ralentissement de la campagne militaire semblait se profiler. Toutfois, l’ajournement de dimanche porte à six le nombre de reports accordés par la Cour au gouvernement pour répondre à la requête, a précisé Kraemer.

Elle a refusé de commenter davantage l’affaire, invoquant des restrictions juridiques en amont de l’audience. Elle a toutefois exprimé l’espoir que celle-ci ait lieu prochainement, malgré l’incertitude entourant sa date.

L’interdiction d’accès est restée en vigueur pendant le cessez-le-feu de deux mois qui a débuté en janvier. À cette période, la FPA avait lancé un appel public pour obtenir un accès à Gaza, resté sans réponse.

« Le cessez-le-feu étant en place et l’activité militaire réduite, rien ne justifie un nouveau report dans l’octroi d’un accès », déclarait alors l’association.

Le photojournaliste palestinien Motaz Azaiza dans une rue du centre de Gaza, le 18 décembre 2023. (Crédit : Mohammed ABED / AFP)

En mars, les combats avaient repris, mais de manière plus limitée, jusqu’à vendredi dernier, date à laquelle Tsahal a annoncé le lancement des premières phases d’une vaste offensive dans la bande de Gaza, baptisée Les Chariots de Gédéon, visant à « s’emparer de zones stratégiques » de l’enclave contrôlée par le Hamas.

Les autorités de Gaza, dirigées par le Hamas, ont fait état de dizaines de morts dans les frappes aériennes israéliennes survenues dans la nuit et la matinée de samedi. Ce bilan n’a pas pu être vérifié de manière indépendante et ne distingue pas les civils des membres de groupes terroristes.

Selon les médias palestiniens, des troupes terrestres israéliennes ont progressé dans la nuit de vendredi à samedi vers Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, appuyées par des tirs d’artillerie lourde et des frappes aériennes sur l’est de la ville.

Des journalistes filment devant des bâtiments détruits à Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, le 9 octobre 2024. (Crédit : Omar Al-Qattaa/AFP)

« Les reportages indépendants et de première main sont essentiels pour couvrir une guerre d’une telle ampleur et aux implications internationales », affirme Kraemer. « Les partisans d’Israël ont souvent remis en question le travail des journalistes palestiniens, les accusant de partialité. Ils devraient donc accueillir favorablement la présence d’une presse internationale indépendante à Gaza, afin d’enquêter sur les revendications et contre-revendications. »

Selon elle, les demandes d’accès ne visent pas à remettre en cause « l’immense travail accompli par nos collègues palestiniens à l’intérieur de Gaza », qui, souligne-t-elle, « affrontent des dangers extrêmes et des conditions très difficiles pour livrer leurs reportages au quotidien ».

Depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre, au moins 178 journalistes et professionnels des médias ont été tués dans les territoires palestiniens, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une organisation à but non lucratif défendant la liberté de la presse. En raison de ce bilan alarmant, Reporters sans frontières (RSF) a désigné les territoires palestiniens comme la zone la plus dangereuse au monde pour les journalistes.

Des réservistes de la Brigade de Jérusalem opérant dans le nord de la bande de Gaza, sur une photo diffusée le 15 mai 2025. (Crédit : Armée israélienne)

Israël, de son côté, affirme depuis longtemps que nombre de personnes recensées comme « journalistes » à Gaza sont en réalité des membres de groupes terroristes utilisant leur statut de reporter comme couverture pour mener leurs activités. Dans certains cas, l’armée a publié des documents censés étayer ces accusations.

En mars, Tsahal a affirmé avoir mené des frappes ayant tué « plusieurs terroristes, dont certains opéraient sous couvert de journalisme ». Plus tôt ce mois-là, une frappe aérienne israélienne a tué Hassan Eslaiah, un photographe qui s’était infiltré en Israël le 7 octobre et dont les clichés avaient été diffusés par plusieurs médias occidentaux, notamment l’Associated Press. L’armée israélienne l’accuse d’être un membre actif du Hamas, et a publié dimanche des documents qu’elle affirme prouver son appartenance à la branche armée du mouvement.

L’armée nie avoir pris pour cible des journalistes non impliqués dans des activités terroristes, et affirme prendre des mesures visant à réduire les atteintes aux civils non engagés lors de ses opérations.

Dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 établi par Reporters sans frontières (RSF), les Territoires palestiniens figurent à la 163e place sur 180, les journalistes y étant menacés à la fois par les forces israéliennes et par les autorités locales – le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Selon RSF, ces pressions multiples réduisent considérablement l’espace dédié au journalisme indépendant dans l’ensemble de la région.

Les journalistes d’Al Jazeera désignés par Tsahal comme membres de groupes terroristes sur la base de documents trouvés à Gaza, dans une image publiée le 23 octobre 2024. (Crédit : Tsahal)

Le bilan d’Israël en matière de liberté de la presse suscite lui aussi des inquiétudes croissantes. En 2025, le pays est classé 112e au classement de RSF, en recul par rapport à l’année précédente (101e). L’organisation cite notamment l’ingérence politique, le harcèlement des journalistes et, en particulier, la censure militaire.

Selon +972 Magazine, un média israélien indépendant de gauche qui suit l’activité de la censure militaire depuis 2011, 1 635 articles auraient été totalement interdits de publication au cours de l’année écoulée, et 6 265 articles auraient été partiellement censurés. Il s’agit, selon le média, d’une augmentation marquée par rapport aux années précédentes.

Haggai Matar, directeur exécutif de +972 Magazine, a déclaré au Times of Israel que la censure militaire directe n’était pas le seul problème. Il a également pointé une tendance croissante à l’autocensure, affirmant que de nombreux médias israéliens choisissaient de simplifier ou d’édulcorer leur couverture du conflit à Gaza, un phénomène qu’il juge encore plus préoccupant.

Selon lui, nombre de rédactions s’autocensurent pour se conformer au sentiment national dominant ou éviter des réactions négatives de la part du public. Cela contribue, selon lui, à rendre tabous certains sujets sensibles, tels que la famine systémique présumée, les bombardements menés par Tsahal, ou la mort de civils innocents.

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